LE SITE DE JOEL FRANZ ROSELL, auteur et illustrateur cubain




LE SITE DE JOEL FRANZ ROSELL, AUTEUR ET ILLUSTRATEUR CUBAIN


Plus qu'un véritable blog, ceci est un site personnel autour du livre pour la jeunesse à Cuba, en France et ailleurs (là où j'habite, lá où je me trouve, là où sont mes livres et mes lecteurs). Tenu dans l'urgence par un Cubain qui n'a pas appris le français très tôt ni à l'école, il peut se trouver ici et là des maladresses de style voire plus si fatalité... Soyez indulgents et signalez-moi l'erreur: ils sera exterminé sur-le-champ.

les littératures de l'Amérique du Nord au Festival de Vincennes

LES LITTERATURES DE L'AMERIQUE DU NORD seront à l’honner au Festival America 
(7ème édition), à Vincennes (aux portes de Paris), du 11 au 14 septembre 2014.


J'y participe avec une riche agenda: en tant qu'auteur en dédicace, en débat avec trois autres auteurs jeunesse d’Amérique du Nord, dans des rencontres avec des écoliers et lycéens, en tant que membre du collectif caribéen Ti Woch  qui y présentera son travail de promotion des cultures créoles et sa publication pour enfants Ti-Woch magazine avec, notamment, un atelier au tour du numéro sur Haïti, bientôt disponible.


programme jeunesse de la prochaine édition

J'ai déjà était présent dans des précédentes éditions du Festival America. J'y ai signé mes livres au stand de la librairie hispano-américaine El Salón del Libro (2010 et 2012) et j'ai servi d'interprète à Leonardo Padura en 2008. Mais en cette occasion je suis invité officiel et en tant que tel je participe du premier débat consacré a la littérature pour la jeunesse qui aura lieu dans l'un des espaces de rencontre avec le "grand" public (le public des grands). 

Fondé il y a dix ans, le Festival America se consacre aux littératures de l’Amérique du Nord : Etats-Unis, Canada, Mexique (c’est la notion géographique du terme) ainsi qu’à Haïti et Cuba, deux territoires situés dans la Caraïbe dont la forte immigration aux Etats-Unis et au Canada insère littérature et culture dans l’espace nord-américain.


La littérature cubaine est fréquemment représentée au Festival America…

Leonardo Padura, Joel Franz Rosell et Karla Suárez, pendant la 6ème édition
Auteurs caribéen en débat en 2012. Au centre, Abilio Estévez et Karla Suárez 

Avec l'écrivain Abilio Estévez et autres intélectuels cubains en 2012

pour l'été rien de mieux qu'une tasse de thé...rrible



AIMEZ-VOUS LE thé-rrible ?

Les sorcières de catégorie sont anglaises. Elles peuvent aussi être irlandaises, galloises, roumaines ou même espagnoles… Mais toutes celles qui se vantent d’être véritablement mal élevées, comme il se doit dans le monde des sorcières, ont eu une institutrice anglaise très laide, très méchante et très grossière. Voilà pourquoi les sorcières de haut rang prennent le thé à dix-sept heures, comme l’exige la tradition.
Bien entendu, les sorcières ne boivent pas n’importe quel thé. Elles n’admettent que du thé-rrible : un breuvage ignoble, écoeurant et pestilentiel. Le meilleur thé-rrible est anglais, cela va de soi. Il contient, entre autres ingrédients tenus rigoureusement secrets, quelques gouttes de bave de fox-terrier enragé relevées d’une pincée de boue du Loch Ness (le lac écossais qu’abrite le fameux monstre). Egalement, dans la préparation d’un véritable thé-rrible, il faut utiliser de l’eau dans laquelle on aura pris soin de faire macérer le sabot d’une vieille chèvre noire.


illustration d'Ajubel pour l'édition espagnole de 2001

Un jour, la sorcière de la Vieille Havane reçut un thé-rrible provenant d’une récolte précieuse et fort onéreuse. Sa meilleure ennemie, la sorcière Gwendoline Halloween de Brooklyn, l’avait elle-même obtenu d’un multimilliardaire qu’elle avait aidé à ruiner un autre hypermilliardaire. En guise de remerciement, le multimilliardaire devenu entre-temps mégamilliardaire lui avait offert un kilo du thé-rrible le plus rare et réputé : celui que les spécialistes surnomment à juste titre « colique de Galles ».
MTB songea que c’était là l’occasion rêvée pour inviter sa très bonne ennemie Tante Fripouille , à prendre le thé.
Tante Fripouille Mieuquepersonne était une sorcière insupportablement prétentieuse. Elle vivait dans les ruines du plus beau théâtre de La Havane, lequel avait brûlé vingt ans plus tôt sans qu’on ait jamais pu le reconstruire. Or, ce que personne ne savait, c’est que si les projets de reconstruction échouaient les uns après les autres, c’était parce que Tante Fripouille assistait aux réunions de chantier déguisée en personnage haut placé. Ses interventions provoquaient des telles discussions que l’on n’arrivait à la moindre décision. Et, de réunion en réunion les années passaient… passaient…
Chaque fois qu’elle rendait visite à MTB, Tante Fripouille se montrait si hautaine et snob que nos deux commères finissaient toujours par se crêper le chignon. Seulement, vois-tu, comme les sorcières ne s’entendent avec personne, pas même entre elles, Mocheline et Magouille ne rataient pas une occasion de se retrouver pour mieux se disputer.
« Cette fois, c’est moi qui aurai le dernier mot ! » se promit la sorcière de la Vieille Havane tandis qu’elle sortait d’un armoire le service à thé hérité de son arrière-grand-mère, la sorcière Séculaire.
La lampe d’Aladin faisait office de théière. Les tasses n’étaient autres que les cornes d’un bouc qui, selon la légende familiale, avait appartenu au diable en personne. Avec un tel service il était inutile de tremper un sabot dans l’eau réservé au thé-rrible. Plus spectaculaire encore : les tasses ne reposaient pas sur des assiettes ordinaires mais sur des petites soucoupes volantes qui allaient et venaient toutes seules des mains des invités à la théière.

illustration d'Amilkar Chacón pour l'édition cubaine de 1999
Quand MTB servit le fameux « colique de Galles », une petite fumée en forme de main décharnée s’échappa des tasses et vint pincer le nez boursouflé de Tante Fripouille . Cette dernière ouvrit des yeux ronds comme les soucoupes, secoua la tête et s'essuya le front avant de se risquer à boire une gorgée.
« Ah ! s’exclama-t-elle en frissonnant. Il est répugnant à souhait !
- N’est-ce pas ? fit MTB enchantée. Je savais que tu allais le trouver nauséabond. Tu prendras bien une deuxième tasse ? Tu verras, il est ab-so-lu-ment é-cœu-rant!
- Avec grand déplaisir » répondit Tante Fripouille, très poliment.
Après la troisième tasse de thé-rrible, les deux sorcières commencèrent à se sentir vraiment bizarres.
« Nous pourrions peut-être vomir un peu, non ? demanda MTB.
- Je n’osais pas te le proposer, répondit Tante Fripouille , toujours exquise.
- Allons-y ! »
Les deux sorcières sortirent précipitamment sur le balcon et vomirent par-dessus la balustrade.
Les passants, épouvantés, tentèrent tant bien que mal d’échapper à cette averse répugnante et malodorante. Lorsqu'ils levaient la tête pour apercevoir le coupable, les pauvres ne voyaient personne. Car les sorcières s’étaient rendues invisibles pour mieux profiter du spectacle.
Vomir sur les passants et se rendre invisible est le véritable but d’une invitation à prendre le thé-rrible. Toute sorcière qui tient à sa réputation doit s’assurer que ses meilleures ennemies auront à leur disposition une rue pleine de gens à embêter. Voilà pourquoi les sorcières prennent toujours le thé à cinq heures : à cette heure-là, les enfants sortent des écoles et les adultes quittent leur travail et se pressent sur les trottoirs pour rentrer chez eux.

ébauche de l'auteur

Se rendre invisible n’est pas vraiment compliqué pour une sorcière. Tout d’abord elle se met sur la pointe des pieds et lève les bras et la tête, prenant des aires de danseuse. Ensuite, elle gonfle les joues et retient sa respiration aussi longtemps possible. Après être passée par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et avoir failli de s’évanouir, la sorcière devient enfin transparente.

Une fois qu’elles se furent suffisamment moquées des passants épouvantés, Magouille et Mocheline retournèrent au salon en sautillant à cloche-pied pour retrouver leur apparence normale. A cause de ses rhumatismes, MTB ne pouvait pas sauter très haut et ne récupéra qu’en partie ses couleurs. Elle resta translucide le reste de la soirée. Tante Fripouille se garda bien de le lui faire remarquer. C’était une trop belle occasion pour s’épargner la vue de l’horrible figure de Mocheline... qui méritait bien son nom.


« Encore un peu de thé ? » demanda Mocheline Triche-Beurk (...)



Tiré de La tremenda bruja de La Habana Vieja
           Edebé. Barcelona, 2001






Version abrégée: Ediciones Capiro, Santa Clara (Cuba), 1999







mon article chinois

couvertur du magazine Publications pour la jeunesse en Chine
En 2004, le magazine Publications pour la jeunesse en Chine, a présenté une traduction en mandarin de mon article « Andersen et Marti : deux chants pour un rossignol », une étude comparatif du conte « Le rossignol », de Hans Christian Andersen (Odense, 1805 - Copenhague, 1875) et sa version par le poète essayiste et homme politique cubain José Martí (La Havane, 1853 - Dos Rios,1895) publiée sous le titre « Les deux rossignols » dans le quatrième et dernier numéro de sa revue pour la jeunesse L’Age d’Or (New York, 1889). 


couverture de la version originale de La Edad de Oro (1889)

Cette revue est le plus grand classique de la littérature cubaine pour la jeunesse, actuellement publié en un seul volume (depuis une première version à San José, Costa Rica, en 1921). L’ouvrage a été ainsi maintes fois réédité à Cuba et dans bien d’autres pays de l’Amérique Latine.



page de titres du quatrième numéro de l'Age d'Or 

sommaire du numéro 4 (octobre 1889), un numéro assez asiatique (grand article intitulé "Une promenade en terre des annamites")
  

A la différence des autres textes de l’Age d’Or qui n’ont pas été écrits par Marti lui-même (dont deux contes du français Edouard de Laboulaye), ce conte n’a pas été tout simplement traduit, mais adapté. Les changements introduits par le chantre de l’indépendance cubaine reflètent ses idées politiques et son admiration pour la lutte menée à l’époque par les Chinois contre la mainmise occidentale.  
Tout l’éclat de la prose « moderniste » de José Marti et sa capacité à bien communiquer avec les enfants marquent sa version.

sommaire en mandarin du numéro 3/2004 de la revue chinoise du livre pour la jeunesse

sommaire en anglais

première page de mon article

deuxième page de mon article

dernière page de mon article


L’association lyonnaise L’atelier du tilde a entrepris la traduction de l’Age d’Or suivant le format originale en quatre numéros. C’est la première fois que la traduction intégrale de ce classique cubain est proposée au public français.


couverture du deuxième numéro dans l'édition française, fin 2012




Le "Jeu Littéraire de Barcelone": la lecture prise au sérieux!



avec Cristina Osorno, de la Maison d'Amérique Latine en Catalogne
La Fondation Jordi Sierra i Fabra, la Maison d'Amérique Latine en Catalogne, la Direction de bibliothèques de Barcelone et Fondo de Cultura Económica, la plus grande maison d'édition d'Amérique Latine, entre autres institutions, ont coordonné leurs efforts pour organiser la première édition catalane d’un concept qui a déjà fait ses preuves en Colombie.

L'écrivain espagnol Jordi Sierra i Fabra me fait l'honneur de me présenter
au public réuni dans la fondation qui porte son nom
En effet, le Jeu Littéraire de Medellin, duquel j’ai été l’un des invités en 2013, est à sa vingt-deuxième édition. Le point de départ est l’exploration en profondeur de l’œuvre d’un écrivain dans un esprit ludique.

Mon dernier roman s'intitule "Concierto n° 7 para violin y brujas" (Concert n°7 pour violon et sorcières, inédit en français)
Comment résister la tentation de me prendre en photo avec cette marionnette géante de l'une de salle de promotion de la leture du festival Mon Llibre

On y recherche également un véritable échange entre auteurs et lecteurs, c’est pourquoi non seulement les enfants ont pu enquêter sur ma vie (motivations, sources d’inspiration, mode de travail –bien sur- mais aussi souvenirs d’enfance, photos, goûts personnels, paysages ou musiques auxquels je suis attaché…).



En contrepartie, pendant notre rencontre dans le siège de la Fondation Jordi Sierra i Fabra, mes lecteurs ont pu me raconter un petit peu de leurs vies et goûts, de leur pays (on me parla de la Catalogne, non de l’Espagne, car l’agitation autour de l’indépendance atteint les enfants) et m’ont fait des cadeaux qui impliquent en fait un échange : j’ai offert mes histoires, ils m’ont offert une danse, des symboles de Catalogne, des mots et de jolis dessins.

 

mon arrivée à Barcelone sélon Salik
















Le Jeu Littéraire ne se limite pas au travail avec les enfants. Un élément important du projet est la formation des médiateurs entre livres et enfants. Dans ce but, j’ai coordonné un atelier sur l’utilisation du « Kamishibai » (technique japonaise de lecture publique) dans la promotion du livre pour la jeunesse. Situé derrière le « butaï » (tréteaux portatile), on fait glisser les images d’un album dont le texte a été préalablement reproduit dans le revers de la page suivante. De cette façon, alors que le public regarde les images, le lecteur public a le texte correspondant devant les yeux.

 
Normalement, je ne raconte que les histoires que j’ai non seulement écrites mais illustrées. Néanmoins dans cet atelier j’explique comment constituer un répertoire et même comment improviser un « butaï» artisanal.





Au même temps que le Jeu Littéraire se déroulait au magnifique du Centre de Culture Contemporaine de Barcelona, le festival Món Llibre (Monde Livre) qui est à sa dixième édition. Nous avons été conviés à une table ronde dans la journée professionnelle. J’y ai fait une présentation du livre pour la jeunesse latino-américain qui reste, malgré son importance actuelle, mal connu en Espagne.



 Le lendemain, au même CCCB, nous avons signé nos livres, en particulier ceux qui ont été publiés par Fondo de Cultura Económica. Dans mon cas il s’agissait de La leyenda de Taita Osongo (originairement publié en français par Ibis Rouge comme La légende de Taïta Osongo) et Concierto n°7 para violín y brujas (Concert n°7 pour violon et sorcières, inédit en français).



 Le lendemain, au même CCCB, nous avons signé nos livres, en particulier ceux qui ont été publiés par Fondo de Cultura Económica. Dans mon cas il s’agissait de La leyenda de Taita Osongo (originairement publié en français par Ibis Rouge comme La légende de Taïta Osongo) et Concierto n°7 para violín y brujas (Concert n°7 pour violon et sorcières, inédit en français).



Le matin même nous avions déjà eu une rencontre-signature à Sabadell, ville de la grande banlieue barcelonaise, dans la librairie latino-américaine LibreRío de la Plata.



Un accueil chaleureux pendant lequel nous avons racontés des anecdotes, lu des extraits de nos livres et livré quelques secrets de cuisine littéraire. 



Je lis un fragment de "La légende de Taita Osongo" (dans sa version mexicaine, publié deux ans après sa découverte, par le public français, dans l'édition d'Ibis Rouge
 


 

Avec le manuscrit de l'un de mes ouvrages (en tant qu'auteur-illustrateur)
A ma droite, l'auteure colombienne Irene Vasco






 On ne visite pas Barcelona sans profiter de ses richesses culturelles et touristiques, tout d'abord, l'œuvre de l'époustouflant Antoni Gaudi.





 







 Mais il n'y a pas que Gaudi à Barcelona. Le quartier médieval (Barrio Gotico) est une véritable merveille.
 








et même les alentours de la ville méritent le déplacement.




le sourire jaune de Barbie

Le plus grand secret du monde des poupées vient d'être dévoilé par un savant viennois: en vieux allemand, Barbie signifie "Femme à barbe"




(rememeber Conchita Wurtz) 

le café n'est pas ma tasse de thé et autres âneries pleines d'esprit

                                         

Les mots ont inventé la poésie car elles avaient besoin de se soigner


Il n’y a de nous jours qu’un territoire encore vierge : le cœur des enfants.


Depuis toujours les écrivains ont utilisé la littérature pour régler des comptes avec la société, avec le pouvoir, avec leurs ennemies, avec leur famille… et avec eux-mêmes. Mais dans la littérature contemporaine française le règlement de comptes avec eux-mêmes semble être devenu le seul but et encore la seule source d’inspiration des auteurs. C’est une des raisons du mépris de la « haute » littérature pour la littérature pour la jeunesse. Dans ce dernier domaine, même s’il existe des exemples d’asservissement du lecteur aux besoins intimes des auteurs, cela semble toujours un peu scandaleux…


Ce ne sont pas les coups de pied qui nous font changer de direction, ce sont les coups d’épaule. Les coups de pied ne nous font que sauter sur place. Ça peut déranger sans pour autant avoir une bonne influence.

Il n’y a que les vivants qui meurent. La vie est donc une maladie : la maladie qui nous tue.



Vu que le chemin de l'Enfer est pavé de bonnes intentions, 
celui du Paradis en est forcément truffé de mauvaises.





Pour disperser la manif des clowns en colère, la gendarmerie a fait usage de gag lacrymogène.





Un bouc émissaire porte toujours le chapeau.

Dans la tempête, le temps pète






Le sacré c’est bon quand c’est sucré.

Añadir leyenda
Le bonheur c'est un pays dans lequel il fait toujours beau, même sous la pluie noire, même dans le brouillard épais, même dans la tempête.






La joie est faible. C'est pourquoi elle nous attire si fortement

Soixante-huitard : homme entre 65 et 70 ans. Que chausse du 68 (rare)






Le repos est quelque chose que l’on t’impose, ou que l’on s’impose soi-même car on ne peut pas faire autrement. Par contre, la paresse c’est quelque chose que l’on subit. La paresse c’est du repos non mérité.







J’ai un cancer dans le sommeil. Je peux dormir chaque fois un peu moins. Plus le trou dans mon sommeil s’élargi, moins je dors. Un jour je ne dormirai plus du tout et ce sera la fin.



Or ce qui me tuera vraiment ce n’est pas le manque de sommeil, mais le manque de rêve. Sans celui-là, je ne résisterai pas longtemps. Je pourrai toujours rêver éveillé, mais ce n’est pas pareil. C’est le rêve sans bride sans aucun contrôle qui nous permet de vivre.




message d'accueil

J’ai quitté Cuba en 1989, peu avant la chute du tristement célèbre Mur. J'arrive en France en 1994, après avoir vécu au Brésil et Danemark. Reparti quatre années en Argentine, je m'installe déffinitivement à Paris en 2004. J'écris toujours mes romans en espagnol, mais les contes et histoires me viennent au coeur de plus en plus en français. Mes thèmes sont liés à Cuba, mais pas seulement car j’ai une écriture et des sujets « universels ». Même si plusieurs de mes livres sont parus en français (en portugais et même en basque) avant d'être publiés en espagnol, je compte une vingtaine de titres à Cuba, en Espagne, en Argentine, au Mexique contre six seulement en français. Je suis un métis culturel accompli en ce qui concerne la langue, les références vitales, les formes littéraires, les repères culturels ou politiques. C’est aussi par métissage que j’illustre de temps en temps mes livres. Ayant pratiqué le journalisme littéraire et les animations très tôt, c’est naturellement que je trouve dans ces dernières formes d’activité et de rencontre de l’autre, le même plaisir créateur que dans la production de mes fictions.

rencontre avec les élèves d'une école espagnole en France

un auteur multiculturelle dans la classe

un auteur multiculturelle dans la classe
version de l'article d'Anne Marie Latapie publié dans InterCDI in Intercdi n°226 n° spécial 2010

atelier d'écriture, l'opinion d'un enseignant


Le 18 décembre 2008, la classe de 6e 2 a accueilli Joel Franz Rosell, écrivain partenaire de Voyages en ville. L'auteur n'était pas exactement un inconnu, puisque les élèves avaient lu son roman Cuba, destination trésor. Ce roman d'aventure, qui raconte la passionnante découverte d'un double trésor à Cuba par une fillette espagnole, a plu à l'ensemble de la classe. Certains élèves ont d'ailleurs obtenu une excellente note au contrôle de lecture rendu le matin même.

Cette fois pourtant, c'est physiquement que M. Rosell s'est présenté devant eux, rejoint un peu plus tard par Mme Caveng, notre ex-documentaliste, qui a exercé toute sa carrière entourée par la littérature pour la jeunesse. Nous n'avions pas prévu une intervention extrêmement structurée ni précise, afin de permettre des échanges aussi spontanés que possible. Seuls trois axes étaient au programme : le métier d'écrivain et l'écriture romanesque, le roman Cuba, destination trésor, enfin des conseils et échanges autour des nouvelles que les élèves vont écrire (dans le cadre du projet Voyages en ville).

M. Rosell nous a d'abord évoqué avec précision et enthousiasme ses premières activités d'écriture vers l'âge de 11 ans, puis ses débuts d'écrivain et la réalité de ce métier. Son jeune public a pu se rendre compte que le métier d'écrivain ne se limite pas à l'écriture, mais comporte des aspects pratiques parfois compliqués, tels que la prise en compte des impératifs de l'édition... La classe a constaté qu'entre la plume de l'écrivain et les rayons des librairies, une œuvre traverse un parcours bien compliqué!

Les élèves ont pu avoir sous les yeux ses premiers essais romanesques, rédigés et illustrés sur un cahier d'écolier, en 1967. La lecture du texte en espagnol n'était guère accessible aux élèves, mais ils ont apprécié l'expressivité des illustrations colorées (de la main même de l’auteur alors un enfant).

Notre auteur a ensuite apporté des précisions sur les techniques d'écriture romanesque. Son public a pu comprendre que l'écriture d'un roman est un exercice de longue haleine, qui exige beaucoup de temps, de réflexion et de précision. Il a en effet expliqué que les faits essentiels d'un roman doivent y trouver leur justification, amorcée parfois bien avant leur conséquence sur l'intrigue. Il a expliqué que même lorsque les grandes lignes sont parfaitement établies et rédigées, il est fréquent de devoir modifier tel ou tel événement de façon à ce qu'il s'intègre plus naturellement dans l'intrigue. D'ailleurs, M. Rosell a exposé à son jeune public que la construction même de l'intrigue doit être minutieuse, comporter des rebondissements et des obstacles auxquels le lecteur puisse adhérer. Quant aux personnages, il leur a expliqué qu'ils doivent offrir un certain réalisme, et jouer un rôle qui s'articule précisément autour de peripeties de l'histoire, étant notamment aides ou opposants.

L'intérêt des explications de notre auteur est d'avoir pu les illustrés par son expérience confirmée et des exemples précis empruntés à son roman, que les élèves connaissent bien. Ainsi, les retouches et corrections apparaissent parfois tardivement dans la rédaction du roman, et permettent d'améliorer le naturel de l'intrigue, nous a-t-il expliqué.

M. Rosell a précisé aux élèves que les sources d'inspiration sont nombreuses et relativement variées. La découverte du trésor du roman rappelle une découverte qu'il a faite lui-même dans son enfance, tandis que des aspects du collège où se déroule une partie de l'intrigue reflètent celui qu'il a lui-même fréquenté adolescent. Notre écrivain a aussi souligné l'importance de la vraisemblance historique qui réclame une connaissance relativement précise des faits, exigeant que l'écrivain se documente. Il nous a bien expliqué comment l'écriture d'un roman est un processus riche et généralement imprévisible, qui peut progresser de manière variable au gré des recherches et trouvailles, et prendre parfois beaucoup de temps, quelque soit la longueur du texte.

Dans un troisième temps, M. Rosell a exposé avec beaucoup de clarté à la classe les éléments fondamentaux de la technique narrative. (en préparation du travail d'écriture dans le cadre du projet Voyages en ville).

Les élèves ont pu se rendre compte qu'un cadre global établi à l'avance est indispensable à la réussite de l'écriture et romanesque. On doit préalablement définir l'identité des personnages clés, le lieu, et le temps. À ce propos, il distingue l'époque à laquelle se déroulent les faits de la durée de l'intrigue. On réfléchit ensuite à un problème (ou complot) que vont rencontrer les personnages principaux. Cela rappellera bien sûr aux élèves l'élément perturbateur des contes, qui leur est familier.

Concernant les techniques narratives, M. Rosell a insisté sur les différents points de vue, c'est-à-dire qui est le narrateur (personnage ou extérieur), et a évoqué différents styles d'écriture : mystérieuse, humoristique, exprimant un fort sentiment. Pour illustrer son propos, il s'est livré à une amusante improvisation très concrète, témoignant d'un savoir-faire confirmé.

Dans les grandes lignes, l'écriture d'une nouvelle ou d'un roman doit comporter trois étapes : la présentation, le noyau, la fin, c'est-à-dire la chute, ou encore solution.

Notre écrivain a rappelé qu'il est bon de varier les types d'écriture, et d'alterner narration, description du dialogue.

Ainsi s'est terminée la séance, et j'ai bien l'impression, à voir l'attention des élèves et leurs réactions, qu'ils n'ont pas vu le temps passer. Encore une fois, nous pensons que les photos prises lors de cette intervention le montreront tout aussi bien que les mots !

Vincent Goguel

professeur de français

Collège Raoul Dufy. Le Havre


Rencontre avec Joël Franz Rosell, écrivain cubain

« Je n'écris pas pour me comprendre mais pour comprendre les autres »

Lors d'une signature dans une librairie parisienne il y a une dizaine d'années, j'ai rencontré avec une collègue professeur d'espagnol, l'écrivain cubain Joël Franz Rosell. Il se montre très soucieux de son public et du message qu'il fait passer et nous comprenons tout de suite l'intérêt que auraient nos élèves à rencontrer un tel écrivain.

Même s'il a gardé un accent chantant d'Amérique du Sud, il maîtrise parfaitement la langue française, au point de débattre à propos d'un mot employé par ses traducteurs!

Depuis 2001, Joël Franz Rosell rencontre les élèves avec des collègues de français et d'espagnol au CDI et ce de la 6ème au BTS..

Qui est Joël Franz Rosell?

Né en 1954 à Cuba, licencié en Langue et Littérature Hispaniques en 1979, il travaille d'abord comme animateur littéraire pour le Ministère de la Culture de Cuba et aussi comme enseignant, bibliothécaire et auteur de programmes pour la radio cubaine.

Après avoir beaucoup voyagé et résidé au Brésil, au Danemark, en Argentine, il s'installe à Paris et travaille comme journaliste à Radio France International et professeur à l'Université de Marne la Vallée. Depuis 2004 il se consacre entièrement à son travail d'écrivain, illustrateur et animateur littéraire.

Auteur aujourd'hui d'une vingtaine d'ouvrages pour la jeunesse, dont six ont été publiés en français, il a également illustré quatre livres et fait connaître plus d'une centaine d'articles et essais, la plus part sur le livre pour la jeunesse et les échanges culturels.



Rencontre avec les élèves

De la 6ème au BTS, il rencontre régulièrement ses lecteurs en classe de français ou d'espagnol. La préparation de la rencontre s'organise entre documentalistes et professeurs de la discipline avec une présentation de ses différents livres, un travail à partir d'un thème (qu'est ce qu'écrire? Cuba, hier et aujourd'hui? Esclavage et métissage... Quelle place pour la réalité et l'imaginaire dans l'oeuvre littéraire?...). Après avoir lu un ou plusieurs de ses ouvrages, les élèves sont tous surpris qu'un auteur soit « vivant et ne figure pas dans le dictionnaire » (en fait Joel Franz Rosell figure dans plusieurs dictionnaires d'auteurs espagnols et latino-américains mais ça ses jeunes lecteurs français ne le savent pas!).


Les questions sont variées:

- Pourquoi écrivez vous et depuis quand ?

« J'écris depuis presque toujours. D'abord dans ma tête, parce au Cuba du début des années 60 rares étaient les livres pour la jeunesse et je imaginais les livres que je ne pouvais pas trouver. Plus tard, j'ai écrit en dessinant: je rendais plus amusant le cahier de Math grâce aux aventures de « Super Poitrine », un super-héros calqué sur Superman qui avait par archi ennemi un... professeur de mathématique en style savant fou. J'ai commencé à écrire pour de bon à 12 ans: des petits romans qui ressemblaient aux histoires que j'avais découvert dans la bibliothèque municipale: Tintin, Club de cinq, Fifi Brin d'acier... »

Un jour il se fait voler en classe de sport un livre de Jules Verne qu'il avait emprunté et il n'ose pas l'avouer aux bibliothécaires. A cette époque, il écrit plus qu'il ne lit car il a un public... peu nombreux mais exigeant: un frère, une sœur et des amis qui lui demandent des nouvelles des héros qu'il a créé: des aventuriers cubains, français ou ressortissants des « pays frères » la Roumanie communiste, l'Allemagne de l'Est... A travers ces petits romans maladroits Joel Franz Rosell parcourt le monde... et plus si affinité: en effet, à l'instar de son modèle Tintin, il expédie l'un de ses héros à l'espace. La Lune est déjà prise? Qu'à cela ne tienne: il envoie son Trentin, son chien Siré, son capitaine Bischop et son professeur fantasque à la planète Mars!

A 19 ans, Rosell rejoint l'atelier littéraire de l'Université Central et se résout à devenir un vrai écrivain. Il détruit les 54 romans de ses débuts (ne préservant que quelques manuscrits qui enchantent les enfants et adultes qui le rencontrent dans écoles et autre salons du livre). Il décide de n'écrire que ce qu'il connaît bien et s'acharne a peaufiner son style. Mais il n'abandonne pour autant le jeune publique... Pour ne pas perdre totalement l'enfance?

« Comme tout écrivain, j'écris d'abord pour moi-même: pour lire tout ce que je ne pourrai jamais vivre, pour aller là où je ne pourrai jamais me rendre, pour connaître des gens que je ne rencontrerai jamais... J'avais 4 ans lorsque mes parents ont décidé de réinstaller la famille dans une autre ville. Pendant le déménagement mon frère et moi avons perdu la collection de comics que nous commencions à peine à déchiffrer. Les comics américains étant interdits par le nouveau régime communiste, la perte était irrémédiable. Je crois que c'est alors que j'ai décidé de devenir écrivain: pour que plus jamais on puisse me priver d'histoires!».

- Pourquoi écrivez vous sur Cuba?

« A Cuba, dans les années 70, le régime communiste voulait que les écrivains se mettent au service de la Révolution. On devait refléter le monde de l'ouvrier, prêcher le nouveau modèle socioéconomique. Mais je n'arrivait même pas à refléter le monde des enfants cubains! Je commençait le récit réaliste que l'on attendait de moi... et ça ne tardait pas à devenir une histoire de mystère, de magie ou d'aventure.

En fait, tant que j'y ai vécu, je n'ai jamais réussi à écrire sur Cuba. Le primer livre que j'ai publié était un polar qui s'insérait dans des faits d'actualité, mais mon histoire se déroulait dans une ville qui n'existe pas à Cuba. J'ai gommé tout ce qui me déplaisait dans la réalité cubaine de l'époque et les critiques m'ont reproché mon manque de vraisemblance. Dans mon deuxième livre il était question du temps avant les hommes et à peine quelques animaux et plantes évoquaient vaguement le cadre cubain... Par contre, dès que j'ai quitté Cuba, j'ai eu le besoin de faire venir à moi le terroir perdu.»

C'est en arrivant au Brésil que Joel Franz Rosell écrit Cuba, destination trésor, un roman qu'il va retravailler pendant dix ans, cherchant à fixer la changeante réalité du Cuba d'après la chute du Mur. Le roman, publié en langue française en 2000 (deux ans avant la première édition en espagnol), réussi à rendre accessible aux enfants d'autres pays les singularités politiques, sociales et économiques de cette île hors norme. L'année suivante il fait paraître Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. Ce titre drolatique cache un portrait amusé de la capitale cubaine, même si ce n'est pas le but du livre.

« Ce n'est pas que la réalité ne m'intéresse pas, mais je crois pouvoir mieux saisir la vérité profonde des choses avec une distance « technique »: le fantastique, l'aventure, la parodie. »



C'est pourquoi des nombreux livres de Joel Franz Rosell n'ont pas Cuba pour cadre. C'est le cas du premier à être traduit en France (Les aventuriers du cerf-volant se déroule dans un monde imaginaire dont les souverains, pourtant, font penser à un certain Fidel Castro...). C'est plus vrai encore pour son album L'Oiseau-lire, une très belle fable sur la lecture, sur le besoin de tout auteur de rencontrer ses lecteurs, sur la lutte de chacun, les livres aussi, d'accomplir leur rêve.

Ce genre, le conte philosophique, abonde dans des ouvrages pas encore traduits comme Pájaros en la cabeza ou Los cuentos del mago y el mago del cuento, qui font les délices des élèves d'espagnol. Ces textes se prêtent très bien pour les étudiants de langue étrangère car il sont brefs et possèdent la simplicité de contes pour enfants... avec un fond bien sérieux, qui fait réfléchir aussi bien le jeune que l'adulte.



- Écrivez-vous sur les pays que vous visitez?

« Comme je disais auparavant, je crains ne pas voir l'essentiel de la réalité. C'est peut-être la faute de mon imagination qui envahie tout... Pourtant, je suis très ouverts aux autres cultures, à l'Histoire, aux problèmes des pays que je visite... et encore plus lorsque j'y reste un peu.

J'ai vécu longtemps en France et pas mal au Danemark, en Argentine, en Espagne. Ces pays ont nourri ma sensibilité, mon expérience vitale, ma culture. Comment pourraient-ils être absents du fond et de la forme de mes écrits?

Je donnerai un exemple assez claire: la première version de La chanson du château de sable je l'ai écrit en 1988, peu avant quitter Cuba. Je l'ai publié au Brésil et Espagne sans y changer grande chose. Mais pour la version 2007, j'ai procédé à une modification très importante: pas au niveau du texte, qui n'a connu que les changement qui découlaient de la langue française, puisque je l'ai traduit moi-même. C'est par les illustrations que j'ai donné une nouvelle signification au récit: J'ai dessiné une plage tropicale et mes héros sont devenus un homme noir et son fils métis (la mère n'apparaît pas dans l'histoire, mais elle y est représentée par la princesse Coquillage, qui a des traits européens). Je cherchais de cette façon à m'approcher des enfants de la Caraïbe que j'allais avoir comme premiers lecteurs (le livre a été édité en Guyane par le plus grand éditeur de la région). Au même temps, je retrouvais ainsi les qui m'entouraient dans la plage de Santiago de Cuba (la région la plus métissée de mon pays) où j'ai imaginé l'histoire en 1983.

Au même temps, c'est mon expérience française et même celle de mon quartier multi-ethnique du nord de Paris ce que m'a fait remarquer que la plus part des albums français ayant pour héros des enfants « de couleur » tendent à abordent des sujets « spécifiques »: la question raciale, la nature exotique, la pauvreté, la famille nombreuse, le village et son conteur attitré... Dans ces albums on trouve rarement des sujets qui sont communes aux enfants de toute la planète: être jaloux d'un petit frère ou pas gentil avec sa petite sœur, avoir peur de l'obscurité, faire pipi au lit... La chanson du château de sable ne raconte rien qui ressemble à tout cela: j'y parle d'un enfant qui ne comprend pas pourquoi ses châteaux de sable ne restent pas sur la plage et de ce que son père que lui répond.

Et je ne me suis point inspiré de fable, légende ou conte de tradition orale quelconque! J'ai tout simplement voulu ouvrir mes lecteurs du Nord à une autre vision des enfants du Sud, et inviter mes lecteurs du Sud à avoir une autre vision d'eux mêmes.



-Faites vous un brouillon? Écrivez-vous sur l'ordinateur? Combien de temps met-on à écrire un livre? Gagne-t-on beaucoup d'argent?



« Chaque écrivain à sa façon personnelle de travailler et même chaque livre exige une façon spécifique d'être écrit. Je ne fais de brouillons que pour les illustrations (que je fais à la main: crayon suivi de feutre fin pour les lignes, puis gouache ou acrylique pour la couleur). Par contre, je corrige ENORMEMENT mes textes. Je corrige même les livres déjà publiés, que je relis de temps en temps. Ce n'est pas que j'aime particulièrement me relire et encore moins que j'aie du temps à perdre; cela sert à éviter de commettre les mêmes erreurs dans des livres à venir, à améliorer le livre au cas où (c'est très rare) son éditeur en voudrait introduire ces améliorations dans une deuxième édition. Ça m'a d'ailleurs servi pour des nouvelles versions dans la même langue ou pour préparer des traductions. Je prends aussi plein de notes: ma tête travaille tout le temps et pendant très longtemps (parfois dix ans, comme pour Cuba, destination trésor, ou dix-huit ans comme pour La légende de taïta Osongo ou L'Oiseau-lire!). Je fais mûrir les projets les plus variés dans ma tête: des contes, des romans réalistes ou fantastiques, des articles, des bandes dessinées...

J'ai commencé à écrire au crayon sur des cahier scolaires, puis je suis passé au stylo-bille (plus rapide). Lorsque j'ai commencé à vouloir publier mon travail, je recopiais mes manuscrits, une fois finis, à la machine. Jusqu'en 1988 j'ai utilisé des machines mécaniques d'époques et qualité diverses (la première était une Underwood aussi imposante qu'un petit piano!). Puis j'ai eu des belles machines électroniques et, enfin, mon premier ordinateur. Le premier livre que j'ai entièrement écrit à l'ordinateur c'est Les aventuriers du cerf-volant. C'est pourquoi ce livre marque, en 1993, le début d'une nouvelle étape de ma carrière littéraire: avec l'ordinateur, mes doigts écrivaient enfin presque aussi vite que ma tête et cela m'a donné la liberté créatrice dont j'avais tellement rêvé. »

Mais il y a eu autre chose, et cela a beaucoup à voir avec l'ouverture culturelle: Joel Franz Rosell habitait alors au Danemark et raconte qu'il essayait d'apprendre le danois au même temps qu'il se servait de l'anglais dans la vie quotidienne. En plus, lui et son épouse venaient de prendre la décision d'abandonner le portugais, qu'ils utilisaient depuis leur rencontre trois ans plus tôt, mais que n'était ni la langue de l'un ni de l'autre, pour le français.

« Dans ce melting-pot linguistique, l'espagnol n'était presque que ma langue d'écriture et j'ai commencé à la regarder comme quelque chose d'extérieur et pourtant propre. Le fait de vivre entouré d'autres cultures et plongé dans d'autres langues m'a permit de me réapproprier ma langue maternelle: j'ai appris à connaître sa véritable mécanique, à jouer avec elle, à la réinventer.

Cela a révolutionné son mode d'écriture, sans pour autant rendre celui-ci plus « rentable »...

« Un écrivant n'est jamais payé pour le travaille qu'il fait, mais reçoit à peine un tout petit pourcentage de l'exploitation commerciale qui fait du produit de son travail cette indispensable intermédiaire culturel-marchand qu'est l'éditeur. Je veux dire par là que, par exemple, le salaire d'un conducteur de bus est calculé sur le service qu'il rend pendant chaque heure au volant, tandis que l'écrivant, lui, n'a pas de salaire et peu importe le temps inverti dans la fabrication de son ouvrage ou la qualité finale de celui-ci. Il travaille sans avoir la moindre idée du résultat et du temps à la tâche et seulement une fois achevée celle-la, il doit trouver l'éditeur qui multipliera le manuscrit dans un certain nombre d'exemplaires et lui donnera, seulement bien de mois après les avoir vendu (s'il en vend) 4, 6 ou très exceptionnellement 10% du prix de vente. Bref, comme il y a des dizaines de milliers de nouveaux titres et des millions d'exemplaires chaque année, et comme les lecteurs ont maintenant beaucoup d'autres moyens de s'instruire et divertir (avec plein de ravissants petits appareils électroniques), rares sont les écrivains qui gagnent beaucoup d'argent. Un écrivain que vous n'aurez jamais vu à la télé, est certainement un écrivain qui gagne peu d'argent. Et des écrivains à la télé, vous en avez vu souvent, vous?

-Alors... pourquoi écrivez-vous (et oui, à ce moment de la rencontre, les élèves reposent cette question)...?

« Je n'écris pas pour en vivre, je vis pour écrire. Je ne veux pas dire que si je n'écrivais pas je n'aurais aucune raison de vivre (cela sonne trop solennel et ce n'est pas très original), mais j'avoue ne pas pouvoir imaginer ma vie sans la littérature.

Écrire me permets comprendre le monde et c'est aussi ma façon d'agir. Je ne prétends pas changer le monde avec mes livres... Mais les lecteurs changent pendant qu'ils lisent, et c'est tellement merveilleux d'être quelqu'un d'autre, de n'être pendant un certain temps soi-même...! Ne vaut-t-il pas cela quelques sacrifices, y compris celui de ne pas être très riche?

Écrire c'est comme lire, mais en mieux (je ne sais pas qui a prononcé cette phrase magnifique).

Je n'écris pas pour me comprendre, mais pour comprendre les autres... en prenant un peu leur place lorsque j'écris leur histoire, par exemple. Mais il m'est aussi arrivé de mieux me connaître grâce à l'écriture d'un livre...

On savait bien que Joel Franz Rosell ne manquerait pas d'évoquer La légende de Taïta Osongo. C'est son meilleure livre. Pas seulement parce qu'il est superbement écrit, mais parce qu'il lui a permit de plonger dans ses origines afro-cubaines, que sont aussi ceux du peuple cubain.

« J'allais avoir 29 ans et j'étais encore un gamin. Parce que je ne savais pas qui j'étais, parce que je ne connaissais pas ma famille et parce que j'ignorais l'essence profonde de mon pays. Je venais de me marier et ma première femme habitais à Santiago de Cuba. A différence de la moitié ouest de mon île, la partie que seule je connaissais, à l'Ouest les noirs et les métis sont majoritaires et l'on comprend que Cuba appartient au même monde que Haïti, la Guadeloupe ou la Martinique. Cette réalité m'a inspiré l'histoire d'un amour impossible entre une fille blanche, riche et un garçon noire, esclave. J'écrivais, sans me rendre compte, une histoire très proche de celle de ma grande-mère: une métisse que n'a pas épousé le père de ses enfants. En écrivant La légende de Taïta Osongo j'ai déterré l'histoire de ma famille, mais j'ai aussi j'ai assumé que moi-même je suis un « sang-mêlé » et j'ai résumé l'histoire de Cuba: un pays qui se voit blanc et qui n'a pas entièrement libéré la partie noire de son être.

J'ai écris cette histoire en 1983 et j'ai même eu un prix qu'aurait dû me permettre sa publication immédiate. Mais je n'étais pas satisfait du résultat: j'avais puisé dans le passé de ma famille, de mon pays et dans mes propres contradictions, j'avais utilisé des éléments de la plus vieille culture cubaine, de la littérature contemporaine et même la structure d'un très vieux conte russe! L'amalgame n'était pas parfaite, et plus je me rendais compte de l'importance du sujet, plus je me disait qu'il devait revêtir une forme littéraire soignée.

J'ai mis 18 ans à trouver cette forme et c'est alors seulement que j'ai publié le livre. C'était en Guyane, en 2004. Une première édition en espagnol a vu la lumière au Mexique en 2006, mais ce n'est que l'année prochain que mes compatriotes auront le droit à leur propre édition.

Quand je dis que Cuba a du mal à se reconnaître métisse et héritière d'une société esclavagiste... »



Les objectifs pédagogiques :

- lire d'une ou plusieurs œuvres intégrales

- favoriser les échanges d'idées et s'écouter

- argumenter pour mieux se comprendre

- motiver les élèves, susciter le goût de lire et écrire

- familiariser l'élève avec l'univers de l'écrivain (son œuvre, sa culture d'origine, les temps et lieux de sa vie: Cuba, années 60, 70, 80; Brésil, Danemark années 90, la Caraïbe au temps de l'esclavage; Cuba après la chute du Mur: de 1993 à nos jours).

- réaliser qu'une œuvre est le fruit d'une réflexion, d'une ouverture au monde, d'une sensibilité, d'un travaille d'écriture intense, prolongé et autocritique, ainsi que des nombreuses lectures.

Projets de l'écrivain avec les enseignants-documentaliste et professeurs de discipline

Nous retravaillons avec lui ses interventions auprès des élèves et en nous fondant sur des projets qu'il avait déjà développé avec plusieurs établissements (y compris à l'étranger), et sur des formations qu'il a menée en 2009 et en 2010 avec des enseignants de langues à l'IUFM de Rouen.

Mise en place d'ateliers d'écriture en classe d'espagnol

Joël Franz Rosell proposa pour la première fois des ateliers d'écriture au lycée français de Buenos-Aires en Argentine, en 2001. Cette expérience permit à des élèves de CM2 et de 6ème bilingues (Français/Espagnol) d'écrire dans la langue qu'ils apprenaient et d'être initiés, grâce au travail proposé par l'écrivain, au travail d'écriture : choix de l'histoire, des personnages, construction des la narration et les dialogues. Il a mené des expériences semblables, en espagnol ou en français aux lycées français de Munich, Bilbao et Danemark.

Inscrits dans un projet de 4 séances, ces ateliers effectués en collaboration avec l'enseignant documentaliste et l'enseignant de discipline suscitent l'investissement des élèves et contribuent à diversifier les pratiques pédagogiques.

Utilisation de livres pour la jeunesse dans l'apprentissage d'une langue étrangère

Afin de compléter l'étude de textes et extraits d'œuvres proposés dans les manuels scolaires, Joël Franz Rosell nous propose de faire aussi travailler les élèves un peu plus longue et profondement sur des œuvres complètes courtes et adaptées au niveau de la classe. La littérature jeunesse permet d'exploiter des livres « qui n'ont pas d'âge » avec des activités variées et créatives pour des élèves qui peuvent réemployer les structures usuelles de l'œuvre, « écrire à la manière de... », compléter ou modifier des textes, travailler les champs linguistiques...



Avec ce travail complet sur l'étude d'une œuvre intégrale, proposée deux à trois fois dans l'année, l'élève accède au plaisir de lire un ouvrage littéraire entier, et se voit stimulé du fait de vérifier qu'il est capable de la faire dans la langue qu'il est en train d'apprendre; il exerce des compétences critiques par rapport à la littérature pour la jeunesse, et les thèmes abordés dans leurs lectures suscitent chez les élèves une curiosité, une envie d'aller plus loin grâce à des débats qui peuvent se développer en interaction avec des enseignants de plusieurs disciplines.

Contacts :

Joël Franz Rosell adhèrent à la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse :

www.la-charte.fr/

Un projet peut être monté avec la Maison des écrivains, de laquelle Rosell est également adhérent :

http://www.m-e-l.fe/

Vous pouvez aussi le joindre directement :

1 rue de l'Encheval

75019 PARIS

06 62 47 18 60

ajfrosell@yahoo.fr

bibliographie sélective:



- L'Oiseau-lire. - Belin. Paris, novembre 2009

-La Légende de Taïta Osongo - Ibis Rouge. Cayenne, 2004

-Cuba destination trésor - Hachette jeunesse. Paris, 2003

- Les Aventuriers du cerf-volant. - Hachette jeunesse. Paris, 1998

- Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. - Hachette jeunesse. Paris, 2001

- Los cuentos del mago y el mago del cuento. - Ediciones de la Torre. Madrid, 1995

- Vuela, Ertico, Vuela, Ediciones SM. Madrid, 1997



Pour les plus jeunes:

- La Chanson du château de sable. - Ibis Rouge. Cayenne, 2007

- El pájaro libro. - Ediciones SM. Madrid, 2002

- Javi y los leones. - Edelvives. Zaragoza, 2003

-Pájaros en la cabeza. -Kalandraka. Pontevedra, 2004

-Don Agapito el apenado. -Kalandraka. Pontevedra, 2008



Pour les adultes :

- La Literatura infantil. Un oficio de centauros y sirenas. - Lugar Editorial, Buenos Aires, 2001

Les histoires écrites par Joël Franz Rosell se situent souvent entre la fable et la légende. Il mélange le réel et le fantastique, utilisant des jeux de mots, l'ironie, le langage poétique qui permet au lecteur de lire entre les lignes. Il « dit des choses qui vont plus loin que ce qu'il paraît »... Certains de ses livres sont plus réalistes et permettent connaître la réalité cubaine contemporaine, l'époque de l'esclavage dans la Caraïbe; abordant des problématiques diverses telles que la rencontre avec la différence, le racisme, l'écologie, la solitude, l'autoritarisme...

La rencontre avec l'auteur permet une véritable ouverture culturelle : « La littérature jeunesse doit être le reflet du monde dans lequel vit le jeune...et en même temps lui donner la possibilité de connaître d'autres mondes »

Originaire d'une culture d'Amérique Latine et grand connaisseur de l'ensemble de l'Amérique Latine, Joël Franz Rosell a aussi longuement vécu en Europe (France, Danemark, Espagne, Allemagne), il est aussi un spécialiste reconnu de la littérature pour la jeunesse en langue espagnole. Il nous permet d'en être les passeurs et médiateurs en nous appuyant sur ses livres.

Anne-Marie Latapie

Isabelle Devatine

professeures-documentaliste

Groupe scolaire Saint-Charles

Athis-Mons (91)




dessin de l'auteur