Site de JOEL FRANZ ROSELL, auteur et illustrateur cubain



LE SITE DE JOEL FRANZ ROSELL, AUTEUR ET ILLUSTRATEUR CUBAIN


Plus qu'un véritable blog, ceci est un site personnel autour du livre pour la jeunesse à Cuba, en France et ailleurs (là où j'habite, lá où je me trouve, là où sont mes livres et mes lecteurs). Tenu dans l'urgence par un Cubain qui n'a pas appris le français très tôt ni à l'école, il peut se trouver ici et là des maladresses de style voire plus si fatalité... Soyez indulgents et signalez-moi l'erreur: ils sera exterminé sur-le-champ.

La légende de Taïta Osongo.La magie et l'amour contre l'esclavage

La légende de Taïta Osongo.La magie et l'amour contre l'esclavage
Editions Orphie, 2007

Petit Chat Noir a peur du soir. Vaincre la peur pour soi et pour les autres

Petit Chat Noir a peur du soir. Vaincre la peur pour soi et pour les autres
Bayard, 2010

série Petit Chat: à la rencontre de l'Autre

série Petit Chat: à la rencontre de l'Autre
Petit Chat et le ballon, Petit Chat et les vacances, Petit Chat et la neige. Hongfei, 2016

L'Oiseau-lire

L'Oiseau-lire
Belin. Paris, 2009

Brésil: livres, lecture et paysages époustouflants






J’ai passé le mois d’août au Brésil. J’ai été l’invité de la Foire Littéraire Internationale do Tocantins (FLIT) dont le thème était Multicultures, avec les afro descendants et les peuples aborigènes du Brésil à l’honneur. En fait les organisateurs ont commencé par inviter J.M.G. Le Clézio et Vargas Llosa, mais on n'obtient pas si facilement la présence des Prix Nobel et ils ont baissé leurs expectatives jusqu'à se contenter d'écrivains pas aussi célèbres mais qui ne répondaient pas moins aux buts de la FLIT: présenter une grande diversité d'expériences multiculturelles. Les autorités éducatives et culturelles du Tocantins ont tenu compte de la proclamation de 2011 comme « Année aux personnes d'origine africaine » par l'Organisation de Nations Unies. J’ai pu remplir le cahier de charges car je suis non seulement je suis un Français d'origine cubaine, mais un Cubain aux lointains ancêtres africains. Mon dernier livre publié au Brésil, La légende de Taïta Osongo, s'inspire justement de la douloureuse aventure fondatrice des peuples afro-américains et de l’histoire, plus récente, de ma famille paternelle. A Palmas do Tocantins, j’étais en compagnie de figures de premier ordre de la littérature brésilienne pour la jeunesse tels que Marina Colasanti et Roger Mello ainsi qu'une dizaine d'auteurs des trois continents, tous d’appartenance culturelle multiple. Des figures aussi médiatiques que la comédienne Fernanda Montenegro et les chanteurs Seu Jorge et Lenine faisaient partie de la programmation grand public. J’ai passé trois jours intenses à Palmas. La capitale du plus jeune état brésilien (1989) a été fondée à l'instar de Brasilia, sur un modèle de planification rationnelle qui défie nos vieilles habitudes européennes avec ses énormes espaces vides qui attendent, tranquillement, l'arrivée dans dix ou vingt ans de bâtiments et équipements qui, seulement à ce moment-là, seront nécessaires. La population, très jeune et assez métissée, a largement répondu à l'appel de la très riche programmation de conférences, ateliers, expositions, concerts, festival de cinéma, théâtre, cirque et diverses manifestations artistiques du vaste centre ouest du Brésil. Le tout s’est déroulé dans une dizaine d'espaces repartis dans l'immense Plaça dos Girasóis (réputée la plus grande place publique du monde). Étant invité comme auteur franco-cubain, je me suis exprimé dans la langue de Molière (pour être moins rhétorique, je devrais plutôt dire « la langue de Pierre Gripari »). Ma conférence portait sur mon parcours entre plusieurs cultures (hispano-cubaine, afro-cubaine, française) et pays (Cuba, Brésil, Danemark, France, Espagne, Argentine), ainsi que sur les traces que tout cela a laissé dans mon œuvre. Le reste de mes activités je les ai déroulées en portugais, langue que je n'ai pas oublié malgré le fait que cela fait maintenant 20 ans que j'ai quitté le Brésil pour ne plus revenir que, brièvement, en 2001. De retour à Brasilia, j’ai parlé à la Bibliothèque Nationale ouvrant la saison de conférences de la deuxième moitié de l'année (les grandes vacances ont lieu dans l'hémisphère sud en décembre-février, en juillet il n'y a que les petites vacances « d’hiver »). Par la suite, j'ai été convié par le Bureau du livre de l'Ambassade de France pour un atelier avec les enfants et une causerie avec le personnel de la bibliothèque communale de Manguinhos. J'ai ainsi apporté mon grain de sable à un projet du gouvernement de l'état de Rio de Janeiro soutenu par la France. La « biblioteca-parque » de Manguinhos a ouvert, m’a-t-on expliqué, un havre de paix et de culture entre deux favelas souvent en conflit. Comme professionnel du livre pour la jeunesse, le meilleur moment de mon séjour était sans doute ma participation à la première édition de la Foire du livre pour la jeunesse (FELIT) organisé par la ville de San Bernardo do Campo (São Paulo) avec l'assistance technique de la FNLIJ (section brésilienne du IBBY, l'Organisation internationale du livre pour la jeunesse). Les meilleurs éditeurs y étaient présents et j'ai rencontré des responsables de Peirópolis, RHJ, Larrousse, Callis, entre autres. De nombreux auteurs y étaient également présents et j'ai pu assister à quelques-unes des rencontres -avec des classes entières, vendredi, et avec adultes seuls ou enfants accompagnés de leurs parents, samedi- qui ont eu lieu dans les six salles prévues à cet effet. Je crois me souvenir de quelques chiffres: 8 à 15 000 enfants auraient visité la Foire chaque jour de la semaine et autour de 500 adultes auraient payé l'entrée samedi. Ces rencontres m'ont donné l'occasion de vérifier combien l'exercice peut finalement peu varier d'un pays à l'autre: Certains auteurs étaient très attentifs et réactifs par rapport au public, d'autres débitaient un discours que je soupçonnais immuable quel que soit l'auditoire. Quant aux questions des enfants, toujours les mêmes: Combien… combien… combien… (de temps pour écrire un livre/de titres publiés/d'argent gagnez-vous...?) ou encore les classiques « pourquoi êtes-vous devenu écrivain? » ou « Etes-vous célèbre? ». Les rencontres m'ont paru très bien organisées et elles étaient très correctement rémunérées. J'ai partagé mes deux jours de salon avec le poète lauréat Bartolomeu Campos Queiroz, le très connu auteur aborigène Daniel Munduruku, les prolifiques écrivains Julio Emilio Braz et Rogério Barbosa et encore Luciana Sandroni, Luiz Antonio Aguiar, Luciana Savaget. Pour certains je connaissais des œuvres mais pas la personne... et franchement ça valait la chandelle! Plusieurs d’entre eux ont été extrêmement sympathiques, ont tenu à acheter mon livre ou m’ont présenté un éditeur (je dois avouer que rarement les collègues rencontrés dans des Salons en France en ont fait autant!). Le public qui a assisté à mes deux causeries m'a aussi comblé. J'ai publié un premier livre au Brésil il y a 20 ans, et le deuxième, paru en 2007, n'a pas bénéficié, malgré ses deux éditions, de promotion particulière. Néanmoins, j'ai profité d'une grande qualité d'écoute. J'ai passé tout un mois au Brésil, ce qui m'a donné l'occasion d'examiner de plus près l'édition brésilienne pour la jeunesse. Je n'avais pas eu cette possibilité depuis mon séjour de 1989-1991 à Rio. A l'époque je me suis autorisé un petit essai que la grande Ana Maria Machado me fait l'honneur de citer partout. Je viens de confirmer que la littérature de jeunesse brésilienne reste, avec celle de l'Argentine, la plus riche d'Amérique Latine. A Palmas, à San Bernardo et dans les librairies de Brasilia j'ai pu même vérifier mes conclusions au sein du groupe de spécialistes convoqués par La Joie par les livres (Centre national de littérature pour la jeunesse) pour sélectionner les 100 titres présentés dans le cahier « Lire en V.O. Livres pour la jeunesse en portugais » (Bibliothèque nationale de France, 2010). Des éditeurs comme Companhia das Letrinhas, Cossac Naify, Biruta ou Manati sont des bons indicateurs du renouveau du panorama éditorial du Brésil, même si seulement les deux premières arrivent à être aussi visibles que les vieilles grandes maison Attica, Global, Melhoramentos ou Moderna. J'ai pu identifier d’autres éditeurs avec une production intéressante, ainsi que repérer quelques traits marquants; tels que la rareté de traductions (en dehors de l'anglais et des best-sellers qui sont aussi généralement d’origine anglo-saxon) ou l'abondance de livres qui abordent la culture, le passé et l'actualité des Afro-brésiliens (50% de la population du Brésil, composée de 190 millions de personnes, revendiquent des origines africaines!). L'album était jadis inexistant dans l'édition brésilienne. Aujourd'hui il y a, comme en Europe, des livres sans texte, des livres-jeux et des albums; la seule différence est que les couvertures sont en carton souple. Le soin et l'innovation en matière d'illustration, design, et parfois dans l'impression et la reluire, ressortent dans l'ensemble de la production. Les tirages sont très importants, mais comme partout ailleurs, les plus grosses ventes ne correspondent pas aux projets les plus ambitieux. Certains auteurs possèdent une bibliographie impressionnante... plus par le nombre que par la qualité, et des fois le même auteur est capable du meilleur et du pire. Deux gros problèmes défient le Brésil dans le domaine du livre: le prix prohibitif des exemplaires (nettement plus chers qu'en France) et le peu d'intérêt des Brésiliens pour la lecture... Y compris dans une classe moyenne qui s'offre parfois plus de luxes que celle de la France, mais qui ne plonge jamais dans un bon livre. Les adultes ne lisent pas, et les enfants uniquement à l'école. Je n'ai que très rarement vu des gens qui lisaient dans les transports en commun (qui ne sont ni abondants ni confortables ni surs, c'est vrai) ou en d'autres espaces publics. Dans la salle d'attente d'un aéroport on peut compter une dizaine de personnes avec un ordinateur portable allumé contre une seule avec un livre ouvert! Une récente enquête montre qu'un brésilien sur quatre n'accorde la moindre importance à la lecture dans la formation intellectuelle du citoyen. Une autre enquête révèle tout de même une amélioration de 150% de l'indice de lecture des Brésiliens, qui passe ainsi de 1,8 livre par année à 4,7. Ce n'est donc pas étonnant que, d'après une de mes connaissances, lectrice passionnée, il n'y ait dans tout Brasilia que deux ou trois librairies dignes de ce nom: la belle librairie d'occasion « Sebinho de livros » (avec son vaste choix parfaitement rangé, son café-restaurant, sa connexion Internet et sa salle de conférences), celle du mirifique Centre Culturel du Centre du Brésil (à plusieurs kilomètres du centre-ville... mais toujours « dans » Brasilia) qui possède un choix restreint mais réfléchi, et deux magasins de la chaîne Cultura, installés dans des centres commerciaux excentrés (celui que j'ai visité se trouve dans un contexte improbable: un shopping de meubles!). Si dans chaque « superquadra » de la capitale fédérale les églises sont nombreuses (j'ai remarqué une bonne demi-douzaine, toutes tendances confondues, dans mon voisinage), les bibliothèques sont rarissimes ; je n'en ai vu qu'une, spécialisé jeunesse, alors que celle prévu dans le pâté de maison modèle est devenu aujourd'hui école de danse ou quelque chose de ce genre. Malgré de nombreux programmes et expériences pilotes (le « pilotisme » permanent est un Modus Vivendi au Brésil), encore 39% des 27 millions d'enfants scolarisés manque de bibliothèque scolaire. Et ceci dans un pays où ceux qui finissent par accorder une importance quelconque à la lecture estiment que celle-ci est du ressort de l'école. Rien de ce que je viens de commenter empêche des trouvailles aussi belles que le projet Mala do livro (Malle du livre) qui offre des petits ensembles de 160 titres au secteur public ou aux particuliers disposés à soutenir un espace ouvert à la communauté. Chaque collection comporte toute sorte de livres, notamment pour la jeunesse, rangés en étagères qui peuvent se fermer comme de très pratiques coffres à roulettes. J’ai trouvé une de ces « malles de livres » dans deux stations de métro. En principe on s'inscrit pour emprunter les livres (consignant nom, téléphone, date et titre emprunté). N'étant que de passage, je ne me suis pas inscrit, mais j’ai emprunté plusieurs livres à la station 102 N du métro de Brasilia. J'ai pu ainsi lire une poignée d'auteurs brésiliens, dont deux que j'avais rencontré quelques jours plus tôt à la FELIT, et même un classique chilien... en espagnol S.V.P.! Il est vrai que je n'ai vu que deux fois un enfant qui bouquinait (c'était le même...?), mais d'autres ont pu faire comme moi: prendre un livre à la maison ou le temps d'un trajet (il m'est arrivé de déposer l'exemplaire lu à mon retour dans la même station). Quelqu'un m'a dit: « Personne ne s'en sert, personne n'y contrôle rien». Erreur! J'ai vu de mes yeux un fonctionnaire qui vérifiait consciencieusement les emprunts, retours et donations, ce qui m'a mené à faire donation de deux titres que j’avais achetés, lu et estimé pouvant être plus utiles au Brésil que chez moi en France. La fin de mon séjour je l’ai consacré au tourisme : avec une amie qui vit à Brasilia, j’ai visité le parc national Chapada dos Veadeiros, dans les confins entre l’état de Goiás (qui englobe le Distrito Federal ou région capitale) et l’état de Tocantins, plus au nord. C’est une région qui oscille d’une saison de pluies torrentielles à une saison extrêmement sèche. Le « cerrado » est en fait le nom partagé par quatre types d’organisation végétale différentes, dans l’ensemble, elles rassemblent un tiers de la diversité biologique du Brésil (10 000 espèces, dont 44% n’existe nulle part ailleurs). Le «cerrado» s’étend sur des terres au relief irrégulier, labouré par des ravins qui donnent lieu à quelques célèbres « cachoeiras » dont la beauté mériterait bien plus de visiteurs. La zone est riche aussi en cristaux d’une grande singularité, ce qui a alimenté un courant mystique qui élu capitale dans le village post-hippie de San Jorge. La semaine suivante nous sommes partis dans l’autre sens, vers l'ancienne capitale du Goiás, connue comme Goiás Velho (dénomination peu engageante que les riverains préfèrent oublier en faveur du vieux nom officiel de Vila Boa du Goiás). C’est une bourgade charmante, un bijou architectural du XVIII siècle traversé par des ruelles pavés de pierres irrégulières peu amènes pour automobiles et autres talons aiguilles. Mais ce n’est pas pour cela que les touristes y sont rares. Au Brésil il faut être là où les autres y sont déjà, et à mi-chemin entre Goiás Velho et Brasilia se trouve Peirópolis, un autre bijou colonial qui est devenue –rançon du succès– le Saint-Paul de Vence du centre-ouest du Brésil. Entre les charmes qu’offre l’état du Goiás se trouve une gastronomie riche en fruits et façons propres à la région. C’est une cuisine savoureuse, mais parfois redoutable. Le Goianais, décrit arriéré et têtu par le stéréotype brésilien, raffole d'un petit fruit nommé « pequi » lequel offre une très fine couche de chair parfumé accroché à une coquille dont la solidité dévient imprévisible après cuisson. Cette coquille est entièrement remplie de très fins piquants qui peuvent s’incruster méchamment sur la langue et le palais. Aucune alerte particulière n’accompagne les plats qui présentent ce dangereux mets (on dirait d'innocentes pommes de terre à l'anglaise) au client des restaurants. Les accidents sont pourtant fréquents. Ma compagne en a fait les frais (deux heures de soins dans la clinique odontologiste située par heureux hasard (?) sur le même trottoir que le réputé restaurant Chao Nativo, dans un quartier chic de Goiânia, la vaste nouvelle capitale de l’état. Après coup, vous découvrez qu’il n’y a personne qui n’ait pas entendu parler ou été témoin d’un accident avec le pequi. Et ceci est arrivé non seulement aux étrangers, mais aux habitants d'autres régions de l'immense pays... voire à des locaux non suffisamment méfiants. C'est sur cette note « piquante » que je termine mon petit récit d'un beau séjour au Brésil.

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Autour de mes livres, de la lecture, l'écriture, l'illustration

Autour de mes livres, de la lecture, l'écriture, l'illustration
je rencontre des enfants Français, Cubains, Espagnols, Colombiens, Guyanais, Argentins, Brésiliens...

message d'accueil

Auteur pour la jeunesse je le suis depuis presque toujours, car avant de les écrire pour de bon, je me racontais moi-même des histoires, puis je les ai racontés a ma sœur, mon frère, mes amis... J’ai publié mon premier texte et mon premier dessin à 19 ans et en 1983, mon premier livre. Six ans après j'ai quitté Cuba. C'était quelques mois avant la chute du Mur de Berlin. Arrivé en France en septembre 1994, après avoir vécu deux ans au Brésil et trois au Danemark, je suis reparti pour quatre ans et demie en Argentine. Depuis 2004, mes racines s'enfoncent sur le sol parisien. J'y écris mes romans toujours en espagnol, mais les contes et histoires me viennent de plus en plus souvent en français. Mes thèmes sont liés à Cuba, mais pas seulement car j’ai une écriture et des sujets « universels ». Même si plusieurs de mes livres sont parus en français (en portugais et même en basque) avant d'être publiés en espagnol, je compte presque une trentaine de titres publiés à Cuba, en Espagne, en Argentine, au Mexique, en Colombie... contre sept seulement en français. Je suis un métis culturel accompli en ce qui concerne la langue, les références vitales, les formes littéraires, les repères culturels ou politiques. C’est aussi par métissage que j’illustre de temps en temps mes livres. Ayant pratiqué le journalisme littéraire et les animations très tôt, c’est naturellement que je trouve dans ces dernières formes d’activité et de rencontre de l’autre, le même plaisir créateur que dans la production de mes fictions.

un auteur multiculturelle dans la classe

un auteur multiculturelle dans la classe
version de l'article d'Anne Marie Latapie publié dans InterCDI in Intercdi n°226 n° spécial 2010

atelier d'écriture, l'opinion d'un enseignant


Le 18 décembre 2008, la classe de 6e 2 a accueilli Joel Franz Rosell, écrivain partenaire de Voyages en ville. L'auteur n'était pas exactement un inconnu, puisque les élèves avaient lu son roman Cuba, destination trésor. Ce roman d'aventure, qui raconte la passionnante découverte d'un double trésor à Cuba par une fillette espagnole, a plu à l'ensemble de la classe. Certains élèves ont d'ailleurs obtenu une excellente note au contrôle de lecture rendu le matin même.

Cette fois pourtant, c'est physiquement que M. Rosell s'est présenté devant eux, rejoint un peu plus tard par Mme Caveng, notre ex-documentaliste, qui a exercé toute sa carrière entourée par la littérature pour la jeunesse. Nous n'avions pas prévu une intervention extrêmement structurée ni précise, afin de permettre des échanges aussi spontanés que possible. Seuls trois axes étaient au programme : le métier d'écrivain et l'écriture romanesque, le roman Cuba, destination trésor, enfin des conseils et échanges autour des nouvelles que les élèves vont écrire (dans le cadre du projet Voyages en ville).

M. Rosell nous a d'abord évoqué avec précision et enthousiasme ses premières activités d'écriture vers l'âge de 11 ans, puis ses débuts d'écrivain et la réalité de ce métier. Son jeune public a pu se rendre compte que le métier d'écrivain ne se limite pas à l'écriture, mais comporte des aspects pratiques parfois compliqués, tels que la prise en compte des impératifs de l'édition... La classe a constaté qu'entre la plume de l'écrivain et les rayons des librairies, une œuvre traverse un parcours bien compliqué!

Les élèves ont pu avoir sous les yeux ses premiers essais romanesques, rédigés et illustrés sur un cahier d'écolier, en 1967. La lecture du texte en espagnol n'était guère accessible aux élèves, mais ils ont apprécié l'expressivité des illustrations colorées (de la main même de l’auteur alors un enfant).

Notre auteur a ensuite apporté des précisions sur les techniques d'écriture romanesque. Son public a pu comprendre que l'écriture d'un roman est un exercice de longue haleine, qui exige beaucoup de temps, de réflexion et de précision. Il a en effet expliqué que les faits essentiels d'un roman doivent y trouver leur justification, amorcée parfois bien avant leur conséquence sur l'intrigue. Il a expliqué que même lorsque les grandes lignes sont parfaitement établies et rédigées, il est fréquent de devoir modifier tel ou tel événement de façon à ce qu'il s'intègre plus naturellement dans l'intrigue. D'ailleurs, M. Rosell a exposé à son jeune public que la construction même de l'intrigue doit être minutieuse, comporter des rebondissements et des obstacles auxquels le lecteur puisse adhérer. Quant aux personnages, il leur a expliqué qu'ils doivent offrir un certain réalisme, et jouer un rôle qui s'articule précisément autour de peripeties de l'histoire, étant notamment aides ou opposants.

L'intérêt des explications de notre auteur est d'avoir pu les illustrés par son expérience confirmée et des exemples précis empruntés à son roman, que les élèves connaissent bien. Ainsi, les retouches et corrections apparaissent parfois tardivement dans la rédaction du roman, et permettent d'améliorer le naturel de l'intrigue, nous a-t-il expliqué.

M. Rosell a précisé aux élèves que les sources d'inspiration sont nombreuses et relativement variées. La découverte du trésor du roman rappelle une découverte qu'il a faite lui-même dans son enfance, tandis que des aspects du collège où se déroule une partie de l'intrigue reflètent celui qu'il a lui-même fréquenté adolescent. Notre écrivain a aussi souligné l'importance de la vraisemblance historique qui réclame une connaissance relativement précise des faits, exigeant que l'écrivain se documente. Il nous a bien expliqué comment l'écriture d'un roman est un processus riche et généralement imprévisible, qui peut progresser de manière variable au gré des recherches et trouvailles, et prendre parfois beaucoup de temps, quelque soit la longueur du texte.

Dans un troisième temps, M. Rosell a exposé avec beaucoup de clarté à la classe les éléments fondamentaux de la technique narrative. (en préparation du travail d'écriture dans le cadre du projet Voyages en ville).

Les élèves ont pu se rendre compte qu'un cadre global établi à l'avance est indispensable à la réussite de l'écriture et romanesque. On doit préalablement définir l'identité des personnages clés, le lieu, et le temps. À ce propos, il distingue l'époque à laquelle se déroulent les faits de la durée de l'intrigue. On réfléchit ensuite à un problème (ou complot) que vont rencontrer les personnages principaux. Cela rappellera bien sûr aux élèves l'élément perturbateur des contes, qui leur est familier.

Concernant les techniques narratives, M. Rosell a insisté sur les différents points de vue, c'est-à-dire qui est le narrateur (personnage ou extérieur), et a évoqué différents styles d'écriture : mystérieuse, humoristique, exprimant un fort sentiment. Pour illustrer son propos, il s'est livré à une amusante improvisation très concrète, témoignant d'un savoir-faire confirmé.

Dans les grandes lignes, l'écriture d'une nouvelle ou d'un roman doit comporter trois étapes : la présentation, le noyau, la fin, c'est-à-dire la chute, ou encore solution.

Notre écrivain a rappelé qu'il est bon de varier les types d'écriture, et d'alterner narration, description du dialogue.

Ainsi s'est terminée la séance, et j'ai bien l'impression, à voir l'attention des élèves et leurs réactions, qu'ils n'ont pas vu le temps passer. Encore une fois, nous pensons que les photos prises lors de cette intervention le montreront tout aussi bien que les mots !

Vincent Goguel

professeur de français

Collège Raoul Dufy. Le Havre


Rencontre avec Joël Franz Rosell, écrivain cubain

« Je n'écris pas pour me comprendre mais pour comprendre les autres »

Lors d'une signature dans une librairie parisienne il y a une dizaine d'années, j'ai rencontré avec une collègue professeur d'espagnol, l'écrivain cubain Joël Franz Rosell. Il se montre très soucieux de son public et du message qu'il fait passer et nous comprenons tout de suite l'intérêt que auraient nos élèves à rencontrer un tel écrivain.

Même s'il a gardé un accent chantant d'Amérique du Sud, il maîtrise parfaitement la langue française, au point de débattre à propos d'un mot employé par ses traducteurs!

Depuis 2001, Joël Franz Rosell rencontre les élèves avec des collègues de français et d'espagnol au CDI et ce de la 6ème au BTS..

Qui est Joël Franz Rosell?

Né en 1954 à Cuba, licencié en Langue et Littérature Hispaniques en 1979, il travaille d'abord comme animateur littéraire pour le Ministère de la Culture de Cuba et aussi comme enseignant, bibliothécaire et auteur de programmes pour la radio cubaine.

Après avoir beaucoup voyagé et résidé au Brésil, au Danemark, en Argentine, il s'installe à Paris et travaille comme journaliste à Radio France International et professeur à l'Université de Marne la Vallée. Depuis 2004 il se consacre entièrement à son travail d'écrivain, illustrateur et animateur littéraire.

Auteur aujourd'hui d'une vingtaine d'ouvrages pour la jeunesse, dont six ont été publiés en français, il a également illustré quatre livres et fait connaître plus d'une centaine d'articles et essais, la plus part sur le livre pour la jeunesse et les échanges culturels.



Rencontre avec les élèves

De la 6ème au BTS, il rencontre régulièrement ses lecteurs en classe de français ou d'espagnol. La préparation de la rencontre s'organise entre documentalistes et professeurs de la discipline avec une présentation de ses différents livres, un travail à partir d'un thème (qu'est ce qu'écrire? Cuba, hier et aujourd'hui? Esclavage et métissage... Quelle place pour la réalité et l'imaginaire dans l'oeuvre littéraire?...). Après avoir lu un ou plusieurs de ses ouvrages, les élèves sont tous surpris qu'un auteur soit « vivant et ne figure pas dans le dictionnaire » (en fait Joel Franz Rosell figure dans plusieurs dictionnaires d'auteurs espagnols et latino-américains mais ça ses jeunes lecteurs français ne le savent pas!).


Les questions sont variées:

- Pourquoi écrivez vous et depuis quand ?

« J'écris depuis presque toujours. D'abord dans ma tête, parce au Cuba du début des années 60 rares étaient les livres pour la jeunesse et je imaginais les livres que je ne pouvais pas trouver. Plus tard, j'ai écrit en dessinant: je rendais plus amusant le cahier de Math grâce aux aventures de « Super Poitrine », un super-héros calqué sur Superman qui avait par archi ennemi un... professeur de mathématique en style savant fou. J'ai commencé à écrire pour de bon à 12 ans: des petits romans qui ressemblaient aux histoires que j'avais découvert dans la bibliothèque municipale: Tintin, Club de cinq, Fifi Brin d'acier... »

Un jour il se fait voler en classe de sport un livre de Jules Verne qu'il avait emprunté et il n'ose pas l'avouer aux bibliothécaires. A cette époque, il écrit plus qu'il ne lit car il a un public... peu nombreux mais exigeant: un frère, une sœur et des amis qui lui demandent des nouvelles des héros qu'il a créé: des aventuriers cubains, français ou ressortissants des « pays frères » la Roumanie communiste, l'Allemagne de l'Est... A travers ces petits romans maladroits Joel Franz Rosell parcourt le monde... et plus si affinité: en effet, à l'instar de son modèle Tintin, il expédie l'un de ses héros à l'espace. La Lune est déjà prise? Qu'à cela ne tienne: il envoie son Trentin, son chien Siré, son capitaine Bischop et son professeur fantasque à la planète Mars!

A 19 ans, Rosell rejoint l'atelier littéraire de l'Université Central et se résout à devenir un vrai écrivain. Il détruit les 54 romans de ses débuts (ne préservant que quelques manuscrits qui enchantent les enfants et adultes qui le rencontrent dans écoles et autre salons du livre). Il décide de n'écrire que ce qu'il connaît bien et s'acharne a peaufiner son style. Mais il n'abandonne pour autant le jeune publique... Pour ne pas perdre totalement l'enfance?

« Comme tout écrivain, j'écris d'abord pour moi-même: pour lire tout ce que je ne pourrai jamais vivre, pour aller là où je ne pourrai jamais me rendre, pour connaître des gens que je ne rencontrerai jamais... J'avais 4 ans lorsque mes parents ont décidé de réinstaller la famille dans une autre ville. Pendant le déménagement mon frère et moi avons perdu la collection de comics que nous commencions à peine à déchiffrer. Les comics américains étant interdits par le nouveau régime communiste, la perte était irrémédiable. Je crois que c'est alors que j'ai décidé de devenir écrivain: pour que plus jamais on puisse me priver d'histoires!».

- Pourquoi écrivez vous sur Cuba?

« A Cuba, dans les années 70, le régime communiste voulait que les écrivains se mettent au service de la Révolution. On devait refléter le monde de l'ouvrier, prêcher le nouveau modèle socioéconomique. Mais je n'arrivait même pas à refléter le monde des enfants cubains! Je commençait le récit réaliste que l'on attendait de moi... et ça ne tardait pas à devenir une histoire de mystère, de magie ou d'aventure.

En fait, tant que j'y ai vécu, je n'ai jamais réussi à écrire sur Cuba. Le primer livre que j'ai publié était un polar qui s'insérait dans des faits d'actualité, mais mon histoire se déroulait dans une ville qui n'existe pas à Cuba. J'ai gommé tout ce qui me déplaisait dans la réalité cubaine de l'époque et les critiques m'ont reproché mon manque de vraisemblance. Dans mon deuxième livre il était question du temps avant les hommes et à peine quelques animaux et plantes évoquaient vaguement le cadre cubain... Par contre, dès que j'ai quitté Cuba, j'ai eu le besoin de faire venir à moi le terroir perdu.»

C'est en arrivant au Brésil que Joel Franz Rosell écrit Cuba, destination trésor, un roman qu'il va retravailler pendant dix ans, cherchant à fixer la changeante réalité du Cuba d'après la chute du Mur. Le roman, publié en langue française en 2000 (deux ans avant la première édition en espagnol), réussi à rendre accessible aux enfants d'autres pays les singularités politiques, sociales et économiques de cette île hors norme. L'année suivante il fait paraître Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. Ce titre drolatique cache un portrait amusé de la capitale cubaine, même si ce n'est pas le but du livre.

« Ce n'est pas que la réalité ne m'intéresse pas, mais je crois pouvoir mieux saisir la vérité profonde des choses avec une distance « technique »: le fantastique, l'aventure, la parodie. »



C'est pourquoi des nombreux livres de Joel Franz Rosell n'ont pas Cuba pour cadre. C'est le cas du premier à être traduit en France (Les aventuriers du cerf-volant se déroule dans un monde imaginaire dont les souverains, pourtant, font penser à un certain Fidel Castro...). C'est plus vrai encore pour son album L'Oiseau-lire, une très belle fable sur la lecture, sur le besoin de tout auteur de rencontrer ses lecteurs, sur la lutte de chacun, les livres aussi, d'accomplir leur rêve.

Ce genre, le conte philosophique, abonde dans des ouvrages pas encore traduits comme Pájaros en la cabeza ou Los cuentos del mago y el mago del cuento, qui font les délices des élèves d'espagnol. Ces textes se prêtent très bien pour les étudiants de langue étrangère car il sont brefs et possèdent la simplicité de contes pour enfants... avec un fond bien sérieux, qui fait réfléchir aussi bien le jeune que l'adulte.



- Écrivez-vous sur les pays que vous visitez?

« Comme je disais auparavant, je crains ne pas voir l'essentiel de la réalité. C'est peut-être la faute de mon imagination qui envahie tout... Pourtant, je suis très ouverts aux autres cultures, à l'Histoire, aux problèmes des pays que je visite... et encore plus lorsque j'y reste un peu.

J'ai vécu longtemps en France et pas mal au Danemark, en Argentine, en Espagne. Ces pays ont nourri ma sensibilité, mon expérience vitale, ma culture. Comment pourraient-ils être absents du fond et de la forme de mes écrits?

Je donnerai un exemple assez claire: la première version de La chanson du château de sable je l'ai écrit en 1988, peu avant quitter Cuba. Je l'ai publié au Brésil et Espagne sans y changer grande chose. Mais pour la version 2007, j'ai procédé à une modification très importante: pas au niveau du texte, qui n'a connu que les changement qui découlaient de la langue française, puisque je l'ai traduit moi-même. C'est par les illustrations que j'ai donné une nouvelle signification au récit: J'ai dessiné une plage tropicale et mes héros sont devenus un homme noir et son fils métis (la mère n'apparaît pas dans l'histoire, mais elle y est représentée par la princesse Coquillage, qui a des traits européens). Je cherchais de cette façon à m'approcher des enfants de la Caraïbe que j'allais avoir comme premiers lecteurs (le livre a été édité en Guyane par le plus grand éditeur de la région). Au même temps, je retrouvais ainsi les qui m'entouraient dans la plage de Santiago de Cuba (la région la plus métissée de mon pays) où j'ai imaginé l'histoire en 1983.

Au même temps, c'est mon expérience française et même celle de mon quartier multi-ethnique du nord de Paris ce que m'a fait remarquer que la plus part des albums français ayant pour héros des enfants « de couleur » tendent à abordent des sujets « spécifiques »: la question raciale, la nature exotique, la pauvreté, la famille nombreuse, le village et son conteur attitré... Dans ces albums on trouve rarement des sujets qui sont communes aux enfants de toute la planète: être jaloux d'un petit frère ou pas gentil avec sa petite sœur, avoir peur de l'obscurité, faire pipi au lit... La chanson du château de sable ne raconte rien qui ressemble à tout cela: j'y parle d'un enfant qui ne comprend pas pourquoi ses châteaux de sable ne restent pas sur la plage et de ce que son père que lui répond.

Et je ne me suis point inspiré de fable, légende ou conte de tradition orale quelconque! J'ai tout simplement voulu ouvrir mes lecteurs du Nord à une autre vision des enfants du Sud, et inviter mes lecteurs du Sud à avoir une autre vision d'eux mêmes.



-Faites vous un brouillon? Écrivez-vous sur l'ordinateur? Combien de temps met-on à écrire un livre? Gagne-t-on beaucoup d'argent?



« Chaque écrivain à sa façon personnelle de travailler et même chaque livre exige une façon spécifique d'être écrit. Je ne fais de brouillons que pour les illustrations (que je fais à la main: crayon suivi de feutre fin pour les lignes, puis gouache ou acrylique pour la couleur). Par contre, je corrige ENORMEMENT mes textes. Je corrige même les livres déjà publiés, que je relis de temps en temps. Ce n'est pas que j'aime particulièrement me relire et encore moins que j'aie du temps à perdre; cela sert à éviter de commettre les mêmes erreurs dans des livres à venir, à améliorer le livre au cas où (c'est très rare) son éditeur en voudrait introduire ces améliorations dans une deuxième édition. Ça m'a d'ailleurs servi pour des nouvelles versions dans la même langue ou pour préparer des traductions. Je prends aussi plein de notes: ma tête travaille tout le temps et pendant très longtemps (parfois dix ans, comme pour Cuba, destination trésor, ou dix-huit ans comme pour La légende de taïta Osongo ou L'Oiseau-lire!). Je fais mûrir les projets les plus variés dans ma tête: des contes, des romans réalistes ou fantastiques, des articles, des bandes dessinées...

J'ai commencé à écrire au crayon sur des cahier scolaires, puis je suis passé au stylo-bille (plus rapide). Lorsque j'ai commencé à vouloir publier mon travail, je recopiais mes manuscrits, une fois finis, à la machine. Jusqu'en 1988 j'ai utilisé des machines mécaniques d'époques et qualité diverses (la première était une Underwood aussi imposante qu'un petit piano!). Puis j'ai eu des belles machines électroniques et, enfin, mon premier ordinateur. Le premier livre que j'ai entièrement écrit à l'ordinateur c'est Les aventuriers du cerf-volant. C'est pourquoi ce livre marque, en 1993, le début d'une nouvelle étape de ma carrière littéraire: avec l'ordinateur, mes doigts écrivaient enfin presque aussi vite que ma tête et cela m'a donné la liberté créatrice dont j'avais tellement rêvé. »

Mais il y a eu autre chose, et cela a beaucoup à voir avec l'ouverture culturelle: Joel Franz Rosell habitait alors au Danemark et raconte qu'il essayait d'apprendre le danois au même temps qu'il se servait de l'anglais dans la vie quotidienne. En plus, lui et son épouse venaient de prendre la décision d'abandonner le portugais, qu'ils utilisaient depuis leur rencontre trois ans plus tôt, mais que n'était ni la langue de l'un ni de l'autre, pour le français.

« Dans ce melting-pot linguistique, l'espagnol n'était presque que ma langue d'écriture et j'ai commencé à la regarder comme quelque chose d'extérieur et pourtant propre. Le fait de vivre entouré d'autres cultures et plongé dans d'autres langues m'a permit de me réapproprier ma langue maternelle: j'ai appris à connaître sa véritable mécanique, à jouer avec elle, à la réinventer.

Cela a révolutionné son mode d'écriture, sans pour autant rendre celui-ci plus « rentable »...

« Un écrivant n'est jamais payé pour le travaille qu'il fait, mais reçoit à peine un tout petit pourcentage de l'exploitation commerciale qui fait du produit de son travail cette indispensable intermédiaire culturel-marchand qu'est l'éditeur. Je veux dire par là que, par exemple, le salaire d'un conducteur de bus est calculé sur le service qu'il rend pendant chaque heure au volant, tandis que l'écrivant, lui, n'a pas de salaire et peu importe le temps inverti dans la fabrication de son ouvrage ou la qualité finale de celui-ci. Il travaille sans avoir la moindre idée du résultat et du temps à la tâche et seulement une fois achevée celle-la, il doit trouver l'éditeur qui multipliera le manuscrit dans un certain nombre d'exemplaires et lui donnera, seulement bien de mois après les avoir vendu (s'il en vend) 4, 6 ou très exceptionnellement 10% du prix de vente. Bref, comme il y a des dizaines de milliers de nouveaux titres et des millions d'exemplaires chaque année, et comme les lecteurs ont maintenant beaucoup d'autres moyens de s'instruire et divertir (avec plein de ravissants petits appareils électroniques), rares sont les écrivains qui gagnent beaucoup d'argent. Un écrivain que vous n'aurez jamais vu à la télé, est certainement un écrivain qui gagne peu d'argent. Et des écrivains à la télé, vous en avez vu souvent, vous?

-Alors... pourquoi écrivez-vous (et oui, à ce moment de la rencontre, les élèves reposent cette question)...?

« Je n'écris pas pour en vivre, je vis pour écrire. Je ne veux pas dire que si je n'écrivais pas je n'aurais aucune raison de vivre (cela sonne trop solennel et ce n'est pas très original), mais j'avoue ne pas pouvoir imaginer ma vie sans la littérature.

Écrire me permets comprendre le monde et c'est aussi ma façon d'agir. Je ne prétends pas changer le monde avec mes livres... Mais les lecteurs changent pendant qu'ils lisent, et c'est tellement merveilleux d'être quelqu'un d'autre, de n'être pendant un certain temps soi-même...! Ne vaut-t-il pas cela quelques sacrifices, y compris celui de ne pas être très riche?

Écrire c'est comme lire, mais en mieux (je ne sais pas qui a prononcé cette phrase magnifique).

Je n'écris pas pour me comprendre, mais pour comprendre les autres... en prenant un peu leur place lorsque j'écris leur histoire, par exemple. Mais il m'est aussi arrivé de mieux me connaître grâce à l'écriture d'un livre...

On savait bien que Joel Franz Rosell ne manquerait pas d'évoquer La légende de Taïta Osongo. C'est son meilleure livre. Pas seulement parce qu'il est superbement écrit, mais parce qu'il lui a permit de plonger dans ses origines afro-cubaines, que sont aussi ceux du peuple cubain.

« J'allais avoir 29 ans et j'étais encore un gamin. Parce que je ne savais pas qui j'étais, parce que je ne connaissais pas ma famille et parce que j'ignorais l'essence profonde de mon pays. Je venais de me marier et ma première femme habitais à Santiago de Cuba. A différence de la moitié ouest de mon île, la partie que seule je connaissais, à l'Ouest les noirs et les métis sont majoritaires et l'on comprend que Cuba appartient au même monde que Haïti, la Guadeloupe ou la Martinique. Cette réalité m'a inspiré l'histoire d'un amour impossible entre une fille blanche, riche et un garçon noire, esclave. J'écrivais, sans me rendre compte, une histoire très proche de celle de ma grande-mère: une métisse que n'a pas épousé le père de ses enfants. En écrivant La légende de Taïta Osongo j'ai déterré l'histoire de ma famille, mais j'ai aussi j'ai assumé que moi-même je suis un « sang-mêlé » et j'ai résumé l'histoire de Cuba: un pays qui se voit blanc et qui n'a pas entièrement libéré la partie noire de son être.

J'ai écris cette histoire en 1983 et j'ai même eu un prix qu'aurait dû me permettre sa publication immédiate. Mais je n'étais pas satisfait du résultat: j'avais puisé dans le passé de ma famille, de mon pays et dans mes propres contradictions, j'avais utilisé des éléments de la plus vieille culture cubaine, de la littérature contemporaine et même la structure d'un très vieux conte russe! L'amalgame n'était pas parfaite, et plus je me rendais compte de l'importance du sujet, plus je me disait qu'il devait revêtir une forme littéraire soignée.

J'ai mis 18 ans à trouver cette forme et c'est alors seulement que j'ai publié le livre. C'était en Guyane, en 2004. Une première édition en espagnol a vu la lumière au Mexique en 2006, mais ce n'est que l'année prochain que mes compatriotes auront le droit à leur propre édition.

Quand je dis que Cuba a du mal à se reconnaître métisse et héritière d'une société esclavagiste... »



Les objectifs pédagogiques :

- lire d'une ou plusieurs œuvres intégrales

- favoriser les échanges d'idées et s'écouter

- argumenter pour mieux se comprendre

- motiver les élèves, susciter le goût de lire et écrire

- familiariser l'élève avec l'univers de l'écrivain (son œuvre, sa culture d'origine, les temps et lieux de sa vie: Cuba, années 60, 70, 80; Brésil, Danemark années 90, la Caraïbe au temps de l'esclavage; Cuba après la chute du Mur: de 1993 à nos jours).

- réaliser qu'une œuvre est le fruit d'une réflexion, d'une ouverture au monde, d'une sensibilité, d'un travaille d'écriture intense, prolongé et autocritique, ainsi que des nombreuses lectures.

Projets de l'écrivain avec les enseignants-documentaliste et professeurs de discipline

Nous retravaillons avec lui ses interventions auprès des élèves et en nous fondant sur des projets qu'il avait déjà développé avec plusieurs établissements (y compris à l'étranger), et sur des formations qu'il a menée en 2009 et en 2010 avec des enseignants de langues à l'IUFM de Rouen.

Mise en place d'ateliers d'écriture en classe d'espagnol

Joël Franz Rosell proposa pour la première fois des ateliers d'écriture au lycée français de Buenos-Aires en Argentine, en 2001. Cette expérience permit à des élèves de CM2 et de 6ème bilingues (Français/Espagnol) d'écrire dans la langue qu'ils apprenaient et d'être initiés, grâce au travail proposé par l'écrivain, au travail d'écriture : choix de l'histoire, des personnages, construction des la narration et les dialogues. Il a mené des expériences semblables, en espagnol ou en français aux lycées français de Munich, Bilbao et Danemark.

Inscrits dans un projet de 4 séances, ces ateliers effectués en collaboration avec l'enseignant documentaliste et l'enseignant de discipline suscitent l'investissement des élèves et contribuent à diversifier les pratiques pédagogiques.

Utilisation de livres pour la jeunesse dans l'apprentissage d'une langue étrangère

Afin de compléter l'étude de textes et extraits d'œuvres proposés dans les manuels scolaires, Joël Franz Rosell nous propose de faire aussi travailler les élèves un peu plus longue et profondement sur des œuvres complètes courtes et adaptées au niveau de la classe. La littérature jeunesse permet d'exploiter des livres « qui n'ont pas d'âge » avec des activités variées et créatives pour des élèves qui peuvent réemployer les structures usuelles de l'œuvre, « écrire à la manière de... », compléter ou modifier des textes, travailler les champs linguistiques...



Avec ce travail complet sur l'étude d'une œuvre intégrale, proposée deux à trois fois dans l'année, l'élève accède au plaisir de lire un ouvrage littéraire entier, et se voit stimulé du fait de vérifier qu'il est capable de la faire dans la langue qu'il est en train d'apprendre; il exerce des compétences critiques par rapport à la littérature pour la jeunesse, et les thèmes abordés dans leurs lectures suscitent chez les élèves une curiosité, une envie d'aller plus loin grâce à des débats qui peuvent se développer en interaction avec des enseignants de plusieurs disciplines.

Contacts :

Joël Franz Rosell adhèrent à la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse :

www.la-charte.fr/

Un projet peut être monté avec la Maison des écrivains, de laquelle Rosell est également adhérent :

http://www.m-e-l.fe/

Vous pouvez aussi le joindre directement :

1 rue de l'Encheval

75019 PARIS

06 62 47 18 60

ajfrosell@yahoo.fr

bibliographie sélective:



- L'Oiseau-lire. - Belin. Paris, novembre 2009

-La Légende de Taïta Osongo - Ibis Rouge. Cayenne, 2004

-Cuba destination trésor - Hachette jeunesse. Paris, 2003

- Les Aventuriers du cerf-volant. - Hachette jeunesse. Paris, 1998

- Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. - Hachette jeunesse. Paris, 2001

- Los cuentos del mago y el mago del cuento. - Ediciones de la Torre. Madrid, 1995

- Vuela, Ertico, Vuela, Ediciones SM. Madrid, 1997



Pour les plus jeunes:

- La Chanson du château de sable. - Ibis Rouge. Cayenne, 2007

- El pájaro libro. - Ediciones SM. Madrid, 2002

- Javi y los leones. - Edelvives. Zaragoza, 2003

-Pájaros en la cabeza. -Kalandraka. Pontevedra, 2004

-Don Agapito el apenado. -Kalandraka. Pontevedra, 2008



Pour les adultes :

- La Literatura infantil. Un oficio de centauros y sirenas. - Lugar Editorial, Buenos Aires, 2001

Les histoires écrites par Joël Franz Rosell se situent souvent entre la fable et la légende. Il mélange le réel et le fantastique, utilisant des jeux de mots, l'ironie, le langage poétique qui permet au lecteur de lire entre les lignes. Il « dit des choses qui vont plus loin que ce qu'il paraît »... Certains de ses livres sont plus réalistes et permettent connaître la réalité cubaine contemporaine, l'époque de l'esclavage dans la Caraïbe; abordant des problématiques diverses telles que la rencontre avec la différence, le racisme, l'écologie, la solitude, l'autoritarisme...

La rencontre avec l'auteur permet une véritable ouverture culturelle : « La littérature jeunesse doit être le reflet du monde dans lequel vit le jeune...et en même temps lui donner la possibilité de connaître d'autres mondes »

Originaire d'une culture d'Amérique Latine et grand connaisseur de l'ensemble de l'Amérique Latine, Joël Franz Rosell a aussi longuement vécu en Europe (France, Danemark, Espagne, Allemagne), il est aussi un spécialiste reconnu de la littérature pour la jeunesse en langue espagnole. Il nous permet d'en être les passeurs et médiateurs en nous appuyant sur ses livres.

Anne-Marie Latapie

Isabelle Devatine

professeures-documentaliste

Groupe scolaire Saint-Charles

Athis-Mons (91)




dessin de l'auteur

Nous avons tous une part d'ombre

Nous avons tous une part d'ombre

incompris!

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