Site de JOEL FRANZ ROSELL, auteur et illustrateur cubain



LE SITE DE JOEL FRANZ ROSELL, AUTEUR ET ILLUSTRATEUR CUBAIN


Plus qu'un véritable blog, ceci est un site personnel autour du livre pour la jeunesse à Cuba, en France et ailleurs (là où j'habite, lá où je me trouve, là où sont mes livres et mes lecteurs). Tenu dans l'urgence par un Cubain qui n'a pas appris le français très tôt ni à l'école, il peut se trouver ici et là des maladresses de style voire plus si fatalité... Soyez indulgents et signalez-moi l'erreur: ils sera exterminé sur-le-champ.

La légende de Taïta Osongo.La magie et l'amour contre l'esclavage

La légende de Taïta Osongo.La magie et l'amour contre l'esclavage
Editions Orphie, 2007

Petit Chat Noir a peur du soir. Vaincre la peur pour soi et pour les autres

Petit Chat Noir a peur du soir. Vaincre la peur pour soi et pour les autres
Bayard, 2010

série Petit Chat: à la rencontre de l'Autre

série Petit Chat: à la rencontre de l'Autre
Petit Chat et le ballon, Petit Chat et les vacances, Petit Chat et la neige. Hongfei, 2016

L'Oiseau-lire

L'Oiseau-lire
Belin. Paris, 2009

Si un ouragan m'était conté

 La légende de Taïta Osongo  (extrait)
http://auteurjeunessedecuba.blogspot.fr/p/la-legende-de-taita-osongo.html
illustration de Joel Franz Rosell
Une brusque secousse sortit le maître d’équipage de ses réflexions. Son instinct de marin lui avait indiqué qu’il y avait un danger, et il ne lui fallut qu’une seconde pour quitter le hamac et monter sur le pont. Il fut surpris par l’obscurité du matin, le vent froid et humide, la façon dont la mer était agitée y compris là où ils se trouvaient, à l’intérieur de la baie de La Havane si bien protégée. La cause de la brusque secousse avait été un coup de vent accompagné de grosses vagues qui avaient secoué le voilier de Severo Blanco et tous les autres bateaux ancrés dans le port.
– Un cyclone approche !, cria-t-il aux marins. Il faut se préparer !

(...)

illustration de Joel Franz Rosell

La patience de Severo Blanco porta ses fruits en cet après-midi d’octobre. Le cyclone semblait s’être contenté de frôler la pointe ouest de l’île, de sorte que capitaines et maîtres d’équipages avaient pu laisser aux simples matelots la surveillance de leurs bâtiments, tandis qu’eux passaient ces moments d’ouragan dans les tavernes à s’imbiber les entrailles d’eau-de-vie.
Après avoir traîné dans les tavernes les plus proches du port, Severo Blanco se dirigea vers une autre qui se situait à l’entrée du quartier malfamé nommé « El Manglar ».
« Les trois doublons » était une taverne si misérable que le nom grossièrement peint sur la porte semblait plutôt être un avis de vente : trois doublons d’or paraissaient suffire pour acheter l’édifice et tout ce qu’il contenait… y compris les clients. Habituellement n’entraient ici que des marins, des pêcheurs, des trafiquants à la petite semaine et des délinquants sans foi ni loi.
La taverne occupait la partie antérieure d’une maison construite, comme tant d’autres de la zone, avec des pierres volées sur la muraille récemment démolie. Une large porte et une fenêtre aux grossiers barreaux de fer, toujours ouvertes, permettaient de voir qu’à l’intérieur il n’y avait pas de chaises, mais de rudimentaires banquettes, et qu’au lieu de tables il y avait des barils. Une planche appuyée sur de grands tonneaux servait de comptoir, et derrière, clouées au mur, une demi-douzaine de caisses de bois servaient d’étagères.
La seule chose qui était vendue aux « Trois doublons », en dehors de quelques saucissons faisandés et de morceaux de lard desséchés, c’était du rhum et de l’eau-de-vie. Entre les sombres bouteilles de terre cuite qui contenaient ces alcools bon marché se détachaient quelques bouteilles de cristal avec de voyantes étiquettes dorées ; mais le cognac qu’avaient un jour contenu ces bouteilles ne pouvait être arrivé jusqu’à la taverne que parce que le patron les avait volées ou obtenues en contrebande.


Severo Blanco entrait aux « Trois doublons » quand il remarqua un vieux capitaine ivre. L’homme était proche de sa dernière heure, et il était impossible de savoir s’il s’enivrait pour oublier à quel point son foie le faisait souffrir, que c’était l’alcool qui l’avait détruit, ou parce que la meilleure façon de mourir que pouvait désirer un marin alcoolique était de se noyer dans une dame-jeanne d’eau-de-vie.

"Résultat, murmurait-il avec les yeux perdus, c’est que je ne pourrai pas arriver à Cosongo. Il vaut donc mieux que le secret disparaisse avec moi…"

                                         (...)


...le défi à l’autorité de Severo Blanco ne tarda pas à se manifester.

           À peine quelques heures après les premiers ordres du nouveau capitaine, éclata une terrible tempête… Et un mois plus tard, comme si elle s’était érigée en véritable maître du bateau, elle était toujours là. Avec ses vents tranchants comme des poignards, l’ouragan réduisit les voiles en lambeaux, et ensuite, tournant comme d’invisibles tire-bouchons, les vents arrachèrent à la base les trois mâts. La coque sans défense, se vit alors précipitée au sein de vagues immenses comme des précipices.

Voilà ce que fut la première semaine. Alors qu’ils se voyaient déjà naufragés, les gens du bateau négrier se réveillèrent sur une mer si calme qu’elle ressemblait à de l’acier. Cependant, la lumière qui les éblouissait n’était pas celle du soleil, mais celle de la coupole d’éclairs qui avait remplacé le ciel.

Les vents en furie ne tardèrent pas à revenir, mais comme il n’y avait ni voiles ni mâts à emporter, ils s’en prirent alors aux hommes.

Les quatre premiers furent précipités dans les vagues, mais après avoir avalé des litres d’eau et avoir souffert des morsures des crabes, ils se retrouvèrent de nouveau à bord. Trois autres marins furent à leur tour entraînés dans les airs, et alors qu’ils étaient sur le point de mourir de faim avec le corps plein des égratignures faites par des oiseaux invisibles, ils furent de retour, recrachés par un ciel capricieux.

La nacelle de l’homme de vigie était bringuebalée dans la cale et les eaux putrides de la sentine balayaient souvent le pont. Du mousse au capitaine, personne n’était à son poste, et pas un seul des marins mal en point ne pouvait affirmer si ce qui palpitait à l’intérieur de son corps était ses entrailles, son âme ou une mouette qu’il aurait avalée dans la confusion de l’orage.

VI

Severo Blanco réussissait à se montrer moins affolé que les autres, mais il était le seul à savoir que cette tempête était inscrite sur le livre de navigation du vieux capitaine et qu’elle n’était pas un rejeton légitime de la nature.

Enfermé dans sa cabine, Severo commença par s’agenouiller devant la croix. Mais il n’avait pas encore réussi à se rappeler comment commençait le Notre Père quand un des clous de bronze se détacha et le crucifix commença une danse comique, trop fougueuse pour que seul le roulis du navire pût l’expliquer.

Le maître d’équipage-capitaine s’allongea sur le ventre et convoqua le Diable, en lui offrant son âme en échange de la vie. Mais l’ouragan emportait ses cris et ses blasphèmes, et il monta alors en courant sur le pont pour implorer la pitié de la mer qui rongeait goulûment le timon, la pitié du vent qui griffait le pont sans compassion et de la pluie qui les mitraillait avec des gouttes acides qui creusaient des ulcères dans la peau et corrodait les cordages.

Mais cela s’était passé au début. Cela faisait un mois… ou un siècle.

Maintenant Severo Blanco ne demandait plus, n’offrait plus, n’espérait plus. Peu à peu il avait commencé à se repentir de sa décision d’aller voler la richesse de Cosongo, et il lui était venu comme un remords pour les milliers d’esclaves que les bateaux sur lesquels il avait navigué, avaient amenés pour souffrir sur les plantations d’Amérique.

Au pire moment, par-dessus le rugissement implacable de l’ouragan, il crut entendre une voix qui criait, moqueuse : « Rien ne pourra t’arrêter, pas même tes propres malheurs… ! »

En trébuchant, Severo Blanco sortit sur le pont, et au milieu de l’effrayante obscurité, il vit le visage de l’ouragan : un visage horriblement semblable au sien.

Et alors, pour la première fois de sa vie, il eut peur.

Peur de lui-même.

                                                (...)


Editions françaises:  


     Ibis Rouge (Matoury, 2004)


   
                                                                                                 Orphie (Saint-Denis, 2017)





   Editions cubaines: Capiro (Santa Clara, 2009), Editions Matanzas (Matanzas, 2015)




Publié egalement au Brasil (Ediçoes SM do Brasil, 2007) et en Argentine (FCE, 2015)

 


Le retour en grand de "La légende de Taïta Osongo"

Après sa première édition française en 2004 (épuisée), de sa sortie en espagnol au Mexique, puis au Brésil (deuxième traduction, au portugais), en Argentine et à Cuba (deux éditions dans chacun de ces pays), ainsi que trois prix latino-américains de roman pour la jeunesse, 
La légende de Taïta Osongo 
fait son retour en grand format
aux éditions Orphie





La Légende de Taïta Osongo peut nourrir la réflexion et susciter la discussion à propos de thématiques liées à l’esclavage. Ce roman n’affiche aucune ambition pédagogique ni même d’intention prosélyte et c’est justement pour cela, je crois, qu’il peut faire naître le débat avec – et entre – les jeunes sur le racisme et la discrimination, l’exploitation sauvage des êtres humains, l’injustice ou le colonialisme, des sujets d’une actualité toujours brûlante.

Le noyau dramatique du roman est constitué par les amours interdites entre deux adolescents que tout sépare : il est noir et elle est blanche, il est pauvre et elle est riche, il n’a aucun droit, car il est esclave, et elle a, parce qu’elle appartient à l’élite, tous les droits… sauf le principal : celui d’aimer librement et d’être aimée par la personne de son choix.

(extrait d'une intervieuw)

tout sur ce livre:

http://auteurjeunessedecuba.blogspot.fr/p/la-legende-de-taita-osongo.html


divers éditions de La légende de Taïta Osongo
en espagnol, portugais et français

Il s'agit de mon deuxième livre français n tant qu'auteur et illustrateur


Pour la couverture, j'ai choisi de m'inspirer du superbe tableau "La Jungle" de mon compatriote Wifredo Lam ... né la même année et dans la même ville, Sagua la Grande, que ma grand-mère paternelle, et ils appartenaient tous deux à la même classe de métis de petite classe moyenne. La vie de cette grand-mère a d'ailleurs été l'une des sources de mon histoire... même si je ne me suis rendu compte que bien après l'écriture de la première version.




Certains illustrations je les avais réalisés en 2009 pour la première édition cubaine. Pour la nouvelle version française, j'ai repris seulement une partie de ces dessins à base d'acrylique gris-de-Payne et blanc et fis des nouveaux. 
















Atelier d'écriture dans une école 19ème du arrondissement


Tout au long de l’année scolaire 2016-2017 j’ai conduit un atelier intitulé Conte et Littérature à l’école du 59 bis rue de Romainville au XIX arrondissement de Paris.

Comme c’est l’habitude dans les projets coordonnés par la Ligue de l’enseignement, chaque trimestre les enfants peuvent choisir un atelier différent. Chaque trimestre, donc, j’ai eu des enfants différents à ma charge… et j’ai modifié ma procédure en fonction du groupe : homogénéité, classe d’âge, niveau académique, motivation…

Chaque fois j’ai commencé par présenter, de façon ludique, les éléments composant un conte ou histoire et organisé des jeux de création rapide d’une petite histoire. J’ai aussi raconté des histoires en me servant de cet excellent outil qui est le kamishibaï  et quelques-unes des histoires que j’ai déjà publiées, en particulier celles dont je suis l’auteur & illustrateur… car l’illustration, élément inséparable su livre pour la jeunesse, n’était pas absente du projet.

La cerise sur le gâteau a été chaque fois la création d’une ou de plusieurs histoires dont les auteurs étaient de petites équipes de deux ou trois enfants, le groupe dans son ensemble ou, exceptionnellement, un seul enfant ayant déjà une expérience de création et le désir de travailler tout seul.

9Les résultats ont été variés, toujours intéressants. Dans l’ensemble, je crois que les enfants ont passé de bons moments et ont appris de petites choses sur la création littéraire.

L'atelier Conte et littérature n'est pas un projet d'initiation à l'écriture. Le but n'est pas d'emmener  les enfants à écrire des contes ou autres fictions, mais de les approcher du conte, des histoires (écrits, oraux voire appuyés sur des images). C'est pourquoi je me suis permit d'intervenir activement dans la création de quelques unes des histoires produites tout au long de l'année. 

Ce fut le cas au troisième trimestre. Le mois de juin était trop chaud et poussait un peu à la paresse, le groupe, assez hétérogène, produisait des textes trop éloignés en ton, style, complexité et longueur. Je n’ai tout d’abord songé qu’à faciliter la cohabitation entre les trois histoires, mais je me suis pris au jeu et, tout en conservant chaque mot produit par les enfants et en discutant avec eux les options de mon cru, on a fini par « pondre » ce qui suit :  


L’APPRENTIE SORCIERE, 
LE PRINCE AMOUREUX
ET LE DRAGONSAURE 
DE LA GROTTE DE CRISTAL

Conte composé par Joel à partir d’idées, textes et personnages de :

Aïsseta CE2b - Amir CE1b - Namizata CPb - Carol CE1a - Grâce CM1b -
Hanna CM1 - Ibrahim CPb - Marc CPa - Mohammed CM1a - Yanis CE1a


Atelier Conte et littérature
Ecole du 59bis rue de Romainville. Paris XIX
Année scolaire 2016-2017, troisième trimestre

Coordonné par Joel Franz Rosell



Chapitre 1
LES APPRENTIES SORCIERES

Cest le premier jour d’une apprentie sorcière à L’Ecole supérieure de magie-culture, plus généralement connue comme Magic Sup.

Plus qu’une simple école, Magic Sup était une véritable ville dans la ville. L’ensemble de bâtiments qui composaient l’école se dressait sur une colline densément boisée et entièrement encerclé par un mur d’enceinte de cinq mètres de haut agrémenté ici et là de tourelles ornées de gargouilles grimaçantes. Ces gargouilles étaient en pierre grise et très anciennes, comme le prouvaient ses nombreuses tâches, craquelures et bouts manquants. Néanmoins, dans leurs orbites de vieille pierre, les gargouilles cachaient des yeux injectés de sang qui surveillaient attentivement les alentours. Dès qu’un passant s’y attardait trop, leurs gueules béants se mettaient à crier des insultes, à lancer des malédictions terribles ou à hurler à la mort. On racontait même que si quelqu’un osait escalader le mur, les gargouilles prenaient vie et se lançaient sur l’intrus pour le déchiqueter avec leurs crocs et leurs serres. J’ai déjà dit qu’il s’agissait de très vieilles sculptures en pierre, mais si elles manquaient parfois d’une oreille ou du bout de la queue, leurs serres et crocs étaient solides et affutés… comme si c’était la veille qu’ils avaient été taillés dans une pierre plus dure que le reste !

L’arrivée à Magic Sup était toujours très impressionnante pour les élèves de première année, qui le découvraient un mardi de septembre ou, comme par hasard, le ciel était toujours noir, le vent puissant et les éclaires nombreux.

Chaque bâtiment de la vaste école était d’un style différent : les dortoirs ressemblaient à des château-forts du moyen âge, le bâtiment d’administration était une sorte de gigantesque cabane de sorcière, la bibliothèque concordait à l’idée que l’on se fait d’une cathédrale gothique en ruines et le réfectoire avait carrément l’air d’un grand mausolée volé d’un cimetière.


L’apprentie-sorcière qui allait avoir un rôle si important dans mon histoire n’était pas la moins impressionnée le jour de sa rentrée scolaire. Elle était plutôt petite pour son âge, mais fort agile et pas bête du tout. Avec ses cheveux d’un violet intense et ses nombreuses tâches de rousseur en forme d’étoiles elle avait de quoi passer inaperçue entre les nombreuses bizarreries, artificielles ou naturelles que l’on trouve normalement entre sorciers et magiciens. Elle s’appelait Dringmachinchose Queçasautelorsqueçafaitdring,  mais partout on l’appelait tout simplement Dring-dring.
Dring-dring était dans la classe de la très stricte Mme. Tricteur, plus connue comme le Boa Constricteur parce que lorsqu’elle prenait un élève en grippe, elle ne le lâchait plus. Les dons magiques de Dring-dring ne s’étaient pas manifestés avant l’âge de sept ans et ses parents avaient négligé son éducation. C’est pourquoi elle avait plus de difficultés que se petits camarades à suivre les cours. Mme. Tricteur en était parfaitement au courant mais loin de se montrer compréhensive, elle n’était que plus exigeante.
La meilleure copine de Dring-Dring qui s’appelait Namicrochetdroit Delacastemaline, plus simplement nommée Namiline faisait son mieux pour l’encourager.

-Tu es né sorcière et la magie est en toi. Ce n’est pas parce qu’on a oublié de t’apprendre trois trucs de base pendant ta petite enfance que tu réussiras moins bien que les autres. Ma grand-mère était comme toi. Pire, elle n’a découvert ses pouvoirs qu’à 15 ans et tout-à-fait par hasard ! Elle n’a donc pas fait d’études… et pourtant c’est elle la plus grande sorcière du village.
-Mais je ne suis pas au village, comme tu dis, mais à Magic Sup. Je suis entourée de sorciers, apprentis sorciers, collégiens sorciers et étudiants sorciers qui savent plein de choses que j’ignore, se plaignait Dring-dring. Et pour couronner le tout, j’ai le Boa Constricteur comme professeur principal.
-Et ben, justement ! Tu ne manques pas de stimulation. Et Mme. Tricteur a beau être très stricte, elle n’est pas moins le prof le plus doué de Magic Sup. Avec elle, même les plus bêtes apprennent.
-Tu vois, soupira Dring-dring découragé. Tu le dis toi-même : je suis bête.

Namiline serra son amie dans ses bras.

-Mais non ! Arrête tes bêtises… Pardon, je veux dire… Bref : à partir d’aujourd’hui on va toujours réviser le livre des sortilèges ensemble. Puis, il te faut avoir une bonne baguette et une tenue convenable. On ira cette après-midi faire des emplettes et en chemin, on répétera les nouveaux mots magiques. Il faut toujours apprendre les mots magiques par cœur.

L’apprenti sorcière Dring-Dring fit oui de la tête, décidée à commencer tout de suite la mise en application de ces conseils.



Chapitre 2

L’ECOLE ROMANTIQUE


Je n’étais pas du tout content lors de mon entré à l’Ecole internationale des princes et princesses « Têtes Couronnées ». C’est une école privée, bien entendu, et l’on ne peut y rentrer que lorsqu’on est fils de roi, fille de reine (les deux à la fois, ou au moins l’une de deux choses). Vous pouvez imaginer un endroit pareil ? Moi, Victor de Haut-le-Cœur, je suis bien placé, car j’ai quatre frères et sœurs, pour savoir que les princes et princesses sont des gens insupportables, imbus de leurs privilèges, gâtées par leurs serviteurs et leurs souverains de parents.

En famille, tant d’orgueil et de caprices deviennent supportables parce que l’on s’aime bien, parce que l’on se connait depuis toujours ou tout simplement parce que chacun sait quelle est sa place et n’a rien à démontrer. Mais dans une école des princes et des princesses où chacun veut démontrer qu’il est le plus vaillant ou la plus belle, je devinais que cela tournerai vite au vinaigre.
Pourtant, mon premier jour de classe c’était le désastre… et en même temps très romantique. Car j’ai eu la chance de tomber à côté de la princesse la plus capricieuse… et la plus belle au monde !

Belleaumonde de Plusquepersonne était ravissante comme une image, blonde comme le soleil, avec des cheveux longs comme le bras et des yeux bleus comme le ciel au printemps. Son sourire valait un empire et sa voix était de la soie…

Bref, je suis tombé amoureux d’elle à l’instant. Littéralement foudroyé.

J’avais la chance d’être rentré à l’école Têtes Couronnées au même temps qu’une amie trop chère, ma cousine Melousine de Moncoeur, du château à côté de chez-moi, et à la recréation on discute de la princesse.
-Il faut que je le lui disse !
-Quoi ?
-Que je suis amoureux d’elle.
-Absurde ! Tu la connais depuis 45 minutes.
-Et alors : c’est un coup de foudre, et un coup de foudre ne dure même pas 45 secondes.
-Tu délires, mon cher Victor !
-Délire d’amour.

Ma cousine Melousine me regarde avec attention pendant… je ne sais pas, 15 secondes peut-être et puis, avec un soupir elle me dit :

-Oui, tu es amoureux. Chez vous, les princes de Haut-le-Cœur, l’amour se manifeste avec des petits changements physiques que je viens d’apercevoir.
-Quels changements ? demandais-je inquiet. Moi je ne me sens rien de bizarre.
-Prends ce miroir et regarde-toi ! répondit Melousine illico :

Sur son petit miroir d’argent, j’ai retrouvé mon visage… En fin, quelque chose qui ressemblai énormément à mon visage, car j’ai pu constater que la pupille de mes yeux était devenu carrée, que mes sourcils avaient légèrement poussés, que mes taches de rousseur avaient pris une curieuse forme étoilée et que mes oreilles étaient désormais légèrement pointues. En fait, quelqu’un qui ne me connaîtrait pas très bien, ne s’en apercevrait certainement pas, mais…

-Ce n’est qu’un début, prophétisa ma cousine Melousine. Mais si tu lui dis que tu l’aimes et que, par hasard, elle te dit oui… Tu deviendras de plus en plus bizarre… et ça finira en drame ! Rends-toi compte : tu n’es pas tombé amoureux de n’importe quelle princesse, mais de la princesse capricieuse.
Je commençais à comprendre.
-Qu’est-ce qu’on fait alors ?
-Il faut trouver un désensorcelleur.
-Un quoi ?
-Un desensorcelleur. Un bon désensorcelleur qui te désensorcellera.
-Mais je serai toujours amoureux ? voulu-je savoir tout de suite.
-Oui, hélas, soupira ma cousine Melousine. Tu seras toujours aussi bête, Victor, mais cela se verra moins.
-Alors je veux bien… Où est que l’on peut trouver ce desen…chose.
-Dans la colline d’en face, évidemment, répondit ma cousine qui était (je ne l’ai pas encore dit) toujours au courant de tout.

Je levai les yeux par-dessus les grilles en bronze dorée de notre école de princes et de princesses et j’aperçu un sinistre mur de pierre gris ornée d’abominables tourelles et de gargouilles encore plus hideuses.

-Que veux-tu dire ?
-L’école voisine regorge de sorcières et magiciens. C’est la célébrissime Ecole supérieure de la magie-culture.
-Magic Sup ? balbutie-je. On est voisins de ça ?
-Et tu devrais t’en réjouir, fit ma cousine. Parce qu’on a besoin d’une apprentie sorcière, de préférence d’une qui n’aurait pas été trop abîme par l’enseignement de la magie moderne et qui, de ce fait, saura trouver en son for intérieur la magie nécessaire pour désensorceler un prince de Haut-le-Cœur tombé bêtement amoureux d’une princesse capricieuse.



Chapitre 3

LE DRAGONSAURE DE LA GROTTE DE CRISTAL


« Il était une fois un dinosaure qui rencontra un monstre gluant. Le monstre était extra-terrestre et s’était réfugié dans une grotte de cristal de sa propre construction. Ceci s’est passé dans l’année -65 million, c’est-à-dire il y a très-très-très longtemps. Si longtemps qu’à l’époque il n’existait pas un seul humain sur Terre. Il n’y avait même pas des mammifères comme ceux que nous connaissons aujourd’hui… et nous les hommes, ne l’oubliez pas, nous sommes des mammifères très évolués.
 Vers l’an -65 million, justement, se produit la Grande Extension des dinosaures et bientôt, ils s’épanouissaient sur notre planète des mammifères, des poissons, des insectes et autres animaux que nous n’aurions plus de mal à reconnaître … »
Le professeur de Monstrelogie comparée leva les yeux de ses notes et regarda ses élèves l’un après l’autre. Il était si vieux qu’on l’aurait cru témoin de cette très très lointaine préhistoire qu’il racontait. Il était chauve, ridée comme un rideau plié et portait de lunettes avec des verres si épais que ses yeux semblaient flotter à une certaine distance de son visage.


« Ce qui provoqua l’extension des dinosaures c’est la chute d’une énorme météorite dans ce que l’on connaît aujourd’hui comme le golfe du Mexique. Dans la panique, le dinosaure de notre histoire tomba dans l’abri qui s’était fabriqué le monstre gluant. Ce monstre était vraiment gluant, si gluant qu’il colla au dinosaure. Ils étaient si collés l’un à l’autre qu’ils se mélangèrent, se confondirent et finirent par n’en être qu’un seul et unique individu. C’est comme cela qu’il est né le premier dragon de l’histoire : un croisement parfait de dinosaure et de monstre gluant doté d’ailes et crachant du feu… »

TRALALALALALALALA, TRALALALALALALALA,   TRALA LALALALAAAA !

C’était la sonnerie de l’Ecole internationale des princes et princesses qui annonçait la fin de cours. Les élèves se mirent bruyamment débout et abandonnèrent la salle de classe en trombe. Lorsque le vieux professeur fini de ramasser ses affaires, il était seul dans la classe et peut-être dans tout le bâtiment. Et pourtant, il se pressait car il avait encore un cours à faire…
-Ou-là-là ! se dit-il. Au prochain trimestre j’exigerai que l’on me change les horaires. Je ne peux plus continuer à faire la navette d’un collège à l’autre. Même si Magic Sup se trouve dans la colline d’en face, je ne suis plus en âge d’utiliser un balai volant…
Car, en effet, le vieux professeur de Monstrelogie comparée de l’école Têtes Couronnées était un sorcier qui enseignait la même matière à l’Ecole supérieure de magie-culture !
Il ferma la porte de la salle de classe à double tour, sorti son balai volant d’un placard également fermé à clé et se plaça devant la grande cheminée avec son cartable sous le bras gauche et le manche du balais bien saisi de sa main droite. Puis, il plia les jambes et chantonna :
 Abracadabra, envole-toi plus vite que ça
Mais doucement, Mimi Cra-cra !
Il partit comme un pétard, laissant derrière lui une traîné de fumée qui sentait la poudre et un nuage de petites étoiles.
-Waou ! m’écria-je. Il est incroyable le vieux !
-C’est vrai qu’il déchire ! avoua ma cousine Melousine. Mais, tout de même, appeler son balai volant Mimi Cra-cra…
-C’est rigolo, non ?
-Justement, répondit Melousine. Trop rigolo pour un crouton comme lui.
Nous nous étions cachés au fond de la classe et avions assisté, médusés, à la transportation magique de celui qui nous n’appellerions plus jamais Monsieur Croûton.
-Mais comment savais-tu qu’il était sorcier ? demandais-je à ma cousine.
-Oh, j’avais entendu des rumeurs, répondit-elle évasive.
J’ai su tout de suite qu’elle mentait, mais je ne pouvais pas deviner à l’époque ce qu’elle me cachait. De toute façon, en ce moment-là je ne pensais qu’aux moyens nécessaires pour vivre mon amour avec Belleaumonde de Plusquepersonne.
-Alors, on y va ?
-Il n’y a pas le feu. Ils ont encore une heure de cours, eux.
-Oui, mais quand même…

-D’accord, d’accord. On y va.

Une demi-heure plus tard, le professeur de Monstrelogie comparée approchait la fin de son cours dans la classe de CME (Cours de magie élémentaire) à laquelle assistaient Dring-dring et Namiline.

« …Le premier témoignage écrit sur l’existence des dragons, nous la devons à un monsieur qui se promenait avec son loup apprivoisé. Le monsieur était le secrétaire du marquis Plusquepersonne, arrière-arrière-arrière ancêtre du roi Beaumond I de Plusquepersonne, actuel souverain de l’Ile de Capri. Monsieur Petitmenteur avait l’habitude de se promener très tard la nuit en compagnie de son loup. C’était une mesure de prudence car les villageois, ses voisins, n’apprécient pas trop la présence d’un loup, même apprivoisé, près de leurs moutons et brebis… »      
    
        
-Il est n’est pas très concentré aujourd’hui le prof, murmura Dring-dring à l’oreille de sa voisine de table, sa copine Namiline.
-C’est normal, répondit celle-ci. Il est tombé sur la tête en atterrissant tout à l’heure dans la cour. Et pourtant, c’est un petit vol depuis l’école Têtes Couronnées ou il fait ses cours le matin.
-Mais pourquoi est-ce que l’on donne des cours de Monstrelogie aux princes et princesses ? s’étonna Dring-dring.
-Depuis toujours, les dragons affectionnent les princesses, et les princes veulent tuer au moins un dragon dans leur vie, expliqua Namiline. Tu ne peux pas ignorer ça tout de même ! C’est écrit dans les contes !

Un épais silence s’était saisi de la classe. Namiline et Dring-dring comprirent trop tard que le professeur les avait surpris en plein bavardage.
-Alors ces demoiselles s’imaginent qu’elles peuvent empêcher leur vieux professeur de les entendre en s’entourant d’une bulle anti-prof ? dit Monsieur Crouton après avoir crevé leur bulle d’isolement magique d’un petit coup de baguette. Vous aurez une heure de rétention.
En retournant à sa table, le professeur de Monstrelogie précisa :
-Je ne vous punis pas parce que vous bavardez en classe, mais parce que vous manquez de discernement. Comment pouvez-vous croire qu’un sortilège aussi primitif que la bulle anti-prof peut détourner l’attention d’un sorcier de mon niveau ?!

Et il continua son récit comme si de rien n’était :
« Monsieur Petitmenteur se promenait donc un soir avec son loup lorsqu’il vit s’abattre sur lui la colossale bête qu’il décrit comme ceci : « 4 ailes avec des piquants vénéneux, 6 pattes, crachant de toiles d’araignée et du feu violette… »

Quelqu’un peut me dire de qu’elle espèce s’agissait ?, demanda-t-il en regardant les élèves par-dessus ses épais lunettes.

Plusieurs mains se levèrent et, comme à son habitude, le vieux professeur choisi un des élèves qui n’avait pas levé la main.
-Monsieur Laberlue ?
-Un dragon mauve, dit l’élève.
-En plus d’être un élève paresseux, vous ne vous lavez pas les oreilles, répondit le professeur avec un sourire sarcastique. Voyons monsieur Lebonsouffle, qu’est-ce que vous avez soufflé à votre camarade ?

Le gentil Lebonsouffle, les joues en feux, se mit débout et répondit :

-Un dragonsaure, monsieur.
-Et qu’est-ce qui est faux dans la description ?
-Les six pattes, monsieur.
-Exact, dit le professeur. Un dragonsaure a, en effet, deux pairs d’ailes avec des piquants vénéneux, il crache du feu violet et des sortes de toiles d’araignée, mais… il n’a que deux pattes. On peut donc supposer que le témoin, monsieur Petitmenteur, avait si peur qu’il a confondu les pattes du dragonsaure avec celles d’un autre animal, probablement un bœuf ou un tout autre quadrupède, qu’il avait capturé avec ses puissantes griffes.

Le professeur revint à ses notes et lut :
« Monsieur Petitmenteur fut courageusement protégé par son loup et il eut le temps de se réfugier dans une grotte dont il ne connaissait jusqu’à ce jour l’existence. A son grand étonnement, la grotte était en cristal. Il s’y croyait en sécurité mais quelques minutes plus tard il vit le dragonsaure entrer par l’autre bout de la grotte. Et alors… »

ABRACADABRA, ABRACADABRA, ABRACADABRAAAAA !

C’était la sonnerie de l’Ecole supérieure de magie-culture qui annonçait la fin de cours. Les élèves se mirent bruyamment débout et abandonnèrent la salle de classe en trombe.
Dring-dring et Namiline sortirent les premières.

-On n’a pas vraiment de chance ! soupira Dring-dring. Une heure de colle justement le seul jour de la semaine où on a le droit de sortir pique-niquer au Prés-du-bonheur au lieu d’être forcées de déjeuner dans l’infecte réfectoire.
-C’est ma faute, avoua Namiline. Que tu ne saches pas que la bulle anti-prof ne marche pas avec tout le monde, passe. Mais moi, je le sais très bien.
-Ne prends pas la chose à cœur, dit généreusement Dring-dring. Tu as cru que Monsieur Crouton n’était pas en forme à cause de son accident de balai volant.

Elles allèrent quand même se détendre sur les grasses pelouses du Prés-du-bonheur. Les heures de colle commençaient seulement après la pause-déjeuner. Elles venaient à peine de déballer leurs sandwichs, lorsqu’elles virent s’approcher un garçon et une fille d’environ seize ans. Ils portaient des robes noires à capuche semblables à celles des apprentis sorciers, mais à leurs manières distinguées on devinait qu’il ne s’agissait point d’élèves de Magic Sup.  

-Bon appétit, dit la fille encapuchée. Peut-on vous déranger un instant.
Dring-dring et Namiline venaient de mordre dans leurs sandwiches et ne répondirent qu’avec un mouvement de tête.
-C’est gentil, poursuit le garçon. On a vraiment besoin d’un petit service.


Chapitre 4

APPRENTIE SORCIERE AIDE PRINCE ET PRINCESSE


-Comment avez-vous fait pour passer ? demanda la plus grande des apprentis-sorcière. Pour entrer à Magic Sup il faut montrer au gardien une carte de prof ou d’élève magicien.

-Nous nous sommes déguisés, dis-je.
Mais celle que j’appris plus tard à appeler Namiline me rit au nez.
-A d’autres avec ces sornettes ! On ne trompe pas l’ogre portier avec un truc aussi simple.
-C’est que nous avons cueillis la poussière d’étoiles laissée derrière par notre professeur de Monstreologie lorsqu’il a quitté la salle de classe sur son balai volant, expliqua ma cousine Melousine. On a dissout la poudre dans du jus de citrouille bio et on y a trempé nos robes à capuche…
-Des authentiques robes de Magic Sup, précisais-je en montrant l’étiquette du fabriquant dans le revers de ma capuche. On les a achetés (très cher !) dans la friperie du village.

Sans prêter grande attention à mes paroles, la plus grande des filles insista :

-Encore des broutilles ! Si vous ne dites pas toute la vérité, on vous plante là et l’on va finir nos sandwiches ailleurs.
C’est alors que j’ai eu le plus grand choc de ma vie.
-C’est bon ! fit Melousine. De toute façon cela finirait par se savoir…
Et elle montra la paume de sa main gauche aux deux apprenties sorcières. J’ai vu leurs yeux s’agrandir et je me suis penché pour voir moi aussi ce qui leur causait un tel effet.

Mon étonnement fut indescriptible lorsque je vis dans cette paume fine et blanche que je connaissais si bien, une sorte de tatouage rouge sang… qui bougeait comme s’il s’agissait d’une petite flamme !

Je faillis m’évanouir lorsque j’ai ressenti la chaleur que dégageait le mystérieux tatouage, mais les deux autres filles se contentèrent de lever à leur tour leurs paumes gauches… où brûlaient des tatouages de feux tout à fait semblables.

« Je te salue, oh sombre sœur ! » dirent toutes les trois d’une seule voix.

Une sorcière ! Ma cousine Melousine de Moncoeur était une sorcière !!!



-Je suis princesse et sorcière, m’expliqua-t-elle d’une voix étrange : suave, pénétrante et rassurante… qui eut l’effet de me faire accepter l’extraordinaire révélation comme un truc complètement banale.
-Je comprends maintenant pourquoi tu sais tellement de choses sur les sorcières et sur Magic Sup, dis-je avec un calme qui, justement, ne me rassurait pas vraiment. Et je crois désormais comprendre aussi pourquoi ma mère la reine n’a jamais trop aimé que tu sois mon amie.
-On parlera de ça plus tard si ça ne t’embête pas, fit-elle assez sèchement. Nous sommes venus ici pour une autre affaire.

Dans les yeux de ma cousine j’ai remarqué une expression que je ne lui connaissais pas du tout. Mais je me suis dit que, de toute façn, je venais de découvrir qu’il y avait trop de choses que j’ignorais d’elle.
-D’accord, soufflais-je.    

Ma cousine Melousine raconta à Dring-dring et Namiline comment j’étais tombé follement amoureux de la princesse capricieuse.
-Et c’est parce qu’elle fait beaucoup de caprices  que vous avez besoin de notre aide ?demanda Dring-dring un peu surprise.
-Pas du tout ! On ne sait pas si elle fait de caprices ou pas, avoua Melousine. On l’a connu aujourd’hui même.
-On l’appelle la princesse capricieuse parce qu’elle est la fille du roi de Capri. Ils sont tous capricieux dans cette île de la Méditerranée, expliquais-je. C’est une île aussi célèbre que mystérieuse car aucun visiteur ne peut aller au-delà du port. C’est une île-montagne et la ville se passe en haut, hors de la vue des marins qui arrivent à s’en approcher et même de ceux, rares comme je viens de dire, qui y parviennent à débarquer.
-Je vois mieux, dit Namiline. Vous voulez savoir si c’est une bonne idée de se fiancer avec la fille du roi de tant de mystères ?
-Moi si, expliqua Melousine. Mais cet idiot de prince Victor, mon cousin, ne veux rien d’autre que s’assurer l’amour Belleaumonde de Plusquepersonne.

Les deux apprentis-sorcières me regardèrent avec le même intérêt qu’un botaniste devant un végétal rare et je senti les couleurs me monter au visage. Je suppose que je ressemblais à une sorte de piment rouge avec des cheveux noirs et des yeux verts !

Heureusement elles ne firent aucun commentaire désobligeant.
-Est-ce que vous avez quelque chose appartenant à la princesse capricieuse ? demanda Namiline très pragmatique.

Sous le regard mi-amusé, mi-agacé de ma cousine Melousine, je sortis une feuille de brouillon au milieu de laquelle j’avais collé, avec un petit bout de scotch transparent l’un de longs et soyeux cheveux blonds de ma princesse adorée.
-C’est parfait ça, dit Namiline.
-Vous n’avez pas d’image d’elle ? demanda Dring-dring.

Encore sous le regard, cette fois franchement excédé, de Melousine, je sortis mon portable et je fis défiler les dix ou douze photos que j’avais volées à ma belle pendant la récré.
-De mieux en mieux, marmonna ma cousine.
-J-j-j, balbutie-je. J’avais prévu qu’il faudrait des images…
-Avec tout ça, dit Namiline. Je pense que Dring-dring pourra toucher le futur de la princesse Belleaumonde de Plusquepersonne et du prince Victor de Haut-le-Coeur.
-Tu crois ? hésita la petite apprentie sorcière. Je n’ai aucune idée de comment m’y prendre.

Namiline ne répondit qu’avec un geste, nous indiquant de la suivre. On se dirigea vers le faux cimetière qui servait de jardin à la bibliothèque. Après avoir vérifié que personne ne nous regardait, elle ouvrit avec une petite clef cachée dans sa ceinture, la porte rouillée d’une tombe en forme de minuscule chapelle. La porte était rouillée comme je viens de dire, mais aucun grincement ne s’échappa de ses gonds.

Nous descendîmes quelques marches et, à la lumière rougeâtre qui laissaient passer les vitraux nous découvrîmes une sorte d’autel au milieux de vieux sarcophages. J’ai eu un frisson de panique en voyant Namiline sortir une tête de mort de l’un des sarcophages.
-Calme-toi !, me lança-t-elle. Cette tête est en ivoire et n’a jamais appartenu à un vivant. Elle servit autrefois au célèbre cavalier sans tête qui la portait sous le chapeau chaque fois qu’il avait besoin de se faire discret. Elle est néanmoins, dix fois plus puissamment magique que la plupart de vraies têtes de mort.

L’apprentie sorcière introduit dans le crâne le papier avec le cheveu de Belleaumonde, puis arracha un de mes propres cheveux pour l’y placer également. Ensuite elle se débrouilla pour attraper avec la pointe de sa baguette magique la plus belle des photos de ma très chère princesse et la fit adroitement passer de l’écran de mon téléphone à l’œil gauche de la tête de mort.

-Belleaumonde ne court aucun risque, n’est-ce pas? demandais-je inquiet.
Namiline fit non de la tête et pris « une photo » de moi toujours avec sa baguette magique. Même Melousine et Dring-dring furent très étonnés en voyant comment mon image se détachait de moi et allait, tout en rapetissant, se jeter à travers l’œil droit de la tête de mort.
-C’est à toi maintenant, dit Namiline à Dring-dring.

La petite apprentie sorcière se surpris elle-même. Tout d’un coup, elle savait ce qu’elle devait faire. Elle s’approcha de l’autel, mis ses deux mains autour du crâne et ferma les yeux. Un sorte de lueur jailli de la tête de mort et glissa tout le long des bras de la jeune fille jusqu’atteindre sa tête. Elle eut alors une secousse et dit d’une voix qui ne lui ressemblait pas :
« Tu ne conquerras l’amour de Belleaumonde de Plusquepersonne que si tu engages le combat avec le Dragonsaure de l’île de Capri ! »

Ensuite, elle introduit la main dans le crâne et pris mon cheveu et celui de Belleaumonde. On les distingait clairement car le cheveu de ma chère princesse était devenu une sorte de long ruban d’or et le mien une sorte de ruban noir  comme le fer. Dring-dring entremêla les deux rubans puis elle les lissa d’un geste ferme. Apparu alors dans ses mains la plus belle épée que l’on ait jamais vu.
Dring-dring déposa cette épée entre mes mains et, tout d’un coup, paru se réveiller. Il n’y avait plus de lueur autour d’elle ni autour de la tête de mort.
-C’est tout ce que l’on peut pour toi ! dit gravement Namiline. Bonne chance, prince Victor de Haut-le-Coeur.



Chapitre V
LE DUEL AVEC LE DRAGONSAURE

Prêtant oreille sourde aux conseils de ma cousine Melousine, j’ai dit le soir même à Belleaumonde de Plusquepersone :

-Je t’aime. Mon cœur est à toi et je suis prêt à mourir pour ton amour !

A peine avait je finis ces mots enflammés que je me suis vu aspiré dans les airs et, après avoir traversé un sorte de tourbillon bleu-violet, je me suis retrouvé à l’intérieur d’une vaste grotte de cristal.
La dernière chose que j’avais vu c’était les yeux magnifiques de Belleaumonde qui me regardaient avec un mélange d’admiration, d’angoisse et… de tendresse !

Le souvenir de ce regard me rendit mon courage malgré le fait que j’avais reconnu tout de suite la grotte du Drangonsaure, telle qui nous l’avait si bien décrit le professeur de Monstreologie. Pour ne pas me laisser le moindre petit doute, je perçu au loin, au fond de la grotte, un rugissement aussi fort que régulier.

-Dieux merci, dis-je. Le monstre dort.

Alors, je eu le courage de regarder attentivement autour de moi.

La grotte était vaste ; aussi large, haute et profonde qu’une gare parisienne. Elle n’était pas vide. Partout il y avait des piles des choses les plus variés. On dirait que la moitié des naufrages de la Méditerranée, et ceci depuis plusieurs siècles, venaient échouer dans la grotte du Dragonsaure. Il y avait des trésors innombrables, mais il ne s’agissait pas seulement d’or, argent et pierres précieuses. Il y avait aussi des restes d’animaux fantastiques o disparus. Je pu reconnaître un tigre aux dents de sabre, un mammouth et un mastodonte ; une chimère, un centaure et un kraken… et même un géant qui ne possédait qu’un seul œil au milieu du front et plusieurs sirènes.

Je me suis mal exprimé lorsque j’ai parlé de « restes » car s’il y avait des corps réduit à l’état d’ossements, d’autres conservaient peau, cheveux et une complète apparence d’êtres vivants. C’était le cas des êtres fantastiques qui ne semblaient que pur et simplement endormis sous un linceul presque transparent.

C’est en m’approchant des sirènes que j’ai compris que ce « linceul » n’était autre chose que la « toile d’araignée » que l’on prétendait être crachée par le Dragonsaure. Au toucher c’était quelque chose d’infiniment doux, mais résistent… et extrêmement froid.

-Le Dragonsaure crache de la glace liquide sur ses victimes. Une glace qui ne fonde jamais et qui maintient tout être vivant dans une sorte d’hibernation éternelle.
A l’écoute de cette voix, je me suis retourné si brusquement que j’ai failli me rompre le cou.
-Dring-dring ! m’exclamais-je. Que fais-tu ici ?
-Je ne suis pas dans la grotte, répondit-elle doucement. Je suis dans mon sommeil. Chez-nous en ce moment il est presque minuit. C’est d’ailleurs l’heure du réveil du dragon. Je ne suis venu que pour te porter ceci. Tu auras bientôt besoin.

Et une nouvelle fois je vis apparaître dans les mains de l’apprentie sorcière l’épée d’or et de fer.
J’ai pris l’épée et à l’instant, le lointain ronflement du Dragonsaure se transforma en rugissement furieux.
-Bonne chance, prince Victor, dit la voix de Dring-dring s’affaiblissant à la même vitesse que son image devenait petite et transparente, de sorte que lorsqu’elle prononça son dernier mot elle était devenue pratiquement invisible.  Courage !

C’est alors que je vis réellement le Dragonsaure.

Il était immense et effroyable. Sa peau d’un violet sombre et ses ailes d’un bleu nuit lançaient des éclairs comme si la bête était faite de lumière et d’électricité. Sur son long cou et sa longue queue il y avait une crête verte, formée par des sortes de piquants acérés. Je savais que ces piquants étaient venimeux et que toute sa peaux, même là où l’on ne le remarquait pas, était également couverte d’écailles aussi fines y pointues que des morceaux de verre par lesquelles coulait un poison aussi dangereux que sur les grands piquants de la queue. Néanmoins l’arme la plus redoutable du Dragonsaure était le feu violet qu’il crachait. Une étrange forme de feu glacial qui congelait tout ce qu’il touchait, le couvrant d’une pellicule de glace éternelle. C’est comme cela qu’il avait constitué le trésor de sa grotte : il ne mangeait ni hommes ni bêtes ni êtres magiques : il leur prenait leur souffle de vie en les congelant et cela lui permettait de vivre, lui, éternellement.

Le monstre s’approcha en faisant des grands bonds qu’il renforçait par des battements d’ailes. En fait, il était ridicule et maladroit et seulement la peur le rendait effroyable. Or, à mon immense étonnement, je n’avais pas peur.
-Viens ici, maudite bête ! lui lançais-je. Mon épée a très envie de te couper le cou !  

Et c’était vrai ! Je sentais parfaitement que l’épée tremblait d’excitation dans ma main. Elle tirait même de moi, me faisant avancer vers le monstre.
-Ne te fie pas, quand-même. Notre épée est puissante, mais le feu du Dragonsaure ne l’est pas moins !
Je crus rêver lorsque je vis, à côté de moi, Belleaumonde de Plusquepersonne. Je me suis immédiatement dit qu’il ne s’agissait, comme un instant plus tôt avec Dring-dring, que de son image venue à moi pendant le sommeil.

Mais en ce moment, le Dragonsaure ouvrit la gueule et cracha sur moi la terrible flamme violette et glaciale. Je n’ai eu la vie sauve que parce que Belleaumonde m’entoura de ses bras et déploya sa magnifique chevelure blonde, qui nous enveloppa tous les deux comme une cape fait d’or pur.
La flamme violette ricochât sur la chevelure d’or et s’en fut frapper le Dragonsaure dans l’une de ses pattes puissantes. Celle-ci gela à l’instant et la terrible bête chancela puis tomba par terre avec un terrible fracas.
-C’est le moment ! cria Belleaumonde d’une voie faible, et ses bras me lachèrent. Coupe-lui la tête !

Je ne me le fis pas répéter. Je sautais sur la queue du monstre qui, comme animée d’une vie propre s’agitait, cherchant à m’atteindre avec ses fameux piquants. Une ou deux fois le monstre fut sur le point de me blesser, mais mon épée sut parer à ses assauts et même à couper plusieurs des mortifères piquants. Le monstre m’attaqua aussi avec ses puissantes ailes, mais mon épée avait la vertu de devenir aussi longue que nécessaire et chaque fois, j’ai réussi à m’en sortir indemne.

Le Dragonsaure cracha son feu encore une ou deux fois, mais ses blessures et sa position couché ne le permirent pas de faire mouche et j’ai pu, serrant mon épée avec les deux mains lui trancher la gorge d’un seul coup.

Il mourut à l’instant, se dégonflant comme s’il n’était fait que d’air. Je me suis alors retourné pour célébrer la victoire avec ma chère princesse.

Elle n’avait pas bougé de là où elle m’avait enlacé pour me protéger avec sa chevelure d’or. Elle était recroquevillée sur elle-même.
-Es-tu bléssé ? m’alarmais-je.
Elle ne dit rien, mais son sourire radieux apaisa mon angoisse.
-Maintenant ça va, fit-elle d’une voix haletante, comme si elle se reprenait à peine d’une longue course. Maintenant que le Dragonsaure est mort, rien ne peut nous arriver.
Je la pris dans mes bras et je l’embrassé.

Et ce fut comme quelques heures avant, lorsque je lui avais déclaré mon amour : nous nous élevâmes dans les airs, l’un dans les bras de l’autre et nous traversâmes un tourbillon qui cette fois-ci n’était pas froid ni sombre, mais caressant et lumineux.

Lorsque nous touchâmes terre, nous nous trouvions dans une vaste terrasse du château royal de l’Île de Capri et le roi et la reine se précipitaient vers nous leurs dignes visages pleins de joie.
-Vous l’avez fait ! Vous êtes de fous, mais vous avez bien fait, disait la reine.
-Il faut être fous amoureux pour accomplir une tâche pareille, disait le roi. Tuer un dragon rien qu’avec des cheveux !
-Ce n’était pas n’importe quel dragon, précisa ma princesse chérie. C’était le Dragonsaure : le plus terrible de tous, mais aussi le plus faible puisqu’il n’avait que la vie et la force empruntée à d’autres.

Bon, je ne vais pas prolonger inutilement cette histoire. Un jour peut-être je vous raconterai les détails…
Je vais finir comme il se doit : Nous nous mariâmes (quelques années plus tard), nous eûmes beaucoup d’enfants (trois seulement, mais pour cette époque ce n’est pas mal) et nous fûmes (nous le sommes encore) très heureux.

Epilogue

Namicrochetdroit Delacastemaline et Dringmachinchose Queçasautelorsqueçafaitdring sont devenus nos fidèles amies et elles ont assisté toutes les deux à notre mariage. Lorsque les premières aptitudes magiques se sont manifestées sur notre plus jeune enfant, nous avons prié Dring-dring de s’installer sur l’Île de Capri et d’en assurer l’instruction.

Cette fillette, qui vient de fêter son dixième anniversaire, part en septembre prochain pour parfaire sa formation à Magic Sup, tout en suivant des cours à l’école de Têtes Couronnées... selon un programme spécialement conçu pour elle par ma cousine Melousine de Moncoeur, chargée du Cursus interculturelle que relie désormais les deux écoles.

Ah oui, j’oubliais de dire que notre plus jeune fille s’appelle Dringnami.

Pas besoin de vous expliquer pourquoi.

 FIN 


Autour de mes livres, de la lecture, l'écriture, l'illustration

Autour de mes livres, de la lecture, l'écriture, l'illustration
je rencontre des enfants Français, Cubains, Espagnols, Colombiens, Guyanais, Argentins, Brésiliens...

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Auteur pour la jeunesse je le suis depuis presque toujours, car avant de les écrire pour de bon, je me racontais moi-même des histoires, puis je les ai racontés a ma sœur, mon frère, mes amis... J’ai publié mon premier texte et mon premier dessin à 19 ans et en 1983, mon premier livre. Six ans après j'ai quitté Cuba. C'était quelques mois avant la chute du Mur de Berlin. Arrivé en France en septembre 1994, après avoir vécu deux ans au Brésil et trois au Danemark, je suis reparti pour quatre ans et demie en Argentine. Depuis 2004, mes racines s'enfoncent sur le sol parisien. J'y écris mes romans toujours en espagnol, mais les contes et histoires me viennent de plus en plus souvent en français. Mes thèmes sont liés à Cuba, mais pas seulement car j’ai une écriture et des sujets « universels ». Même si plusieurs de mes livres sont parus en français (en portugais et même en basque) avant d'être publiés en espagnol, je compte presque une trentaine de titres publiés à Cuba, en Espagne, en Argentine, au Mexique, en Colombie... contre sept seulement en français. Je suis un métis culturel accompli en ce qui concerne la langue, les références vitales, les formes littéraires, les repères culturels ou politiques. C’est aussi par métissage que j’illustre de temps en temps mes livres. Ayant pratiqué le journalisme littéraire et les animations très tôt, c’est naturellement que je trouve dans ces dernières formes d’activité et de rencontre de l’autre, le même plaisir créateur que dans la production de mes fictions.

un auteur multiculturelle dans la classe

un auteur multiculturelle dans la classe
version de l'article d'Anne Marie Latapie publié dans InterCDI in Intercdi n°226 n° spécial 2010

atelier d'écriture, l'opinion d'un enseignant


Le 18 décembre 2008, la classe de 6e 2 a accueilli Joel Franz Rosell, écrivain partenaire de Voyages en ville. L'auteur n'était pas exactement un inconnu, puisque les élèves avaient lu son roman Cuba, destination trésor. Ce roman d'aventure, qui raconte la passionnante découverte d'un double trésor à Cuba par une fillette espagnole, a plu à l'ensemble de la classe. Certains élèves ont d'ailleurs obtenu une excellente note au contrôle de lecture rendu le matin même.

Cette fois pourtant, c'est physiquement que M. Rosell s'est présenté devant eux, rejoint un peu plus tard par Mme Caveng, notre ex-documentaliste, qui a exercé toute sa carrière entourée par la littérature pour la jeunesse. Nous n'avions pas prévu une intervention extrêmement structurée ni précise, afin de permettre des échanges aussi spontanés que possible. Seuls trois axes étaient au programme : le métier d'écrivain et l'écriture romanesque, le roman Cuba, destination trésor, enfin des conseils et échanges autour des nouvelles que les élèves vont écrire (dans le cadre du projet Voyages en ville).

M. Rosell nous a d'abord évoqué avec précision et enthousiasme ses premières activités d'écriture vers l'âge de 11 ans, puis ses débuts d'écrivain et la réalité de ce métier. Son jeune public a pu se rendre compte que le métier d'écrivain ne se limite pas à l'écriture, mais comporte des aspects pratiques parfois compliqués, tels que la prise en compte des impératifs de l'édition... La classe a constaté qu'entre la plume de l'écrivain et les rayons des librairies, une œuvre traverse un parcours bien compliqué!

Les élèves ont pu avoir sous les yeux ses premiers essais romanesques, rédigés et illustrés sur un cahier d'écolier, en 1967. La lecture du texte en espagnol n'était guère accessible aux élèves, mais ils ont apprécié l'expressivité des illustrations colorées (de la main même de l’auteur alors un enfant).

Notre auteur a ensuite apporté des précisions sur les techniques d'écriture romanesque. Son public a pu comprendre que l'écriture d'un roman est un exercice de longue haleine, qui exige beaucoup de temps, de réflexion et de précision. Il a en effet expliqué que les faits essentiels d'un roman doivent y trouver leur justification, amorcée parfois bien avant leur conséquence sur l'intrigue. Il a expliqué que même lorsque les grandes lignes sont parfaitement établies et rédigées, il est fréquent de devoir modifier tel ou tel événement de façon à ce qu'il s'intègre plus naturellement dans l'intrigue. D'ailleurs, M. Rosell a exposé à son jeune public que la construction même de l'intrigue doit être minutieuse, comporter des rebondissements et des obstacles auxquels le lecteur puisse adhérer. Quant aux personnages, il leur a expliqué qu'ils doivent offrir un certain réalisme, et jouer un rôle qui s'articule précisément autour de peripeties de l'histoire, étant notamment aides ou opposants.

L'intérêt des explications de notre auteur est d'avoir pu les illustrés par son expérience confirmée et des exemples précis empruntés à son roman, que les élèves connaissent bien. Ainsi, les retouches et corrections apparaissent parfois tardivement dans la rédaction du roman, et permettent d'améliorer le naturel de l'intrigue, nous a-t-il expliqué.

M. Rosell a précisé aux élèves que les sources d'inspiration sont nombreuses et relativement variées. La découverte du trésor du roman rappelle une découverte qu'il a faite lui-même dans son enfance, tandis que des aspects du collège où se déroule une partie de l'intrigue reflètent celui qu'il a lui-même fréquenté adolescent. Notre écrivain a aussi souligné l'importance de la vraisemblance historique qui réclame une connaissance relativement précise des faits, exigeant que l'écrivain se documente. Il nous a bien expliqué comment l'écriture d'un roman est un processus riche et généralement imprévisible, qui peut progresser de manière variable au gré des recherches et trouvailles, et prendre parfois beaucoup de temps, quelque soit la longueur du texte.

Dans un troisième temps, M. Rosell a exposé avec beaucoup de clarté à la classe les éléments fondamentaux de la technique narrative. (en préparation du travail d'écriture dans le cadre du projet Voyages en ville).

Les élèves ont pu se rendre compte qu'un cadre global établi à l'avance est indispensable à la réussite de l'écriture et romanesque. On doit préalablement définir l'identité des personnages clés, le lieu, et le temps. À ce propos, il distingue l'époque à laquelle se déroulent les faits de la durée de l'intrigue. On réfléchit ensuite à un problème (ou complot) que vont rencontrer les personnages principaux. Cela rappellera bien sûr aux élèves l'élément perturbateur des contes, qui leur est familier.

Concernant les techniques narratives, M. Rosell a insisté sur les différents points de vue, c'est-à-dire qui est le narrateur (personnage ou extérieur), et a évoqué différents styles d'écriture : mystérieuse, humoristique, exprimant un fort sentiment. Pour illustrer son propos, il s'est livré à une amusante improvisation très concrète, témoignant d'un savoir-faire confirmé.

Dans les grandes lignes, l'écriture d'une nouvelle ou d'un roman doit comporter trois étapes : la présentation, le noyau, la fin, c'est-à-dire la chute, ou encore solution.

Notre écrivain a rappelé qu'il est bon de varier les types d'écriture, et d'alterner narration, description du dialogue.

Ainsi s'est terminée la séance, et j'ai bien l'impression, à voir l'attention des élèves et leurs réactions, qu'ils n'ont pas vu le temps passer. Encore une fois, nous pensons que les photos prises lors de cette intervention le montreront tout aussi bien que les mots !

Vincent Goguel

professeur de français

Collège Raoul Dufy. Le Havre


Rencontre avec Joël Franz Rosell, écrivain cubain

« Je n'écris pas pour me comprendre mais pour comprendre les autres »

Lors d'une signature dans une librairie parisienne il y a une dizaine d'années, j'ai rencontré avec une collègue professeur d'espagnol, l'écrivain cubain Joël Franz Rosell. Il se montre très soucieux de son public et du message qu'il fait passer et nous comprenons tout de suite l'intérêt que auraient nos élèves à rencontrer un tel écrivain.

Même s'il a gardé un accent chantant d'Amérique du Sud, il maîtrise parfaitement la langue française, au point de débattre à propos d'un mot employé par ses traducteurs!

Depuis 2001, Joël Franz Rosell rencontre les élèves avec des collègues de français et d'espagnol au CDI et ce de la 6ème au BTS..

Qui est Joël Franz Rosell?

Né en 1954 à Cuba, licencié en Langue et Littérature Hispaniques en 1979, il travaille d'abord comme animateur littéraire pour le Ministère de la Culture de Cuba et aussi comme enseignant, bibliothécaire et auteur de programmes pour la radio cubaine.

Après avoir beaucoup voyagé et résidé au Brésil, au Danemark, en Argentine, il s'installe à Paris et travaille comme journaliste à Radio France International et professeur à l'Université de Marne la Vallée. Depuis 2004 il se consacre entièrement à son travail d'écrivain, illustrateur et animateur littéraire.

Auteur aujourd'hui d'une vingtaine d'ouvrages pour la jeunesse, dont six ont été publiés en français, il a également illustré quatre livres et fait connaître plus d'une centaine d'articles et essais, la plus part sur le livre pour la jeunesse et les échanges culturels.



Rencontre avec les élèves

De la 6ème au BTS, il rencontre régulièrement ses lecteurs en classe de français ou d'espagnol. La préparation de la rencontre s'organise entre documentalistes et professeurs de la discipline avec une présentation de ses différents livres, un travail à partir d'un thème (qu'est ce qu'écrire? Cuba, hier et aujourd'hui? Esclavage et métissage... Quelle place pour la réalité et l'imaginaire dans l'oeuvre littéraire?...). Après avoir lu un ou plusieurs de ses ouvrages, les élèves sont tous surpris qu'un auteur soit « vivant et ne figure pas dans le dictionnaire » (en fait Joel Franz Rosell figure dans plusieurs dictionnaires d'auteurs espagnols et latino-américains mais ça ses jeunes lecteurs français ne le savent pas!).


Les questions sont variées:

- Pourquoi écrivez vous et depuis quand ?

« J'écris depuis presque toujours. D'abord dans ma tête, parce au Cuba du début des années 60 rares étaient les livres pour la jeunesse et je imaginais les livres que je ne pouvais pas trouver. Plus tard, j'ai écrit en dessinant: je rendais plus amusant le cahier de Math grâce aux aventures de « Super Poitrine », un super-héros calqué sur Superman qui avait par archi ennemi un... professeur de mathématique en style savant fou. J'ai commencé à écrire pour de bon à 12 ans: des petits romans qui ressemblaient aux histoires que j'avais découvert dans la bibliothèque municipale: Tintin, Club de cinq, Fifi Brin d'acier... »

Un jour il se fait voler en classe de sport un livre de Jules Verne qu'il avait emprunté et il n'ose pas l'avouer aux bibliothécaires. A cette époque, il écrit plus qu'il ne lit car il a un public... peu nombreux mais exigeant: un frère, une sœur et des amis qui lui demandent des nouvelles des héros qu'il a créé: des aventuriers cubains, français ou ressortissants des « pays frères » la Roumanie communiste, l'Allemagne de l'Est... A travers ces petits romans maladroits Joel Franz Rosell parcourt le monde... et plus si affinité: en effet, à l'instar de son modèle Tintin, il expédie l'un de ses héros à l'espace. La Lune est déjà prise? Qu'à cela ne tienne: il envoie son Trentin, son chien Siré, son capitaine Bischop et son professeur fantasque à la planète Mars!

A 19 ans, Rosell rejoint l'atelier littéraire de l'Université Central et se résout à devenir un vrai écrivain. Il détruit les 54 romans de ses débuts (ne préservant que quelques manuscrits qui enchantent les enfants et adultes qui le rencontrent dans écoles et autre salons du livre). Il décide de n'écrire que ce qu'il connaît bien et s'acharne a peaufiner son style. Mais il n'abandonne pour autant le jeune publique... Pour ne pas perdre totalement l'enfance?

« Comme tout écrivain, j'écris d'abord pour moi-même: pour lire tout ce que je ne pourrai jamais vivre, pour aller là où je ne pourrai jamais me rendre, pour connaître des gens que je ne rencontrerai jamais... J'avais 4 ans lorsque mes parents ont décidé de réinstaller la famille dans une autre ville. Pendant le déménagement mon frère et moi avons perdu la collection de comics que nous commencions à peine à déchiffrer. Les comics américains étant interdits par le nouveau régime communiste, la perte était irrémédiable. Je crois que c'est alors que j'ai décidé de devenir écrivain: pour que plus jamais on puisse me priver d'histoires!».

- Pourquoi écrivez vous sur Cuba?

« A Cuba, dans les années 70, le régime communiste voulait que les écrivains se mettent au service de la Révolution. On devait refléter le monde de l'ouvrier, prêcher le nouveau modèle socioéconomique. Mais je n'arrivait même pas à refléter le monde des enfants cubains! Je commençait le récit réaliste que l'on attendait de moi... et ça ne tardait pas à devenir une histoire de mystère, de magie ou d'aventure.

En fait, tant que j'y ai vécu, je n'ai jamais réussi à écrire sur Cuba. Le primer livre que j'ai publié était un polar qui s'insérait dans des faits d'actualité, mais mon histoire se déroulait dans une ville qui n'existe pas à Cuba. J'ai gommé tout ce qui me déplaisait dans la réalité cubaine de l'époque et les critiques m'ont reproché mon manque de vraisemblance. Dans mon deuxième livre il était question du temps avant les hommes et à peine quelques animaux et plantes évoquaient vaguement le cadre cubain... Par contre, dès que j'ai quitté Cuba, j'ai eu le besoin de faire venir à moi le terroir perdu.»

C'est en arrivant au Brésil que Joel Franz Rosell écrit Cuba, destination trésor, un roman qu'il va retravailler pendant dix ans, cherchant à fixer la changeante réalité du Cuba d'après la chute du Mur. Le roman, publié en langue française en 2000 (deux ans avant la première édition en espagnol), réussi à rendre accessible aux enfants d'autres pays les singularités politiques, sociales et économiques de cette île hors norme. L'année suivante il fait paraître Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. Ce titre drolatique cache un portrait amusé de la capitale cubaine, même si ce n'est pas le but du livre.

« Ce n'est pas que la réalité ne m'intéresse pas, mais je crois pouvoir mieux saisir la vérité profonde des choses avec une distance « technique »: le fantastique, l'aventure, la parodie. »



C'est pourquoi des nombreux livres de Joel Franz Rosell n'ont pas Cuba pour cadre. C'est le cas du premier à être traduit en France (Les aventuriers du cerf-volant se déroule dans un monde imaginaire dont les souverains, pourtant, font penser à un certain Fidel Castro...). C'est plus vrai encore pour son album L'Oiseau-lire, une très belle fable sur la lecture, sur le besoin de tout auteur de rencontrer ses lecteurs, sur la lutte de chacun, les livres aussi, d'accomplir leur rêve.

Ce genre, le conte philosophique, abonde dans des ouvrages pas encore traduits comme Pájaros en la cabeza ou Los cuentos del mago y el mago del cuento, qui font les délices des élèves d'espagnol. Ces textes se prêtent très bien pour les étudiants de langue étrangère car il sont brefs et possèdent la simplicité de contes pour enfants... avec un fond bien sérieux, qui fait réfléchir aussi bien le jeune que l'adulte.



- Écrivez-vous sur les pays que vous visitez?

« Comme je disais auparavant, je crains ne pas voir l'essentiel de la réalité. C'est peut-être la faute de mon imagination qui envahie tout... Pourtant, je suis très ouverts aux autres cultures, à l'Histoire, aux problèmes des pays que je visite... et encore plus lorsque j'y reste un peu.

J'ai vécu longtemps en France et pas mal au Danemark, en Argentine, en Espagne. Ces pays ont nourri ma sensibilité, mon expérience vitale, ma culture. Comment pourraient-ils être absents du fond et de la forme de mes écrits?

Je donnerai un exemple assez claire: la première version de La chanson du château de sable je l'ai écrit en 1988, peu avant quitter Cuba. Je l'ai publié au Brésil et Espagne sans y changer grande chose. Mais pour la version 2007, j'ai procédé à une modification très importante: pas au niveau du texte, qui n'a connu que les changement qui découlaient de la langue française, puisque je l'ai traduit moi-même. C'est par les illustrations que j'ai donné une nouvelle signification au récit: J'ai dessiné une plage tropicale et mes héros sont devenus un homme noir et son fils métis (la mère n'apparaît pas dans l'histoire, mais elle y est représentée par la princesse Coquillage, qui a des traits européens). Je cherchais de cette façon à m'approcher des enfants de la Caraïbe que j'allais avoir comme premiers lecteurs (le livre a été édité en Guyane par le plus grand éditeur de la région). Au même temps, je retrouvais ainsi les qui m'entouraient dans la plage de Santiago de Cuba (la région la plus métissée de mon pays) où j'ai imaginé l'histoire en 1983.

Au même temps, c'est mon expérience française et même celle de mon quartier multi-ethnique du nord de Paris ce que m'a fait remarquer que la plus part des albums français ayant pour héros des enfants « de couleur » tendent à abordent des sujets « spécifiques »: la question raciale, la nature exotique, la pauvreté, la famille nombreuse, le village et son conteur attitré... Dans ces albums on trouve rarement des sujets qui sont communes aux enfants de toute la planète: être jaloux d'un petit frère ou pas gentil avec sa petite sœur, avoir peur de l'obscurité, faire pipi au lit... La chanson du château de sable ne raconte rien qui ressemble à tout cela: j'y parle d'un enfant qui ne comprend pas pourquoi ses châteaux de sable ne restent pas sur la plage et de ce que son père que lui répond.

Et je ne me suis point inspiré de fable, légende ou conte de tradition orale quelconque! J'ai tout simplement voulu ouvrir mes lecteurs du Nord à une autre vision des enfants du Sud, et inviter mes lecteurs du Sud à avoir une autre vision d'eux mêmes.



-Faites vous un brouillon? Écrivez-vous sur l'ordinateur? Combien de temps met-on à écrire un livre? Gagne-t-on beaucoup d'argent?



« Chaque écrivain à sa façon personnelle de travailler et même chaque livre exige une façon spécifique d'être écrit. Je ne fais de brouillons que pour les illustrations (que je fais à la main: crayon suivi de feutre fin pour les lignes, puis gouache ou acrylique pour la couleur). Par contre, je corrige ENORMEMENT mes textes. Je corrige même les livres déjà publiés, que je relis de temps en temps. Ce n'est pas que j'aime particulièrement me relire et encore moins que j'aie du temps à perdre; cela sert à éviter de commettre les mêmes erreurs dans des livres à venir, à améliorer le livre au cas où (c'est très rare) son éditeur en voudrait introduire ces améliorations dans une deuxième édition. Ça m'a d'ailleurs servi pour des nouvelles versions dans la même langue ou pour préparer des traductions. Je prends aussi plein de notes: ma tête travaille tout le temps et pendant très longtemps (parfois dix ans, comme pour Cuba, destination trésor, ou dix-huit ans comme pour La légende de taïta Osongo ou L'Oiseau-lire!). Je fais mûrir les projets les plus variés dans ma tête: des contes, des romans réalistes ou fantastiques, des articles, des bandes dessinées...

J'ai commencé à écrire au crayon sur des cahier scolaires, puis je suis passé au stylo-bille (plus rapide). Lorsque j'ai commencé à vouloir publier mon travail, je recopiais mes manuscrits, une fois finis, à la machine. Jusqu'en 1988 j'ai utilisé des machines mécaniques d'époques et qualité diverses (la première était une Underwood aussi imposante qu'un petit piano!). Puis j'ai eu des belles machines électroniques et, enfin, mon premier ordinateur. Le premier livre que j'ai entièrement écrit à l'ordinateur c'est Les aventuriers du cerf-volant. C'est pourquoi ce livre marque, en 1993, le début d'une nouvelle étape de ma carrière littéraire: avec l'ordinateur, mes doigts écrivaient enfin presque aussi vite que ma tête et cela m'a donné la liberté créatrice dont j'avais tellement rêvé. »

Mais il y a eu autre chose, et cela a beaucoup à voir avec l'ouverture culturelle: Joel Franz Rosell habitait alors au Danemark et raconte qu'il essayait d'apprendre le danois au même temps qu'il se servait de l'anglais dans la vie quotidienne. En plus, lui et son épouse venaient de prendre la décision d'abandonner le portugais, qu'ils utilisaient depuis leur rencontre trois ans plus tôt, mais que n'était ni la langue de l'un ni de l'autre, pour le français.

« Dans ce melting-pot linguistique, l'espagnol n'était presque que ma langue d'écriture et j'ai commencé à la regarder comme quelque chose d'extérieur et pourtant propre. Le fait de vivre entouré d'autres cultures et plongé dans d'autres langues m'a permit de me réapproprier ma langue maternelle: j'ai appris à connaître sa véritable mécanique, à jouer avec elle, à la réinventer.

Cela a révolutionné son mode d'écriture, sans pour autant rendre celui-ci plus « rentable »...

« Un écrivant n'est jamais payé pour le travaille qu'il fait, mais reçoit à peine un tout petit pourcentage de l'exploitation commerciale qui fait du produit de son travail cette indispensable intermédiaire culturel-marchand qu'est l'éditeur. Je veux dire par là que, par exemple, le salaire d'un conducteur de bus est calculé sur le service qu'il rend pendant chaque heure au volant, tandis que l'écrivant, lui, n'a pas de salaire et peu importe le temps inverti dans la fabrication de son ouvrage ou la qualité finale de celui-ci. Il travaille sans avoir la moindre idée du résultat et du temps à la tâche et seulement une fois achevée celle-la, il doit trouver l'éditeur qui multipliera le manuscrit dans un certain nombre d'exemplaires et lui donnera, seulement bien de mois après les avoir vendu (s'il en vend) 4, 6 ou très exceptionnellement 10% du prix de vente. Bref, comme il y a des dizaines de milliers de nouveaux titres et des millions d'exemplaires chaque année, et comme les lecteurs ont maintenant beaucoup d'autres moyens de s'instruire et divertir (avec plein de ravissants petits appareils électroniques), rares sont les écrivains qui gagnent beaucoup d'argent. Un écrivain que vous n'aurez jamais vu à la télé, est certainement un écrivain qui gagne peu d'argent. Et des écrivains à la télé, vous en avez vu souvent, vous?

-Alors... pourquoi écrivez-vous (et oui, à ce moment de la rencontre, les élèves reposent cette question)...?

« Je n'écris pas pour en vivre, je vis pour écrire. Je ne veux pas dire que si je n'écrivais pas je n'aurais aucune raison de vivre (cela sonne trop solennel et ce n'est pas très original), mais j'avoue ne pas pouvoir imaginer ma vie sans la littérature.

Écrire me permets comprendre le monde et c'est aussi ma façon d'agir. Je ne prétends pas changer le monde avec mes livres... Mais les lecteurs changent pendant qu'ils lisent, et c'est tellement merveilleux d'être quelqu'un d'autre, de n'être pendant un certain temps soi-même...! Ne vaut-t-il pas cela quelques sacrifices, y compris celui de ne pas être très riche?

Écrire c'est comme lire, mais en mieux (je ne sais pas qui a prononcé cette phrase magnifique).

Je n'écris pas pour me comprendre, mais pour comprendre les autres... en prenant un peu leur place lorsque j'écris leur histoire, par exemple. Mais il m'est aussi arrivé de mieux me connaître grâce à l'écriture d'un livre...

On savait bien que Joel Franz Rosell ne manquerait pas d'évoquer La légende de Taïta Osongo. C'est son meilleure livre. Pas seulement parce qu'il est superbement écrit, mais parce qu'il lui a permit de plonger dans ses origines afro-cubaines, que sont aussi ceux du peuple cubain.

« J'allais avoir 29 ans et j'étais encore un gamin. Parce que je ne savais pas qui j'étais, parce que je ne connaissais pas ma famille et parce que j'ignorais l'essence profonde de mon pays. Je venais de me marier et ma première femme habitais à Santiago de Cuba. A différence de la moitié ouest de mon île, la partie que seule je connaissais, à l'Ouest les noirs et les métis sont majoritaires et l'on comprend que Cuba appartient au même monde que Haïti, la Guadeloupe ou la Martinique. Cette réalité m'a inspiré l'histoire d'un amour impossible entre une fille blanche, riche et un garçon noire, esclave. J'écrivais, sans me rendre compte, une histoire très proche de celle de ma grande-mère: une métisse que n'a pas épousé le père de ses enfants. En écrivant La légende de Taïta Osongo j'ai déterré l'histoire de ma famille, mais j'ai aussi j'ai assumé que moi-même je suis un « sang-mêlé » et j'ai résumé l'histoire de Cuba: un pays qui se voit blanc et qui n'a pas entièrement libéré la partie noire de son être.

J'ai écris cette histoire en 1983 et j'ai même eu un prix qu'aurait dû me permettre sa publication immédiate. Mais je n'étais pas satisfait du résultat: j'avais puisé dans le passé de ma famille, de mon pays et dans mes propres contradictions, j'avais utilisé des éléments de la plus vieille culture cubaine, de la littérature contemporaine et même la structure d'un très vieux conte russe! L'amalgame n'était pas parfaite, et plus je me rendais compte de l'importance du sujet, plus je me disait qu'il devait revêtir une forme littéraire soignée.

J'ai mis 18 ans à trouver cette forme et c'est alors seulement que j'ai publié le livre. C'était en Guyane, en 2004. Une première édition en espagnol a vu la lumière au Mexique en 2006, mais ce n'est que l'année prochain que mes compatriotes auront le droit à leur propre édition.

Quand je dis que Cuba a du mal à se reconnaître métisse et héritière d'une société esclavagiste... »



Les objectifs pédagogiques :

- lire d'une ou plusieurs œuvres intégrales

- favoriser les échanges d'idées et s'écouter

- argumenter pour mieux se comprendre

- motiver les élèves, susciter le goût de lire et écrire

- familiariser l'élève avec l'univers de l'écrivain (son œuvre, sa culture d'origine, les temps et lieux de sa vie: Cuba, années 60, 70, 80; Brésil, Danemark années 90, la Caraïbe au temps de l'esclavage; Cuba après la chute du Mur: de 1993 à nos jours).

- réaliser qu'une œuvre est le fruit d'une réflexion, d'une ouverture au monde, d'une sensibilité, d'un travaille d'écriture intense, prolongé et autocritique, ainsi que des nombreuses lectures.

Projets de l'écrivain avec les enseignants-documentaliste et professeurs de discipline

Nous retravaillons avec lui ses interventions auprès des élèves et en nous fondant sur des projets qu'il avait déjà développé avec plusieurs établissements (y compris à l'étranger), et sur des formations qu'il a menée en 2009 et en 2010 avec des enseignants de langues à l'IUFM de Rouen.

Mise en place d'ateliers d'écriture en classe d'espagnol

Joël Franz Rosell proposa pour la première fois des ateliers d'écriture au lycée français de Buenos-Aires en Argentine, en 2001. Cette expérience permit à des élèves de CM2 et de 6ème bilingues (Français/Espagnol) d'écrire dans la langue qu'ils apprenaient et d'être initiés, grâce au travail proposé par l'écrivain, au travail d'écriture : choix de l'histoire, des personnages, construction des la narration et les dialogues. Il a mené des expériences semblables, en espagnol ou en français aux lycées français de Munich, Bilbao et Danemark.

Inscrits dans un projet de 4 séances, ces ateliers effectués en collaboration avec l'enseignant documentaliste et l'enseignant de discipline suscitent l'investissement des élèves et contribuent à diversifier les pratiques pédagogiques.

Utilisation de livres pour la jeunesse dans l'apprentissage d'une langue étrangère

Afin de compléter l'étude de textes et extraits d'œuvres proposés dans les manuels scolaires, Joël Franz Rosell nous propose de faire aussi travailler les élèves un peu plus longue et profondement sur des œuvres complètes courtes et adaptées au niveau de la classe. La littérature jeunesse permet d'exploiter des livres « qui n'ont pas d'âge » avec des activités variées et créatives pour des élèves qui peuvent réemployer les structures usuelles de l'œuvre, « écrire à la manière de... », compléter ou modifier des textes, travailler les champs linguistiques...



Avec ce travail complet sur l'étude d'une œuvre intégrale, proposée deux à trois fois dans l'année, l'élève accède au plaisir de lire un ouvrage littéraire entier, et se voit stimulé du fait de vérifier qu'il est capable de la faire dans la langue qu'il est en train d'apprendre; il exerce des compétences critiques par rapport à la littérature pour la jeunesse, et les thèmes abordés dans leurs lectures suscitent chez les élèves une curiosité, une envie d'aller plus loin grâce à des débats qui peuvent se développer en interaction avec des enseignants de plusieurs disciplines.

Contacts :

Joël Franz Rosell adhèrent à la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse :

www.la-charte.fr/

Un projet peut être monté avec la Maison des écrivains, de laquelle Rosell est également adhérent :

http://www.m-e-l.fe/

Vous pouvez aussi le joindre directement :

1 rue de l'Encheval

75019 PARIS

06 62 47 18 60

ajfrosell@yahoo.fr

bibliographie sélective:



- L'Oiseau-lire. - Belin. Paris, novembre 2009

-La Légende de Taïta Osongo - Ibis Rouge. Cayenne, 2004

-Cuba destination trésor - Hachette jeunesse. Paris, 2003

- Les Aventuriers du cerf-volant. - Hachette jeunesse. Paris, 1998

- Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. - Hachette jeunesse. Paris, 2001

- Los cuentos del mago y el mago del cuento. - Ediciones de la Torre. Madrid, 1995

- Vuela, Ertico, Vuela, Ediciones SM. Madrid, 1997



Pour les plus jeunes:

- La Chanson du château de sable. - Ibis Rouge. Cayenne, 2007

- El pájaro libro. - Ediciones SM. Madrid, 2002

- Javi y los leones. - Edelvives. Zaragoza, 2003

-Pájaros en la cabeza. -Kalandraka. Pontevedra, 2004

-Don Agapito el apenado. -Kalandraka. Pontevedra, 2008



Pour les adultes :

- La Literatura infantil. Un oficio de centauros y sirenas. - Lugar Editorial, Buenos Aires, 2001

Les histoires écrites par Joël Franz Rosell se situent souvent entre la fable et la légende. Il mélange le réel et le fantastique, utilisant des jeux de mots, l'ironie, le langage poétique qui permet au lecteur de lire entre les lignes. Il « dit des choses qui vont plus loin que ce qu'il paraît »... Certains de ses livres sont plus réalistes et permettent connaître la réalité cubaine contemporaine, l'époque de l'esclavage dans la Caraïbe; abordant des problématiques diverses telles que la rencontre avec la différence, le racisme, l'écologie, la solitude, l'autoritarisme...

La rencontre avec l'auteur permet une véritable ouverture culturelle : « La littérature jeunesse doit être le reflet du monde dans lequel vit le jeune...et en même temps lui donner la possibilité de connaître d'autres mondes »

Originaire d'une culture d'Amérique Latine et grand connaisseur de l'ensemble de l'Amérique Latine, Joël Franz Rosell a aussi longuement vécu en Europe (France, Danemark, Espagne, Allemagne), il est aussi un spécialiste reconnu de la littérature pour la jeunesse en langue espagnole. Il nous permet d'en être les passeurs et médiateurs en nous appuyant sur ses livres.

Anne-Marie Latapie

Isabelle Devatine

professeures-documentaliste

Groupe scolaire Saint-Charles

Athis-Mons (91)




dessin de l'auteur

Nous avons tous une part d'ombre

Nous avons tous une part d'ombre

incompris!

incompris!