Site de JOEL FRANZ ROSELL, auteur et illustrateur cubain



LE SITE DE JOEL FRANZ ROSELL, AUTEUR ET ILLUSTRATEUR CUBAIN


Plus qu'un véritable blog, ceci est un site personnel autour du livre pour la jeunesse à Cuba, en France et ailleurs (là où j'habite, lá où je me trouve, là où sont mes livres et mes lecteurs). Tenu dans l'urgence par un Cubain qui n'a pas appris le français très tôt ni à l'école, il peut se trouver ici et là des maladresses de style voire plus si fatalité... Soyez indulgents et signalez-moi l'erreur: ils sera exterminé sur-le-champ.

La légende de Taïta Osongo.La magie et l'amour contre l'esclavage

La légende de Taïta Osongo.La magie et l'amour contre l'esclavage
Editions Orphie, 2007

Petit Chat Noir a peur du soir. Vaincre la peur pour soi et pour les autres

Petit Chat Noir a peur du soir. Vaincre la peur pour soi et pour les autres
Bayard, 2010

série Petit Chat: à la rencontre de l'Autre

série Petit Chat: à la rencontre de l'Autre
Petit Chat et le ballon, Petit Chat et les vacances, Petit Chat et la neige. Hongfei, 2016

L'Oiseau-lire

L'Oiseau-lire
Belin. Paris, 2009

Venez avec moi à Cuba


Du 19 janvier au 12 mars dernier je me trouvais à Cuba. Invité à la Foire Internationale du Livre de La Havane, j’y ai présenté mes deux derniers livres cubains et j’ai également participé à des nombreuses activités littéraires. Rien de plus normal pour un écrivain que d’être bien reçu dans son pays ? Que nenni ! Car je suis Cubain, certes, j’ai publié une vingtaine de livres en plusieurs pays et divers langues et je joui d’une certaine réputation… mais je suis un exilé !


je présente la dernière version cubaine de mon roman « La légende de Taïta Osongo », publié en France en 2004 aux Editions Ibis Rouge.

Ce voyage de 2015 est mon huitième retour au pays depuis que je l’ai quitté « définitivement » en 1989. Ayant épousé une française qui n’habitait pas à Cuba et n’ayant pas des antécédents suspects, j’ai obtenu très facilement le « Permis de résidence à l’étranger » (PRE) qui était alors la seule façon rassurante d’émigrer pour un Cubain qui tenait à sa terre natale, à sa famille et aux amis restés sur place… Quoique ces derniers soient aujourd’hui, pour la plus part, partis eux aussi !

Vers la fin des années 80 personne n’imaginait la chute du Mur de Berlin ou la disparition de l’Union Soviétique, et même les déçus du communisme ne croyaient vraiment pouvoir assister à la fin du castrisme. En conséquence, tout citoyen qui décidait de partir s’installer dans un pays capitaliste, quelle que puisse être sa motivation personnelle, était considéré comme un lâche, un opportuniste et même un traître.

début 1989, six mois avant que je ne quitte Cuba à la Plaza Vieja (à l’époque loin d’être restaurée)

Pourtant, ma famille et mes amis les plus proches se sentirent rassurés par le fait que je ne partais pas aux Etats-Unis, que mon épouse avait voté François Mitterrand et que je n’avais jamais affiché que des idées de gauche (quoique trop partisan de la Perestroïka pour l’atmosphère que l’on respirait à La Havane dans cette chaude année de 1989). Dans la mentalité de l’époque, quelqu’un de bien comme moi ne pouvait pas devenir un ennemi du régime (attention, à Cuba ce mot-là a des relents de dissidence ; on se doit de dire « la Révolution »… avec majuscule s’il vous plaît !).

Même les quelques responsables culturelles que j’ai vu pendant les dernières semaines précédant mon départ, me dirent alors que rien ne changerai pour nos projets en cours. Hélas, je n’avais pas encore défait mes valises à Rio de Janeiro que l’on prenait déjà de petites mesures de précaution à mon encontre. Ainsi, mon troisième roman, signé et même partiellement payé, n’a jamais vu le jour, et les textes de mon cru dont la publication ne pouvait plus être empêchée, sont parus avec ma signature quelque peu défigurée.

Rien de cela était trop grave, mais j’ai dû surtout supporter une pénible quarantaine : pendant quatre ans je n’ai eu la moindre réponse à ma demande d’autorisation de voyage à l’île. Cette impossibilité de retourner dans mon pays était doublement injuste puis que, selon le règlement, du seul fait de posséder le fameux Permis de résidence à l’étranger, je n’avais pas besoin d’autorisation supplémentaire. Seulement, hélas, quelqu’un avait oublié de tamponner le PRE dans mon passeport, et sans cela je risquais d’être renvoyé par le même avion à mon point de départ.


mon billet de départ pour le Brésil (notez le prix exorbitant que l’on m’a fait payer)

Mais tout cela c’est de l’histoire ancienne…

Dès 1993 j’ai vu le PRE dument tamponné sur mes successifs passeports (sa validité est d’à peine deux ans, renouvelable deux fois, pour un prix total six fois supérieur au passeport français valable 10 ans). Le passeport est le seul document duquel peut se prévaloir un Cubain résident à l’étranger lorsqu’il se trouve dans le territoire national, et l’unique moyen de s’y entrer, même si l’on possède un passeport étranger en cours de validité. Ma situation d’écrivain cubain s’est aussi un peu normalisé car je publie à Cuba, avec mon nom d’écrivain les livres Aventuras de Rosa de los Vientos y Juan de los Palotes (1996), La bruja de La Habana Vieja (1999), La leyenda de Taita Osongo (chez deux éditeurs différents en 2010 et 2014)  et Concierto n°7 para Violin y bujas  (2014), sans parler des nombreux articles et courts récits présents dans revues et anthologies divers. Début 2015, j’ai été l’un des invités de la Foire Internationale du Livre de La Havane (FILH).



mes six livres cubains, dont seulement les deux premiers ont été publié à l’époque où je vivais encore à Cuba


C’est alors que j’ai appris que pour intervenir dans les grands événements culturels, les cubains de l’étranger devons obtenir une sorte de « visa culturel ». Cuba est un pays communiste, au centralisme tatillon, mais aussi un pays tropical, où rien n’est jamais tranché et inamovible. C’est comme ça que j’ai été plusieurs fois dispensé d’autorisation préalable (en province), tout en devenant expert dans l’art de la « non réponse » que dominent à la perfection les responsables éditoriaux et institutionnels. C’est-ce qui explique le fait que seulement l’année prochaine (si tout va bien !) je publierai mon deuxième livre dans une maison d’édition « nationale » (avec la plus large diffusion qui va avec) ou le fait, non moins parlant, que les média nationaux aient systématiquement évité de me rendre la visibilité que j’avais avant mon départ à l’étranger, alors qu’à l’époque je n’étais qu’un écrivain débutant et un spécialiste littéraire pas si compétant que ça.

Si je me suis un peu étendu sur ces antécédents de mon tout dernier séjour à Cuba, c’est dans le but de montrer combien les choses évoluent dans le pays… et non seulement dans le terrain de la restauration, le transport de personnes et autres microentreprises de service. Ça bouge même dans le très sensible domaine de la culture. Par exemple, ces Journées internationales de littérature pour la jeunesse qui étaient à l’origine de mon invitation officielle à la Foire du livre, étaient l’initiative d’un animateur culturel étranger, le conteur argentin Claudio Ledesma. C’est lui, approuvé par la Chambre du Livre, je vous l’accorde, qui organisa et finança la rencontre. Une telle chose aurait été impossible il y a encore trois ans.

une partie des intervenants dans les Journées internationale de littérature pour la jeunesse. La Havane, 13-14 février 2015

Ceux qui connaissent bien Cuba, ne me démentiront pas : à peine arrivé, on constate l’amélioration de l’offre gastronomique (pour tous, Cubains et étrangers ; tout est question de prix) et la prolifération de chambres (en dehors des hôtels) mises à la disposition du touriste (étranger et national ; tout est aussi question d’argent). Ces « casas particulares » comme aiment dire les français cubanophiles ou « hostales » (sa dénomination officielle) se trouvent souvent dans de très coquettes maisons des quartiers Vedado, Miramar, Habana Vieja, tandis que plusieurs « paladares » (restaurants privés) constituent aujourd’hui le somment de la gastronomie dans l’île. Surprend aussi le nombre de Cubains qui remplissent ces bars et restaurants chics (et chers, même pour un porte-monnaie français !), qui arborent des vêtements de marque, des smartphones et des tablettes et qui, en général, dépensent sans compter. Je ne suis pas le seul à se demander d’où peut bien venir une telle aisance? Leur façon de dépenser fait penser qu’il s’agit d’argent facile, ne résultant pas d’une dure et honnête labeur. Cadeau des parents établis à l’étranger ? Produit de la prospérité soudaine (et à mon avis pas durable) des bars et restaurants ainsi que de l’intense activité des médiateurs dans le commerce des produits agricoles, en particulier… pour ne pas nommer autres activités plus ou moins nettes, tels que l’importation déguisée de vêtements et autres produits de grande demande, le détournement de ressources étatiques ou même la prostitution et le trafic de drogues ?

au « luxueux » centre commercial La Puntilla (Miramar), reproductions de tableaux de grands peintres cubains côtoient toute sorte de produits de consommation de base


Sans aucune prétention, mais avec la même logique hétéroclite  un « marché artisanale et industriel » (MAI) de Pinar del Río propose des articles cultuels, des chaussures, des casseroles, des outils et des objets décoratifs



J’ai passé la moitié de mon temps à La Havane, et le reste à Santa Clara, Topes de Collantes et Sancti Spiritus où j’ai mes attaches familiales, ou encore à Pinar del Rio où j’étais invité à participer dans la Foire du livre. La situation économique actuelle (« actualisation du modèle » dans le jargon officiel) est bien différente selon la région. En province, tout est plus modeste, les autoentrepreneurs (cuentapropistas) proposent des produits agricoles, des aliments, des pièces d’échange, de l’artisanat utilitaire ou décoratif (moche et peu varié), tandis que dans la capital l’offre est plus varié et parfois surprenante (j’ai visité un coiffeur avec les même services et produits qu’un confrère parisien).

A La Havane, j’ai logé dans le très agréable quartier de Miramar, où se trouve la plus part des ambassades et de nombreuses résidences diplomatiques et d’apparatchiks, mais qui est aussi habité par des Cubains ordinaires, y compris des pauvres. C’est un quartier des années 50, copié du Miami Beach de la même époque... mais pas épargné, comme le reste de la capitale, par l’absence d’entretien qui transforme en ruine des palais du xix tout comme les palaces du xx. Miramar longe une mer que l’on ne voit qu’au bout de quelques rues car il n’y a ni avenue de bord de mer (la célèbre promenade côtière de La Havane, le Malecon, ne traverse pas le fleuve Almendares, qui coupe la ville en deux parties bien définies) ni plages, car les célèbres étendues de sable blanc se trouvent assez loin de la zone rocheuse sur laquelle la capitale a été construite, soit à l’Est (pour les plus belles) soit à l’Ouest (pour les plus « authentiques »).

autrefois habité par étrangers et autres privilegés, ce magnifique immeuble de Miramar a été ravagé il y a une dizaine d'années par un ouragan. Peut-t-il encore être sauvé?

le superbe Hotel Isla de Cuba, aux portes de la Vieille Havane, attend patiemment le jour de sa restauration. Avec l'avalanche de touriste américains que l'on attend dans un future proche, il échappera possiblement à la ruine  

Installé chez une amie française, j’ai vite déchanté des idées que je pouvais encore me faire sur le confort des étrangers à Cuba. Ils ne peuvent pas échapper à la mauvaise qualité de tous ce que l’on y vend à Cuba, que ce soit des meubles, de vêtements, de l’électroménager des outils. Côté nourriture ce n’est pas mieux. Toujours les mêmes produits, de mauvaise qualité, souvent chers. Impossible se procurer du poisson et même pas de viande fraîche et de qualité. Même les fruits et légumes sont assez moches et sans saveur (recours presque systématique aux accélérateurs de maturation), on ne peut qu’avoir des fruits et légumes de saison et rien n’est importé dans le domaine. En général on ne sait jamais si l’on trouvera des articles aussi basiques que les œufs, le yaourt, le fromage ou le vin… même de qualité médiocre.


 ce frigo destiné habituellement aux yaourts et glaces, se voit remplie d’eau et limonade (deux références à peine) chaque fois que les produits laitiers disparaissent (c’est-à-dire assez régulièrement)
Les Cubains ont développé un mode de vie adapté à la pénurie chronique (plus de 50 ans que ça dure !). Plus que le carné de rationnement, qui n’assure qu’un minimum de produits de base, ils disposent de temps pour courir les denrées rares (la notion « horaire de travail » est très floue à Cuba), mais surtout d’un réseau d’amis, parents et « lanceurs d’alerte » et d’un système de combines, détournements et échanges qui échappent aux étrangers. Le « diplomarché » qui assurait jadis une offre privilégié aux résidents étrangers a disparu, et ceux-là doivent désormais se contenter des mêmes magasins en CUC (le peso dit convertible) fréquentés par les Cubains qui ont les moyens... ou pas, car, en fait, dans ces magasins l’on trouve beaucoup de produits de première nécessité qu’aucun autre type de commerce n’offre.

Les nombreux magasins en CUC sont certes mieux achalandés que les magasins aux prix subventionnés, mais de toute façon leur offre est plus que décevante.

Par exemple, pendant des mois il n’y avait plus une pomme de terre à Cuba. Tout le monde en parlait en salivant. Et puis, fin février le rare tubercule a refait surface : d’abord en forme de rumeur, puis entre les mains des spéculateurs (j’en ai vu sur l’autoroute, avec deux ou trois patates en main, comme s’il s’agissait du fruit défendu) et finalement dans les marchés. Chacun avait le droit d’acheter 10 kilos et pourtant la queue était longe et agitée (il y en avait qui revenaient ou qui se présentaient avec plusieurs membres de leur famille). En sortant de l’Union des écrivains, je suis tombé sur l’un de ces arrivages de pommes de terres et j’ai fait une heure de queue pour en acheter un peu pour mon amie française… qui, elle, ne pouvait pas dire à son patron : « Monsieur, est-ce que je peux partir un peu plus tôt pour acheter des patates ? Je en apporterai un peu pour vous aussi, bien entendu » (c’est-ce que font les Cubains).

me voici dans la célèbre queue aux patates

Sujet sensible, l’affaire des patates fut l’objet de blagues de comptoir et de caricatures dans les média, mais cela me fit vivre une expérience qui montre à quel point la réalité cubaine est complexe.

Je trouvais si drôle de me voire perdre mon temps à faire la queue des pommes de terres que je me suis prît en photo, puis j’ai photographié la foule en délire patateïque. A l’instant une mégère me saute dessus, les yeux en flamme, et me dit : « Je travaille dans le siège départemental du Parti et je veux savoir pourquoi vous faites cette photo-là ! » D’abord j’ai cru qu’il s’agissait d’une folle, mais en la regardant de près j’ai constaté qu’elle était habillée de la jupe sombre et le chemisier blanc orné de dentelles fréquent chez les « petites mains » des bureaux officiels. Je n’ai pas moins répondu, assez énervé : « C’est mon appareil photo et en citoyen libre, je fais avec ce qui me plaît ». Je crois qu’elle a été plus surprise de me savoir Cubain, que par le ton de ma réponse, car après m’avoir traité de grossier, elle a rajouté : « et en plus ça se grime en étranger… il n’est pas clairement défini celui-là ». Plus tard, lorsque j’ai ouvert un livre pour occuper le temps elle a gloussé : « Et en plus, c’est un intello ! ». Apparemment mon dossier était complet et il était temps de prendre des mesures radicales. En voyant arriver quelques militaires (il doit avoir un bureau de l’armé dans les environs) ma passionaria de pacotille s’est adressé au plus haut gradé, un colonel, je crois, et lui a parlé à voix basse. J’ai patiemment attendu et j’ai dit au militaire : « Cette dame se fait des idées à mon sujet… », mais il m’a interrompu avec un sourire rassurant et a poursuivi son chemin vers l’endroit où, de toute évidence, les militaires obtenaient leurs pommes de terres sans être obligés de faire la queue. Tout au long de notre attente, la mégère m’a tenu à l’œil. Les gens autour ont préféré ne pas se mêler, mais les uns m’ont fait discrètement comprendre qu’ils étaient de mon côté et les autres ont tièdement montré qu’ils comprenaient l’attitude combative de la vieille garde rouge.
Une fois que j’ai eu mes pommes de terre, je lui ai lancé : « Je vous en laisse pas mal. Bon appétit ! »


En fait, la même situation aurait pu mal tourner il y a à peine quelques années ou même aujourd’hui mais dans un autre contexte. Pour moins que cela, il y a en qui ont connu des ennuis. Ce genre de « révolutionnaire » toujours aux aguets et sans discernement sont utilisés par les éléments les plus conservateurs.


même une humble blanchisserie de Pinar del Rio claironne: "La Révolution est invincible" (remarquez le petit écriteau à droite "Passage interdit" 

Il ne faut pas croire qu’il y a un changement de fond de l’idéologie officielle à Cuba. Le rétablissement des relations diplomatiques avec les Etats-Unis et les mesures de libéralisation économiques se font sous la bannière de « l’actualisation du modèle », modèle socialiste (plus exactement Castriste, mais à Cuba on n’utilise jamais cet adjectif, car il a été toujours employé par les ennemis) que l’on s’efforce de montrer solide. Depuis les années 90, après la chute du mur, je n’ai jamais senti aussi présente la propagande de « la Révolution » et la critique de « l’impérialisme ». Si la population n’en fait que peu de cas, trop occupée à survivre à l’inflation, les pénuries et autres problèmes quotidiens, elle ne peut pas échapper aux continuels références au « Héros historique de la Révolution », ce même Fidel Castro qui n’apparait plus dans la télévision et ne donne d’autre signe de vie qu’un petit édito, de temps en temps, dans le journal officiel Gramma ou un court message à ses amis politiques. A mon que l’on éteigne radio et télé, il est absolument impossible ne pas être au courant des activités des « cinq héros anti-terroristes » ces agents du contrespionnage cubain capturés et condamnés à de lourdes peines aux Etats-Unis dont la libération, au même temps que l’annonce du rétablissement des relations avec les Etats-Unis le 17 décembre, a été transformé en évènement historique (certains diront hystérique). Il n’y a pas de jour où l’on ne parle pas de l’un d’entre eux ou de tous les cinq, il n’y a pas de ville qui ne compte pas de panneau à leur effigie, il n’y a pas de semaine sans qu’une nouvelle décoration ou hommage ne leur soit rendu. Le 24 février, date marquante de la lutte pour l’indépendance, on leur a décerné, en cérémonie solennelle, la plus haute distinction du pays (Héros de la République) après les avoir fait décorer par les syndicats, les organisations « de masses » ou professionnels, les villes, l’orchestre symphonique. On leur a même donné un prix de littérature pour la jeunesse !

le carrefour le plus commercial de Santa Clara (capitale de la province de Villa Clara) présente cette éclatante décoration idéologique

Mais tout ça a des airs de prêche dans le désert. La politique occupe chaque jour un peu moins l’esprit des gens. A Cuba, on ne pense plus seulement à survivre, mais aussi à entreprendre, à progresser. L’argent est le centre de toutes les pensées. Il est étonnant , surtout en province voir comment des gens manipuler de tas de billets (des pesos "monnaie national" o des pesos convertibles) en pleine rue.

des nouveaux riches se marient dans l'un des plus chers hotels-restaurants de la Vieille Havane... avec tout l'attirail: photographe et vidéaste compris 
le touriste averti a déjà constaté que les slogans touristiques de Cuba son majoritairement basés sur le nom du pays et la légende révolutionnaire, le Che Guevara en tête

Même dans la culture, mon domaine, j’ai remarqué des signes d’ouverture. Pour la première fois dans ma carrière, deux maisons d’édition cubaines m’ont publié au même temps, et c’est aussi la première fois que cela se passe en dehors de ma province d’origine et avec un nombre d’exemplaires supérieur à la moyenne. Aussi c’est la première fois que j’ai été interviewé par un médium national (la prestigieuse Habana Radio me consacra une belle émission d’une demi-heure). Même si mes livres cubains précédents m’ont été réglés sans problème, les démarches que j’ai dû entreprendre pour que ce soit les cas cette fois-ci est intéressante pour comprendre les singularités de la vie économique, et culturelle, à Cuba. Les maisons d’éditions cubaines ne possédant pas des fonds en monnaie convertible, elles ne peuvent que payer des droits en monnaie nationale… et sur place. C’est pourquoi l’on invite les auteurs étrangers et les Cubains non-résidents qui arrivent à se faire publier à Cuba (et on n’est pas nombreux dans ce cas) à céder leurs droits ou à accepter 50 exemplaires comme rétribution. Tout le monde semble croire que l’on ne peut pas toucher un chèque qu’en présentant la carte nationale d’identité. Les Cubains résidant à l’étranger ne possèdent que le passeport, mais celui-ci est accepté par les banques commerciales. Cela semble facile à comprendre et pourtant j’ai dû secouer pas mal de cocotiers avant de faire descendre le singe.
Par ailleurs, je me suis senti totalement libre lors de mes interventions publiques. Bien sûr, je n’ai parlé que de littérature, mais il y a quelques années le seul intitulé de la conférence que j’ai prononcé à Pinar del Rio, « L’émigration et l’exil dans la littérature pour la jeunesse » aurait soulevé des obstacles infranchissables. J’ai entendu plusieurs de mes collègues se permettre d’aborder des sujets autrefois tabou. C’était non seulement le cas d’une célébrité internationale tel que Leonardo Padura, dont les positions critiques sont bien connues à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, mais aussi par exemple dans un débat du livre de Jorge Fornet sur la triste époque du « quinquennat gris de la culture cubaine » (autour de 1971-1976) au siège de l’Association de jeunes écrivains et artistes à Santa Clara, où les mot censure et liberté d’expression ont été prononcés en toute franchise.

trois jours avant mon départ, j'ai été interviewé dans cette radio... qui est en fait installé dans l'un de plus beaux bâtiments de la Vieille Havane, la Lonja del Comercio


La Foire du livre est considérée avec justice comme le plus important événement culturel de Cuba. Tout d’abord par sa taille (tout le pays) et sa durée (de février à mai s’égrènent, l’une après l’autre, les foires de La Havane, les capitales des provinces, puis d’autres villes plus petites). La Foire du livre est aussi médiatisé que politisé. Chaque année on octroi le Prix National de Littérature à un auteur dont la carrière est en générale aussi longue que solide, mais on lui flanque un Prix National de Sciences Sociales : des historiens, des sociologues, des anthropologues parfois méritants mais dont la fonction est d’assurer le protagonisme de l’idéologie officielle. Même lorsque les média donnent la parole à un vrai écrivain, on ne retient de ce qu’il dit que l’éloge du socialisme et la critique du capitalisme. La foire est aussi un évènement très populaire… ceci pour des raisons en principe contradictoires : l’intérêt d’une masse de non-lecteurs en quête de livres utilitaires ou escapistes et la peur de vrais lecteurs de ne pas pouvoir se procurer un exemplaire des meilleurs livres. La production éditoriale cubaine est dominé par un nombre excessif d’ouvrages qui tournent autour du pot idéologique dont le tirage excède toujours la demande, tandis que les romans policiers, ceux qui abordent des sujets brûlants, les livres pour enfants, sur la religion ou la cuisine n’arrivent jamais à tous ceux qui les recherchent. Il faut savoir qu’à Cuba on ne trouve presque pas d’édition étrangère et que la FILH est l’occasion de se fournir en best-sellers et autres livres étrangers. En plus, toute la production nationale est concentrée dans les premiers mois de l’année. Ainsi, des milliers de personnes accourent au le site principal de la foire (la forteresse colonial La Cabaña) au Pavillion Cuba (plus accessible, près du célèbre boulevard côtier, le Malecon), aux centres culturels voire aux simples librairies dans l’espoir de ne pas rater leurs titres préférés au la rencontre avec un auteur vénéré.

la foule se déchaîne sur la pacotille proposée par des ignares revendeurs mexicains


La Foire internationale du livre de La Havane fait moins Salon du livre de Paris que Fête de l’Humanité et parfois même un peu Foire du Trône avec de nombreux étals de nourriture et d’objets divers, ses jeux pour enfants et même des poneys et autres attractions. Ce qui me déplaît le plus de La Cabaña ce sont les nombreux revendeurs de rebuts de l’édition (essentiellement mexicains), qui abreuvent une populace en manque de revues de cœur, développement personnel, livres pratiques, illustrés pour enfants, dictionnaires… aux prix cassés et à la valeur intellectuelle en miettes.

Ce qui me plaît le plus de la Foire du livre c’est qu’il y a tout de même des conférences, des présentations de livres, des expositions et autres débats qui ont un intérêt réel et qui trouvent malgré tout un public éclairé.




un employé de maintenance, profite d’un moment de répit pour lire un de ces ouvrages qu’il vient de décharger
Mais le seul problème de Cuba, en économie, en politique et aussi en matière de culture, n’est pas le manque d’argent, mais souvent d’organisation, d’imagination, d’audace, de réseaux. Par exemple, cette année le pays à l’honneur était l’Inde et il n’y avait presque rien en dehors des classiques Ramayana, Maharabata et autres Rabindranath Tagore ou des documentaires. Chaque année l’on réédite à Cuba quelque classique, tandis que restent inédits des tas d’ouvrages de grand intérêt. La difficulté à payer de droits d’auteur est la première, mais pas l’unique barrière.

ma première rencontre avec l’un de mes livres cubains de l’année s’est fait de façon un peu inattendue dans le hall d’expositions Pabellón Cuba.
Lors de mon arrivé à Cuba, la Foire du livre n’avait pas encore commencée et l’actualité littéraire était dominé par le Prix Casa de las Américas, le plus anciens et le plus réputé des prix que l’on décerne à Cuba. C’est aussi le seul à pouvoir bénéficier des écrivains étrangers (d’Amérique Latine, mais aussi de n’importe quel pays du monde s’ils présentent des essais à thématique latino-américaine). Autrefois le moment le plus brillant de la vie littéraire cubaine, le prix de la Casa de las Américas a beaucoup perdu de son éclat, mais il reste un référence au moins entre les Cubains et l’intellectualité de gauche (existe-t-il encore une telle chose ?). J’ai pu assister à une rencontre avec le jury de littérature pour la jeunesse dont je connaissais l’un des intégrants, l’auteure argentine Ema Wolf. J’ai eu encore la grande surprise d’être « démasque » par un autre membre du jury, le Cubain Rubén Dario Salazar, qui s’est dit heureux de voir dans la salle à « l’un de nos grands auteurs ». Je ne savais pas qu’il m’avait lu enfant et qu’il avait vu des photos récentes de moi sur Internet, mais encore moins qu’il me tenait en si grande estime. Je dois avouer que j’ai eu d’autres preuves de reconnaissance de la part de mes collègues dans l’île. Même si à Cuba les livres que j’ai publié à l’étranger (la plus grande partie de ma bibliographie) n’arrivent pas, plus de gens que je ne le pensais sont au courant de mon travail.




Quelques jours plus tard, j’ai pu assister à une rencontre autour de la vie et l’œuvre de Leonardo Padura à l’Union des écrivains. J’ai profité pour me faire dédicacer son dernier roman, Hérétiques, dont la publication à Cuba n’était pas encore sûre… tout comme la projection du film « Retour à Ithaque » dont il a écrit le scénario.

J’ai profité de mon premier séjour à La Havane pour participer de l’hommage rendu à mon collègue et ami Luis Cabrera Delgado, qui fêtait ses 70 ans, dans la plus belle librairie de La Havane ("Fayad Jamís", sur la rue Obispo, la meilleure voie pour rentrer dans la Vieille Havane) et pour assister à la très décevante cérémonie de proclamation des Prix Casa de las Américas (dont le lauréat en littérature pour la jeunesse était une jeune et talentueuse auteur de ma province d'origine, Mildre Hernández.


Mildre Hernández reçoit des applaudisements (et rien d’autre ce soir-là) lors de la proclamation du prix Casa de las Américas.

C’est seulement après que je suis finalement parti vers Santa Clara, au centre de l'île, entamant ainsi la deuxième partie de mon séjour à Cuba… qui allait encore s’étendre pendant plus d’un mois.
La voiture qui me conduit à Santa Clara n’était pas une belle américaine des années 50, mais une Peugeot 406… pas moins défraichie et mais certainement beaucoup moins charmante. D’ailleurs, comme le montre cette photo, le royaume absolu des belles américaines (avec son troisième état, les soviétiques) est fini depuis une dizaine d’années.



LA SUITE : « RESTEZ AVEC MOI A CUBA » (bientôt en ligne)


Autour de mes livres, de la lecture, l'écriture, l'illustration

Autour de mes livres, de la lecture, l'écriture, l'illustration
je rencontre des enfants Français, Cubains, Espagnols, Colombiens, Guyanais, Argentins, Brésiliens...

message d'accueil

Auteur pour la jeunesse je le suis depuis presque toujours, car avant de les écrire pour de bon, je me racontais moi-même des histoires, puis je les ai racontés a ma sœur, mon frère, mes amis... J’ai publié mon premier texte et mon premier dessin à 19 ans et en 1983, mon premier livre. Six ans après j'ai quitté Cuba. C'était quelques mois avant la chute du Mur de Berlin. Arrivé en France en septembre 1994, après avoir vécu deux ans au Brésil et trois au Danemark, je suis reparti pour quatre ans et demie en Argentine. Depuis 2004, mes racines s'enfoncent sur le sol parisien. J'y écris mes romans toujours en espagnol, mais les contes et histoires me viennent de plus en plus souvent en français. Mes thèmes sont liés à Cuba, mais pas seulement car j’ai une écriture et des sujets « universels ». Même si plusieurs de mes livres sont parus en français (en portugais et même en basque) avant d'être publiés en espagnol, je compte presque une trentaine de titres publiés à Cuba, en Espagne, en Argentine, au Mexique, en Colombie... contre sept seulement en français. Je suis un métis culturel accompli en ce qui concerne la langue, les références vitales, les formes littéraires, les repères culturels ou politiques. C’est aussi par métissage que j’illustre de temps en temps mes livres. Ayant pratiqué le journalisme littéraire et les animations très tôt, c’est naturellement que je trouve dans ces dernières formes d’activité et de rencontre de l’autre, le même plaisir créateur que dans la production de mes fictions.

un auteur multiculturelle dans la classe

un auteur multiculturelle dans la classe
version de l'article d'Anne Marie Latapie publié dans InterCDI in Intercdi n°226 n° spécial 2010

atelier d'écriture, l'opinion d'un enseignant


Le 18 décembre 2008, la classe de 6e 2 a accueilli Joel Franz Rosell, écrivain partenaire de Voyages en ville. L'auteur n'était pas exactement un inconnu, puisque les élèves avaient lu son roman Cuba, destination trésor. Ce roman d'aventure, qui raconte la passionnante découverte d'un double trésor à Cuba par une fillette espagnole, a plu à l'ensemble de la classe. Certains élèves ont d'ailleurs obtenu une excellente note au contrôle de lecture rendu le matin même.

Cette fois pourtant, c'est physiquement que M. Rosell s'est présenté devant eux, rejoint un peu plus tard par Mme Caveng, notre ex-documentaliste, qui a exercé toute sa carrière entourée par la littérature pour la jeunesse. Nous n'avions pas prévu une intervention extrêmement structurée ni précise, afin de permettre des échanges aussi spontanés que possible. Seuls trois axes étaient au programme : le métier d'écrivain et l'écriture romanesque, le roman Cuba, destination trésor, enfin des conseils et échanges autour des nouvelles que les élèves vont écrire (dans le cadre du projet Voyages en ville).

M. Rosell nous a d'abord évoqué avec précision et enthousiasme ses premières activités d'écriture vers l'âge de 11 ans, puis ses débuts d'écrivain et la réalité de ce métier. Son jeune public a pu se rendre compte que le métier d'écrivain ne se limite pas à l'écriture, mais comporte des aspects pratiques parfois compliqués, tels que la prise en compte des impératifs de l'édition... La classe a constaté qu'entre la plume de l'écrivain et les rayons des librairies, une œuvre traverse un parcours bien compliqué!

Les élèves ont pu avoir sous les yeux ses premiers essais romanesques, rédigés et illustrés sur un cahier d'écolier, en 1967. La lecture du texte en espagnol n'était guère accessible aux élèves, mais ils ont apprécié l'expressivité des illustrations colorées (de la main même de l’auteur alors un enfant).

Notre auteur a ensuite apporté des précisions sur les techniques d'écriture romanesque. Son public a pu comprendre que l'écriture d'un roman est un exercice de longue haleine, qui exige beaucoup de temps, de réflexion et de précision. Il a en effet expliqué que les faits essentiels d'un roman doivent y trouver leur justification, amorcée parfois bien avant leur conséquence sur l'intrigue. Il a expliqué que même lorsque les grandes lignes sont parfaitement établies et rédigées, il est fréquent de devoir modifier tel ou tel événement de façon à ce qu'il s'intègre plus naturellement dans l'intrigue. D'ailleurs, M. Rosell a exposé à son jeune public que la construction même de l'intrigue doit être minutieuse, comporter des rebondissements et des obstacles auxquels le lecteur puisse adhérer. Quant aux personnages, il leur a expliqué qu'ils doivent offrir un certain réalisme, et jouer un rôle qui s'articule précisément autour de peripeties de l'histoire, étant notamment aides ou opposants.

L'intérêt des explications de notre auteur est d'avoir pu les illustrés par son expérience confirmée et des exemples précis empruntés à son roman, que les élèves connaissent bien. Ainsi, les retouches et corrections apparaissent parfois tardivement dans la rédaction du roman, et permettent d'améliorer le naturel de l'intrigue, nous a-t-il expliqué.

M. Rosell a précisé aux élèves que les sources d'inspiration sont nombreuses et relativement variées. La découverte du trésor du roman rappelle une découverte qu'il a faite lui-même dans son enfance, tandis que des aspects du collège où se déroule une partie de l'intrigue reflètent celui qu'il a lui-même fréquenté adolescent. Notre écrivain a aussi souligné l'importance de la vraisemblance historique qui réclame une connaissance relativement précise des faits, exigeant que l'écrivain se documente. Il nous a bien expliqué comment l'écriture d'un roman est un processus riche et généralement imprévisible, qui peut progresser de manière variable au gré des recherches et trouvailles, et prendre parfois beaucoup de temps, quelque soit la longueur du texte.

Dans un troisième temps, M. Rosell a exposé avec beaucoup de clarté à la classe les éléments fondamentaux de la technique narrative. (en préparation du travail d'écriture dans le cadre du projet Voyages en ville).

Les élèves ont pu se rendre compte qu'un cadre global établi à l'avance est indispensable à la réussite de l'écriture et romanesque. On doit préalablement définir l'identité des personnages clés, le lieu, et le temps. À ce propos, il distingue l'époque à laquelle se déroulent les faits de la durée de l'intrigue. On réfléchit ensuite à un problème (ou complot) que vont rencontrer les personnages principaux. Cela rappellera bien sûr aux élèves l'élément perturbateur des contes, qui leur est familier.

Concernant les techniques narratives, M. Rosell a insisté sur les différents points de vue, c'est-à-dire qui est le narrateur (personnage ou extérieur), et a évoqué différents styles d'écriture : mystérieuse, humoristique, exprimant un fort sentiment. Pour illustrer son propos, il s'est livré à une amusante improvisation très concrète, témoignant d'un savoir-faire confirmé.

Dans les grandes lignes, l'écriture d'une nouvelle ou d'un roman doit comporter trois étapes : la présentation, le noyau, la fin, c'est-à-dire la chute, ou encore solution.

Notre écrivain a rappelé qu'il est bon de varier les types d'écriture, et d'alterner narration, description du dialogue.

Ainsi s'est terminée la séance, et j'ai bien l'impression, à voir l'attention des élèves et leurs réactions, qu'ils n'ont pas vu le temps passer. Encore une fois, nous pensons que les photos prises lors de cette intervention le montreront tout aussi bien que les mots !

Vincent Goguel

professeur de français

Collège Raoul Dufy. Le Havre


Rencontre avec Joël Franz Rosell, écrivain cubain

« Je n'écris pas pour me comprendre mais pour comprendre les autres »

Lors d'une signature dans une librairie parisienne il y a une dizaine d'années, j'ai rencontré avec une collègue professeur d'espagnol, l'écrivain cubain Joël Franz Rosell. Il se montre très soucieux de son public et du message qu'il fait passer et nous comprenons tout de suite l'intérêt que auraient nos élèves à rencontrer un tel écrivain.

Même s'il a gardé un accent chantant d'Amérique du Sud, il maîtrise parfaitement la langue française, au point de débattre à propos d'un mot employé par ses traducteurs!

Depuis 2001, Joël Franz Rosell rencontre les élèves avec des collègues de français et d'espagnol au CDI et ce de la 6ème au BTS..

Qui est Joël Franz Rosell?

Né en 1954 à Cuba, licencié en Langue et Littérature Hispaniques en 1979, il travaille d'abord comme animateur littéraire pour le Ministère de la Culture de Cuba et aussi comme enseignant, bibliothécaire et auteur de programmes pour la radio cubaine.

Après avoir beaucoup voyagé et résidé au Brésil, au Danemark, en Argentine, il s'installe à Paris et travaille comme journaliste à Radio France International et professeur à l'Université de Marne la Vallée. Depuis 2004 il se consacre entièrement à son travail d'écrivain, illustrateur et animateur littéraire.

Auteur aujourd'hui d'une vingtaine d'ouvrages pour la jeunesse, dont six ont été publiés en français, il a également illustré quatre livres et fait connaître plus d'une centaine d'articles et essais, la plus part sur le livre pour la jeunesse et les échanges culturels.



Rencontre avec les élèves

De la 6ème au BTS, il rencontre régulièrement ses lecteurs en classe de français ou d'espagnol. La préparation de la rencontre s'organise entre documentalistes et professeurs de la discipline avec une présentation de ses différents livres, un travail à partir d'un thème (qu'est ce qu'écrire? Cuba, hier et aujourd'hui? Esclavage et métissage... Quelle place pour la réalité et l'imaginaire dans l'oeuvre littéraire?...). Après avoir lu un ou plusieurs de ses ouvrages, les élèves sont tous surpris qu'un auteur soit « vivant et ne figure pas dans le dictionnaire » (en fait Joel Franz Rosell figure dans plusieurs dictionnaires d'auteurs espagnols et latino-américains mais ça ses jeunes lecteurs français ne le savent pas!).


Les questions sont variées:

- Pourquoi écrivez vous et depuis quand ?

« J'écris depuis presque toujours. D'abord dans ma tête, parce au Cuba du début des années 60 rares étaient les livres pour la jeunesse et je imaginais les livres que je ne pouvais pas trouver. Plus tard, j'ai écrit en dessinant: je rendais plus amusant le cahier de Math grâce aux aventures de « Super Poitrine », un super-héros calqué sur Superman qui avait par archi ennemi un... professeur de mathématique en style savant fou. J'ai commencé à écrire pour de bon à 12 ans: des petits romans qui ressemblaient aux histoires que j'avais découvert dans la bibliothèque municipale: Tintin, Club de cinq, Fifi Brin d'acier... »

Un jour il se fait voler en classe de sport un livre de Jules Verne qu'il avait emprunté et il n'ose pas l'avouer aux bibliothécaires. A cette époque, il écrit plus qu'il ne lit car il a un public... peu nombreux mais exigeant: un frère, une sœur et des amis qui lui demandent des nouvelles des héros qu'il a créé: des aventuriers cubains, français ou ressortissants des « pays frères » la Roumanie communiste, l'Allemagne de l'Est... A travers ces petits romans maladroits Joel Franz Rosell parcourt le monde... et plus si affinité: en effet, à l'instar de son modèle Tintin, il expédie l'un de ses héros à l'espace. La Lune est déjà prise? Qu'à cela ne tienne: il envoie son Trentin, son chien Siré, son capitaine Bischop et son professeur fantasque à la planète Mars!

A 19 ans, Rosell rejoint l'atelier littéraire de l'Université Central et se résout à devenir un vrai écrivain. Il détruit les 54 romans de ses débuts (ne préservant que quelques manuscrits qui enchantent les enfants et adultes qui le rencontrent dans écoles et autre salons du livre). Il décide de n'écrire que ce qu'il connaît bien et s'acharne a peaufiner son style. Mais il n'abandonne pour autant le jeune publique... Pour ne pas perdre totalement l'enfance?

« Comme tout écrivain, j'écris d'abord pour moi-même: pour lire tout ce que je ne pourrai jamais vivre, pour aller là où je ne pourrai jamais me rendre, pour connaître des gens que je ne rencontrerai jamais... J'avais 4 ans lorsque mes parents ont décidé de réinstaller la famille dans une autre ville. Pendant le déménagement mon frère et moi avons perdu la collection de comics que nous commencions à peine à déchiffrer. Les comics américains étant interdits par le nouveau régime communiste, la perte était irrémédiable. Je crois que c'est alors que j'ai décidé de devenir écrivain: pour que plus jamais on puisse me priver d'histoires!».

- Pourquoi écrivez vous sur Cuba?

« A Cuba, dans les années 70, le régime communiste voulait que les écrivains se mettent au service de la Révolution. On devait refléter le monde de l'ouvrier, prêcher le nouveau modèle socioéconomique. Mais je n'arrivait même pas à refléter le monde des enfants cubains! Je commençait le récit réaliste que l'on attendait de moi... et ça ne tardait pas à devenir une histoire de mystère, de magie ou d'aventure.

En fait, tant que j'y ai vécu, je n'ai jamais réussi à écrire sur Cuba. Le primer livre que j'ai publié était un polar qui s'insérait dans des faits d'actualité, mais mon histoire se déroulait dans une ville qui n'existe pas à Cuba. J'ai gommé tout ce qui me déplaisait dans la réalité cubaine de l'époque et les critiques m'ont reproché mon manque de vraisemblance. Dans mon deuxième livre il était question du temps avant les hommes et à peine quelques animaux et plantes évoquaient vaguement le cadre cubain... Par contre, dès que j'ai quitté Cuba, j'ai eu le besoin de faire venir à moi le terroir perdu.»

C'est en arrivant au Brésil que Joel Franz Rosell écrit Cuba, destination trésor, un roman qu'il va retravailler pendant dix ans, cherchant à fixer la changeante réalité du Cuba d'après la chute du Mur. Le roman, publié en langue française en 2000 (deux ans avant la première édition en espagnol), réussi à rendre accessible aux enfants d'autres pays les singularités politiques, sociales et économiques de cette île hors norme. L'année suivante il fait paraître Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. Ce titre drolatique cache un portrait amusé de la capitale cubaine, même si ce n'est pas le but du livre.

« Ce n'est pas que la réalité ne m'intéresse pas, mais je crois pouvoir mieux saisir la vérité profonde des choses avec une distance « technique »: le fantastique, l'aventure, la parodie. »



C'est pourquoi des nombreux livres de Joel Franz Rosell n'ont pas Cuba pour cadre. C'est le cas du premier à être traduit en France (Les aventuriers du cerf-volant se déroule dans un monde imaginaire dont les souverains, pourtant, font penser à un certain Fidel Castro...). C'est plus vrai encore pour son album L'Oiseau-lire, une très belle fable sur la lecture, sur le besoin de tout auteur de rencontrer ses lecteurs, sur la lutte de chacun, les livres aussi, d'accomplir leur rêve.

Ce genre, le conte philosophique, abonde dans des ouvrages pas encore traduits comme Pájaros en la cabeza ou Los cuentos del mago y el mago del cuento, qui font les délices des élèves d'espagnol. Ces textes se prêtent très bien pour les étudiants de langue étrangère car il sont brefs et possèdent la simplicité de contes pour enfants... avec un fond bien sérieux, qui fait réfléchir aussi bien le jeune que l'adulte.



- Écrivez-vous sur les pays que vous visitez?

« Comme je disais auparavant, je crains ne pas voir l'essentiel de la réalité. C'est peut-être la faute de mon imagination qui envahie tout... Pourtant, je suis très ouverts aux autres cultures, à l'Histoire, aux problèmes des pays que je visite... et encore plus lorsque j'y reste un peu.

J'ai vécu longtemps en France et pas mal au Danemark, en Argentine, en Espagne. Ces pays ont nourri ma sensibilité, mon expérience vitale, ma culture. Comment pourraient-ils être absents du fond et de la forme de mes écrits?

Je donnerai un exemple assez claire: la première version de La chanson du château de sable je l'ai écrit en 1988, peu avant quitter Cuba. Je l'ai publié au Brésil et Espagne sans y changer grande chose. Mais pour la version 2007, j'ai procédé à une modification très importante: pas au niveau du texte, qui n'a connu que les changement qui découlaient de la langue française, puisque je l'ai traduit moi-même. C'est par les illustrations que j'ai donné une nouvelle signification au récit: J'ai dessiné une plage tropicale et mes héros sont devenus un homme noir et son fils métis (la mère n'apparaît pas dans l'histoire, mais elle y est représentée par la princesse Coquillage, qui a des traits européens). Je cherchais de cette façon à m'approcher des enfants de la Caraïbe que j'allais avoir comme premiers lecteurs (le livre a été édité en Guyane par le plus grand éditeur de la région). Au même temps, je retrouvais ainsi les qui m'entouraient dans la plage de Santiago de Cuba (la région la plus métissée de mon pays) où j'ai imaginé l'histoire en 1983.

Au même temps, c'est mon expérience française et même celle de mon quartier multi-ethnique du nord de Paris ce que m'a fait remarquer que la plus part des albums français ayant pour héros des enfants « de couleur » tendent à abordent des sujets « spécifiques »: la question raciale, la nature exotique, la pauvreté, la famille nombreuse, le village et son conteur attitré... Dans ces albums on trouve rarement des sujets qui sont communes aux enfants de toute la planète: être jaloux d'un petit frère ou pas gentil avec sa petite sœur, avoir peur de l'obscurité, faire pipi au lit... La chanson du château de sable ne raconte rien qui ressemble à tout cela: j'y parle d'un enfant qui ne comprend pas pourquoi ses châteaux de sable ne restent pas sur la plage et de ce que son père que lui répond.

Et je ne me suis point inspiré de fable, légende ou conte de tradition orale quelconque! J'ai tout simplement voulu ouvrir mes lecteurs du Nord à une autre vision des enfants du Sud, et inviter mes lecteurs du Sud à avoir une autre vision d'eux mêmes.



-Faites vous un brouillon? Écrivez-vous sur l'ordinateur? Combien de temps met-on à écrire un livre? Gagne-t-on beaucoup d'argent?



« Chaque écrivain à sa façon personnelle de travailler et même chaque livre exige une façon spécifique d'être écrit. Je ne fais de brouillons que pour les illustrations (que je fais à la main: crayon suivi de feutre fin pour les lignes, puis gouache ou acrylique pour la couleur). Par contre, je corrige ENORMEMENT mes textes. Je corrige même les livres déjà publiés, que je relis de temps en temps. Ce n'est pas que j'aime particulièrement me relire et encore moins que j'aie du temps à perdre; cela sert à éviter de commettre les mêmes erreurs dans des livres à venir, à améliorer le livre au cas où (c'est très rare) son éditeur en voudrait introduire ces améliorations dans une deuxième édition. Ça m'a d'ailleurs servi pour des nouvelles versions dans la même langue ou pour préparer des traductions. Je prends aussi plein de notes: ma tête travaille tout le temps et pendant très longtemps (parfois dix ans, comme pour Cuba, destination trésor, ou dix-huit ans comme pour La légende de taïta Osongo ou L'Oiseau-lire!). Je fais mûrir les projets les plus variés dans ma tête: des contes, des romans réalistes ou fantastiques, des articles, des bandes dessinées...

J'ai commencé à écrire au crayon sur des cahier scolaires, puis je suis passé au stylo-bille (plus rapide). Lorsque j'ai commencé à vouloir publier mon travail, je recopiais mes manuscrits, une fois finis, à la machine. Jusqu'en 1988 j'ai utilisé des machines mécaniques d'époques et qualité diverses (la première était une Underwood aussi imposante qu'un petit piano!). Puis j'ai eu des belles machines électroniques et, enfin, mon premier ordinateur. Le premier livre que j'ai entièrement écrit à l'ordinateur c'est Les aventuriers du cerf-volant. C'est pourquoi ce livre marque, en 1993, le début d'une nouvelle étape de ma carrière littéraire: avec l'ordinateur, mes doigts écrivaient enfin presque aussi vite que ma tête et cela m'a donné la liberté créatrice dont j'avais tellement rêvé. »

Mais il y a eu autre chose, et cela a beaucoup à voir avec l'ouverture culturelle: Joel Franz Rosell habitait alors au Danemark et raconte qu'il essayait d'apprendre le danois au même temps qu'il se servait de l'anglais dans la vie quotidienne. En plus, lui et son épouse venaient de prendre la décision d'abandonner le portugais, qu'ils utilisaient depuis leur rencontre trois ans plus tôt, mais que n'était ni la langue de l'un ni de l'autre, pour le français.

« Dans ce melting-pot linguistique, l'espagnol n'était presque que ma langue d'écriture et j'ai commencé à la regarder comme quelque chose d'extérieur et pourtant propre. Le fait de vivre entouré d'autres cultures et plongé dans d'autres langues m'a permit de me réapproprier ma langue maternelle: j'ai appris à connaître sa véritable mécanique, à jouer avec elle, à la réinventer.

Cela a révolutionné son mode d'écriture, sans pour autant rendre celui-ci plus « rentable »...

« Un écrivant n'est jamais payé pour le travaille qu'il fait, mais reçoit à peine un tout petit pourcentage de l'exploitation commerciale qui fait du produit de son travail cette indispensable intermédiaire culturel-marchand qu'est l'éditeur. Je veux dire par là que, par exemple, le salaire d'un conducteur de bus est calculé sur le service qu'il rend pendant chaque heure au volant, tandis que l'écrivant, lui, n'a pas de salaire et peu importe le temps inverti dans la fabrication de son ouvrage ou la qualité finale de celui-ci. Il travaille sans avoir la moindre idée du résultat et du temps à la tâche et seulement une fois achevée celle-la, il doit trouver l'éditeur qui multipliera le manuscrit dans un certain nombre d'exemplaires et lui donnera, seulement bien de mois après les avoir vendu (s'il en vend) 4, 6 ou très exceptionnellement 10% du prix de vente. Bref, comme il y a des dizaines de milliers de nouveaux titres et des millions d'exemplaires chaque année, et comme les lecteurs ont maintenant beaucoup d'autres moyens de s'instruire et divertir (avec plein de ravissants petits appareils électroniques), rares sont les écrivains qui gagnent beaucoup d'argent. Un écrivain que vous n'aurez jamais vu à la télé, est certainement un écrivain qui gagne peu d'argent. Et des écrivains à la télé, vous en avez vu souvent, vous?

-Alors... pourquoi écrivez-vous (et oui, à ce moment de la rencontre, les élèves reposent cette question)...?

« Je n'écris pas pour en vivre, je vis pour écrire. Je ne veux pas dire que si je n'écrivais pas je n'aurais aucune raison de vivre (cela sonne trop solennel et ce n'est pas très original), mais j'avoue ne pas pouvoir imaginer ma vie sans la littérature.

Écrire me permets comprendre le monde et c'est aussi ma façon d'agir. Je ne prétends pas changer le monde avec mes livres... Mais les lecteurs changent pendant qu'ils lisent, et c'est tellement merveilleux d'être quelqu'un d'autre, de n'être pendant un certain temps soi-même...! Ne vaut-t-il pas cela quelques sacrifices, y compris celui de ne pas être très riche?

Écrire c'est comme lire, mais en mieux (je ne sais pas qui a prononcé cette phrase magnifique).

Je n'écris pas pour me comprendre, mais pour comprendre les autres... en prenant un peu leur place lorsque j'écris leur histoire, par exemple. Mais il m'est aussi arrivé de mieux me connaître grâce à l'écriture d'un livre...

On savait bien que Joel Franz Rosell ne manquerait pas d'évoquer La légende de Taïta Osongo. C'est son meilleure livre. Pas seulement parce qu'il est superbement écrit, mais parce qu'il lui a permit de plonger dans ses origines afro-cubaines, que sont aussi ceux du peuple cubain.

« J'allais avoir 29 ans et j'étais encore un gamin. Parce que je ne savais pas qui j'étais, parce que je ne connaissais pas ma famille et parce que j'ignorais l'essence profonde de mon pays. Je venais de me marier et ma première femme habitais à Santiago de Cuba. A différence de la moitié ouest de mon île, la partie que seule je connaissais, à l'Ouest les noirs et les métis sont majoritaires et l'on comprend que Cuba appartient au même monde que Haïti, la Guadeloupe ou la Martinique. Cette réalité m'a inspiré l'histoire d'un amour impossible entre une fille blanche, riche et un garçon noire, esclave. J'écrivais, sans me rendre compte, une histoire très proche de celle de ma grande-mère: une métisse que n'a pas épousé le père de ses enfants. En écrivant La légende de Taïta Osongo j'ai déterré l'histoire de ma famille, mais j'ai aussi j'ai assumé que moi-même je suis un « sang-mêlé » et j'ai résumé l'histoire de Cuba: un pays qui se voit blanc et qui n'a pas entièrement libéré la partie noire de son être.

J'ai écris cette histoire en 1983 et j'ai même eu un prix qu'aurait dû me permettre sa publication immédiate. Mais je n'étais pas satisfait du résultat: j'avais puisé dans le passé de ma famille, de mon pays et dans mes propres contradictions, j'avais utilisé des éléments de la plus vieille culture cubaine, de la littérature contemporaine et même la structure d'un très vieux conte russe! L'amalgame n'était pas parfaite, et plus je me rendais compte de l'importance du sujet, plus je me disait qu'il devait revêtir une forme littéraire soignée.

J'ai mis 18 ans à trouver cette forme et c'est alors seulement que j'ai publié le livre. C'était en Guyane, en 2004. Une première édition en espagnol a vu la lumière au Mexique en 2006, mais ce n'est que l'année prochain que mes compatriotes auront le droit à leur propre édition.

Quand je dis que Cuba a du mal à se reconnaître métisse et héritière d'une société esclavagiste... »



Les objectifs pédagogiques :

- lire d'une ou plusieurs œuvres intégrales

- favoriser les échanges d'idées et s'écouter

- argumenter pour mieux se comprendre

- motiver les élèves, susciter le goût de lire et écrire

- familiariser l'élève avec l'univers de l'écrivain (son œuvre, sa culture d'origine, les temps et lieux de sa vie: Cuba, années 60, 70, 80; Brésil, Danemark années 90, la Caraïbe au temps de l'esclavage; Cuba après la chute du Mur: de 1993 à nos jours).

- réaliser qu'une œuvre est le fruit d'une réflexion, d'une ouverture au monde, d'une sensibilité, d'un travaille d'écriture intense, prolongé et autocritique, ainsi que des nombreuses lectures.

Projets de l'écrivain avec les enseignants-documentaliste et professeurs de discipline

Nous retravaillons avec lui ses interventions auprès des élèves et en nous fondant sur des projets qu'il avait déjà développé avec plusieurs établissements (y compris à l'étranger), et sur des formations qu'il a menée en 2009 et en 2010 avec des enseignants de langues à l'IUFM de Rouen.

Mise en place d'ateliers d'écriture en classe d'espagnol

Joël Franz Rosell proposa pour la première fois des ateliers d'écriture au lycée français de Buenos-Aires en Argentine, en 2001. Cette expérience permit à des élèves de CM2 et de 6ème bilingues (Français/Espagnol) d'écrire dans la langue qu'ils apprenaient et d'être initiés, grâce au travail proposé par l'écrivain, au travail d'écriture : choix de l'histoire, des personnages, construction des la narration et les dialogues. Il a mené des expériences semblables, en espagnol ou en français aux lycées français de Munich, Bilbao et Danemark.

Inscrits dans un projet de 4 séances, ces ateliers effectués en collaboration avec l'enseignant documentaliste et l'enseignant de discipline suscitent l'investissement des élèves et contribuent à diversifier les pratiques pédagogiques.

Utilisation de livres pour la jeunesse dans l'apprentissage d'une langue étrangère

Afin de compléter l'étude de textes et extraits d'œuvres proposés dans les manuels scolaires, Joël Franz Rosell nous propose de faire aussi travailler les élèves un peu plus longue et profondement sur des œuvres complètes courtes et adaptées au niveau de la classe. La littérature jeunesse permet d'exploiter des livres « qui n'ont pas d'âge » avec des activités variées et créatives pour des élèves qui peuvent réemployer les structures usuelles de l'œuvre, « écrire à la manière de... », compléter ou modifier des textes, travailler les champs linguistiques...



Avec ce travail complet sur l'étude d'une œuvre intégrale, proposée deux à trois fois dans l'année, l'élève accède au plaisir de lire un ouvrage littéraire entier, et se voit stimulé du fait de vérifier qu'il est capable de la faire dans la langue qu'il est en train d'apprendre; il exerce des compétences critiques par rapport à la littérature pour la jeunesse, et les thèmes abordés dans leurs lectures suscitent chez les élèves une curiosité, une envie d'aller plus loin grâce à des débats qui peuvent se développer en interaction avec des enseignants de plusieurs disciplines.

Contacts :

Joël Franz Rosell adhèrent à la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse :

www.la-charte.fr/

Un projet peut être monté avec la Maison des écrivains, de laquelle Rosell est également adhérent :

http://www.m-e-l.fe/

Vous pouvez aussi le joindre directement :

1 rue de l'Encheval

75019 PARIS

06 62 47 18 60

ajfrosell@yahoo.fr

bibliographie sélective:



- L'Oiseau-lire. - Belin. Paris, novembre 2009

-La Légende de Taïta Osongo - Ibis Rouge. Cayenne, 2004

-Cuba destination trésor - Hachette jeunesse. Paris, 2003

- Les Aventuriers du cerf-volant. - Hachette jeunesse. Paris, 1998

- Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. - Hachette jeunesse. Paris, 2001

- Los cuentos del mago y el mago del cuento. - Ediciones de la Torre. Madrid, 1995

- Vuela, Ertico, Vuela, Ediciones SM. Madrid, 1997



Pour les plus jeunes:

- La Chanson du château de sable. - Ibis Rouge. Cayenne, 2007

- El pájaro libro. - Ediciones SM. Madrid, 2002

- Javi y los leones. - Edelvives. Zaragoza, 2003

-Pájaros en la cabeza. -Kalandraka. Pontevedra, 2004

-Don Agapito el apenado. -Kalandraka. Pontevedra, 2008



Pour les adultes :

- La Literatura infantil. Un oficio de centauros y sirenas. - Lugar Editorial, Buenos Aires, 2001

Les histoires écrites par Joël Franz Rosell se situent souvent entre la fable et la légende. Il mélange le réel et le fantastique, utilisant des jeux de mots, l'ironie, le langage poétique qui permet au lecteur de lire entre les lignes. Il « dit des choses qui vont plus loin que ce qu'il paraît »... Certains de ses livres sont plus réalistes et permettent connaître la réalité cubaine contemporaine, l'époque de l'esclavage dans la Caraïbe; abordant des problématiques diverses telles que la rencontre avec la différence, le racisme, l'écologie, la solitude, l'autoritarisme...

La rencontre avec l'auteur permet une véritable ouverture culturelle : « La littérature jeunesse doit être le reflet du monde dans lequel vit le jeune...et en même temps lui donner la possibilité de connaître d'autres mondes »

Originaire d'une culture d'Amérique Latine et grand connaisseur de l'ensemble de l'Amérique Latine, Joël Franz Rosell a aussi longuement vécu en Europe (France, Danemark, Espagne, Allemagne), il est aussi un spécialiste reconnu de la littérature pour la jeunesse en langue espagnole. Il nous permet d'en être les passeurs et médiateurs en nous appuyant sur ses livres.

Anne-Marie Latapie

Isabelle Devatine

professeures-documentaliste

Groupe scolaire Saint-Charles

Athis-Mons (91)




dessin de l'auteur

Nous avons tous une part d'ombre

Nous avons tous une part d'ombre

incompris!

incompris!