LE SITE DE JOEL FRANZ ROSELL, auteur et illustrateur cubain




LE SITE DE JOEL FRANZ ROSELL, AUTEUR ET ILLUSTRATEUR CUBAIN


Plus qu'un véritable blog, ceci est un site personnel autour du livre pour la jeunesse à Cuba, en France et ailleurs (là où j'habite, lá où je me trouve, là où sont mes livres et mes lecteurs). Tenu dans l'urgence par un Cubain qui n'a pas appris le français très tôt ni à l'école, il peut se trouver ici et là des maladresses de style voire plus si fatalité... Soyez indulgents et signalez-moi l'erreur: ils sera exterminé sur-le-champ.

Le ministère d'éducation d'Argentine offre 17 000 exemplaires de "La légende de Taita Osongo"




 Le Ministère d’Education de l’Argentine vient d’offrir 16 892 exemplaires de mon roman La légende de Taïta Osongo aux écoles publiques de la nation. Il s’agit d’une édition spéciale de Fondo de Cultura Económica, la plus grande maison d’édition de l’Amérique Latine, qui depuis 2006 assure la diffusion de l’ouvrage en langue espagnole avec les illustrations de mon compatriote Ajubel (lauréat, entre d’autres nombreux prix, du prestigieux Bolonia Ragazzi Award). 

La légende de Taïta Osongo est un roman pour adolescents sur de l’esclavage, la traite et le racisme. Ce n’est pas un récit historique aux intentions pédagogiques plus ou moins dissimulées, mais un vrai roman où la magie, l’amour et l’aventure sont portés par une écriture poétique. Cela ne veut pas dire que j’ignore ou que je m’écarte de la réalité historique ni du traitement rigoureux qui mérite la question de l’esclavage. D’une façon plus ou moins consciente, mon but était de récréer le difficile processus de métissage dans lequel se forgea non seulement le peuple cubain, mais encore, très concrètement, ma propre famille. Par son fond, mais peut-être aussi par sa forme, il s’agit de mon roman le plus ambitieux.


En 2005, je rencontre mes lecteurs à Maripasoula,
centre administrative l'Amazonie guyanaise.
La plupart de ces jeunes descendent des marrons
qui ont fuit autrefois les plantations esclavagistes françaises
 dans la région.


La légende… raconte l’affrontement entre Taïta Osongo, roi-sorcier d’un pays imaginaire d’Afrique, et le rusé négrier Severo Blanco, qui réussit à réduire en esclavage le premier ainsi que de nombreux hommes et femmes de son peuple. Devenu un planteur tout-puissant, Severo Blanco verra son monde s’écrouler lorsque sa fille de 15 ans et le petit-fils de Taïta Osongo tombent amoureux et décident fuir dans la forêt avec l’aide de celui qui est devenu un vieux marron isolé... mais pas vaincu. Evidemment mon histoire ne finit dans un pas de happy-end, mais la défaite de l’esclavagiste n’est pas moins déffinitive.

Mon roman puisse dans la tradition, mais pas là où l’on l’attendrait: les cultures afro-américaines. Je m’inspire surtout dans la littérature cubaine (Nicolas Guillén, Onelio Jorge Cardoso) et universelle (recyclant la structure d’un vieux conte russe).

La première version de La légende de Taïta Osongo a été récompensée par un prix donnant droit à publication, mais je savais mon manuscrit imparfait. J’ai tardé 18 ans à en découvrir la cause: le personnage de Severo Blanco manquait de passé et donc de véritable existence. Puis, il me suffit d’ajouter quelques détails au début de l’histoire et j’ai pu la présenter à mon éditeur de l’époque, Hachette. Celui-ci ayant trop tardé à me répondre, j’ai cédé les droits pour la langue française à Ibis Rouge, séduit par l’idée de publier un roman sur l’esclavage dans un territoire de la Caraïbe victime autrefois de l’innommable crime.

 

Deux ans plus tard, La légende de Taïta Osongo était publié en espagnol : d’abord au Mexique (par Fondo de Cultura Económica, le plus grand éditeur de l’Amérique Latine) puis à Cuba et, entretemps, traduit au Brésil.  En 2009, le réputé Centre de recherche et promotion du livre pour la jeunesse Banco del Libro (Venezuela) l’a choisi comme l’un des meilleurs romans pour adolescents publiés dans la période.

L’adoption de l’ouvrage par le ministère d’éducation d’un pays qui n’a pas été profondément marqué par l’esclavage des noirs, est la confirmation de son autonomie narrative. Il n’y a pas de sujet plus universel que la révolte contre l’injustice, qu’elle soit d’origine économique, politique, religieux, ethnique ou autre.
Les 3000 exemplaires édités par Ibis Rouge ont tardé 9 ans à être épuisés. La faute aux insurmontables difficultés qui ont les éditions de l’Outremer dans marché du livre hexagonale. Aujourd’hui pratiquement épuisé, j’espère disposer d’assez d’arguments pour mettre mon roman, cette fois-ci, entre les mains du large public qu’il semble mériter.


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Notes critiques, témoignages et extraits de l'ouvrage dans la page  La légende de Taita Osongo incluse dans ce même blog:
 
Voir également :
 
 
 

un conte pour l'été, tout frais et gratuit


 

Le père de Rose était marin. C’était le marin du Pays Royaume Village.
Le lundi, le mercredi et le vendredi soir, il partait à la pêche. C’est pourquoi le mardi, le jeudi et le samedi, sur le tout petit marché de la toute petite place du village, on pouvait entendre sa femme s’égosiller :
« Pour qui ces sardines fines ? Ces poulpes pourpres et pulpeux ? Tout frais, tout prêt. Oh ! le beau, le gros tourteau ! »
Les autres jours, ceux qui avaient envie de poisson devaient se contenter de petits poissons multicolores de leur aquarium. Ou alors, ils n’avaient qu’à ouvrir une boîte de poisson-chat en chocolat, un flacon de poissons-papillons ou tout bêtement croquer un poisson-cheminée fumé.
Le mardi et le jeudi, le père de Rose faisait du commerce. Il rapportait au Pays Royaume Village toutes sortes de choses que l’on ne trouvait pas sur le minuscule territoire : carpes de cirque, étoiles filantes, poissons d’avril, neige déshydratée emballée sous vide à Singapour et quantité d’autres marchandises tout aussi utiles que la mère de Rose vendait ensuite au marché.
Le samedi, le marin décorait son bateau avec des guirlandes et des lampions, et organisait des excursions. Sa femme encaissait les entrées : un demi-sou pour aller aux îles Sous-le-Vent, qui étaient en fait quatre récifs couverts d’algues, et un autre demi-sou pour se rendre aux îles Au-Vent, qui n’étaient en fait autre chose que quatre récifs entourés de bancs de corail. Pour éviter de couper leurs pièces en deux, les gens faisaient la visite complète. Sauf l’avare du village, qui préférait s’ennuyer assis sur l’un des récifs pendant que les autres continuaient la visite.
Une seule fois dans sa vie, le père de Rose était parti comme marin de guerre, mais il avait si peu apprécié que, par respect pour lui, je n’en dirai rien.
Le dimanche, le marin se reposait et son bateau prenait le soleil. Sa femme se prélassait aussi et la place du minuscule marché (la seule dans tout le Pays Royaume Village) était envahie par les promeneurs endimanchés.
C’est lors d’un de ces dimanches paisibles que la future mère de Rose sentit dans son ventre le premier petit coup de pied de la future Rose.
« Hé, monsieur mon mari ! s’écria-t-elle. Je t’annonce que notre fille naîtra dans sept mois, huit semaines, neuf jours, dix heures, onze minutes et douze secondes. »

Le père de Rose bondit de joie, si haut qu’il passa par la fenêtre et retomba dans la piscine du palais royale. Comme la piscine était très petite, l’eau déborda, mouillant au passage la reine qui étrennait une nouvelle robe.


On ne mit pas le père de Rose en prison pour autant parce qu’il était le seul marin et que Sa Majesté détestait le poisson-chat en chocolat, le bouillon de poisson papillon et le poisson-cheminée sous toutes ses formes. Mais la reine fit un tel scandale qu’il fallut lui promettre que la fillette porterait son nom.

 
 
 
« Allons bon, se dit la future mère, Rose est un joli nom. »

Dans le Pays Royaume Village, quatre-vingt-six pour cent des petites filles se prénommaient Rose (c’est-à-dire une pour chaque colère de la reine), mais il n’y avait pas de confusion car la coutume voulait qu’on donne un surnom à chaque nouveau-né.
Le surnom ne pouvait être choisi à tort et à travers (il y avait déjà une Marie Tordue et une Sophie de Travers). L’affaire était très sérieuse et les parrains s’en occupaient.
C’était d’ailleurs le gros problème du père de la petite Rose de notre histoire. Lequel de ses compères aurait l’honneur et le privilège de donner un surnom à sa fille ?
Tu auras sans doute remarqué, cher lecteur, un détail que je n’ai pas encore mentionné : comment le Pays Royaume Village, qui était si petit, pouvait-t-il avoir une mer ?
C’est compliqué. Faisons un peu d’histoire.
Autrefois, le Pays Royaume Village s’appelait Pays Royaume. Il était grand, plus grand qu’une crotte de mouche sur la carte du monde (au moins grand comme deux crottes de mouche).
A cette heureuse époque, le Pays Royaume s’étendait jusqu’à la mer. Mais après la Guerre Héroïque et Historique d’Extension de la Souveraineté de la Patrie menée sous le règne de Tibout VII l’Incomplet, le pays voisin s’était emparé de toute la partie côtière du territoire, ne laissant que les huit récifs dont je t’ai parlé et l’accès à la mer par le fleuve Petitpeu (celui-là même que le père de Rose empruntait avec son petit bateau du lundi au samedi).
Le fleuve Petitpeu n’était vraiment pas bien gros : sans l’aide de compère Vent du Nord qui soufflait sur la voile le matin et de compère Vent du Sud qui la gonflait le soir, le marin n’aurait jamais pu atteindre la mer sans se rames (elles auraient frotté contre les berges) ni sa godille (elle aurait heurté le fond). Et dans un cas comme dans l’autre, cela aurait provoqué un nouveau conflit avec l’Archi-Maxi-Méga-Empire, propriétaire des berges et du fond du fleuve…
Le père de Rose était donc très reconnaissant à ses compères et ne pouvait se passer d’eux pour compléter le nom de sa fille.
« Tu te noies toujours dans un verre d’eau, lui reprocha sa femme, dont le ventre s’arrondissait à vue d’œil. Nous n’aurons qu’à lui donner les noms des deux vents.
─Mais ils sont plus que deux ! protesta le mari marin. Comment pourrais-je oublier le Vent d’Est, qui me pousse vers le large quand je vais à la pêche au thon, ou le Vent d’Ouest, qui me ramène quand la cale est pleine ? Et le Vent du Nord-Est, hein ? Sans lui, je ne pourrais pas récupérer la marchandise au Cap-des-Affaires. Et il me serait impossible d’acheminer les produits du royaume jusqu’à Port-au-Prix sans le secours de mon compère Vent du Sud-Ouest. Et je ne te parle même pas du Vent du Sud-Sud-Est, qui une fois…
─Assez, assez, cria la future mère qui venait de sentir dans son ventre un petit coup de pied impatient. Nous l’appellerons Rose des Vents et tout le monde sera content ! »
C’est ainsi que le bébé fut prénommé Rose des Vents. Tous les parrains assistèrent au baptême. Ils mangèrent des gâteaux et firent des farces, burent du punch et chantèrent de vieilles chansons. Mais comme l’alcool leur était monté à la tête (qu’ils avaient légère), les vents se mirent à danser et provoquèrent une telle bourrasque que le Pays Royaume Village faillit disparaître de la carte.

Extrait de  Les aventuriers du cerf-volant. Publié (puis sottement sorti de catalogue) par Hachette. Paris, 1998 . Illustrations : Gabriel Lefèvre. Traduction : Mireille Meissel.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Sélectionné par la Bibliothèque Internationale de la Jeunesse (Munich) comme l’une des meilleurs livres pour la jeunesse publiés dans le monde en 1996 (Sélection The White Ravens).

Prix La Rosa Blanca aux meilleurs livres d’auteur cubain de l’année. Union des écrivains de Cuba.

Edité originalement sous le titre  « Aventuras de Rosa de los Vientos y Juan Perico de los Palotes » par:

Editorial Capiro. Santa Clara, Cuba, 2001

El Arca. Barcelona, 2001. Illustrations de Daniel Sesé.

Alfaguara. Buenos Aires, 2004. Illustrations de Xulián (Julián Roldán)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Version électronique en anglais, espagnol et galicien de l’un de contes-chapitres : « Así empezaron las aventuras de Rosa de los Vientos y Perico de los Palotes ». Editorial Galaxia. Pontevedra, 2012:   
                                    http://galaxiatales.com/ver/4
 
 
 

Que fait un Cubain qui ne danse pas dans un festival de salsa? De la littérature voyons !



Tempo Latino est probablement le plus important festival français de musiques latines. Chaque année, fin juillet, la population de Vic Fezensac, petite ville du Gers (la terre de D’Artagnan et de l’Armagnac), se voit aisément doublé grâce aux vagues d’amateurs de salsa qui débarquent décidés à secouer ses jeunes ou vieux os au rythme des musiques afro-latines tout le long des quatre jours du festival.
 
Pour sa vingtième édition, Tempo Latino a compté sur le parrainage du Colombien Yuri Buenaventura et son orchestre (composée à parts égales de Colombiens et de Français, tous des virtuoses). Entre les autres musiciens qui ont rempli chaque nuit la piste de danse et les gradins des arènes de Vic, on remarquait également le Cubain Maraca et son orchestre,  l’Angolais Ricardo Lemvo et sa bande, les colombiens de « La 33 », les Français de « No Jazz » et bien d’autres qui se produisaient dans la grande scène installée dans la place de taures ou dans les  divers salles situées partout dans la ville.

 vieux coin de Vic

le calendrier du siècle

le carretlot (passage) Pudent
 
Seulement… que peut bien faire dans festival de salsa un Cubain qui ne danse pas? Mes amis savent bien que j’ai “le pied carré”, et même si je n’ai pas l’oreille aussi gauche… est-il suffisant pour que l’on me fasse venir depuis Paris dans cette ville ensorcelée par les tumbadoras, les trompettes et les maracas?
 
 
Et bien, j’ai fait de la littérature!
 
C’est que Tempo Latino n’offre pas seulement de la musique et de la danse, il y a aussi des stages, des expositions, des bonnes boisons et des nourritures exotiques… et de la littérature ! L’invité littéraire est un auteur originaire d’Amérique Latine, ou expert dans la matière, qui propose à un public peut-être moins massif que celui des concerts, mais pas moins passionné, un contact avec la production littéraire de ces pays lointains où l’on ne fait pas que danser.
 
Pendant la conférence (photo de Gabrielle Saplana)
 

Pour cette vingtième édition j’ai eu l’honneur d’être l’auteur choisi. Dans ma conférence que bientôt vous trouverez sur ce même site,  j’ai parlé des origines de la littérature cubaine pour la jeunesse, surgie en tant que mouvement avec la révolution de 1959. La réforme éducative, culturelle, sociale et idéologique entreprise par la révolution castriste donne au livre –autant pour adultes que pour enfants et adolescents- le rôle d’instrument de formation de masses. D’abord nationaliste, agrarienne et populaire, mais très vite ouvertement marxiste-léniniste, la révolution cubaine a tenté d’enfermer, pas toujours avec succès, l’imaginaire et le verbe de ses auteurs.

En fait, je n’ai pas abordé la question en tant que spécialiste en histoire culturelle, mais en tant qu’acteur puisque ma carrière littéraire (comme lecteur d’abord et comme écrivain, tout de suite) est intimement liée aux aventures du livre cubain pour la jeunesse dans les fondateurs années 60, les dogmatiques 70, les rénovateurs 80, les critiques 90…

 A l'heure des dédicaces (ph. de Gabrielle Saplana)
 
Mon intervention a été “illustrée” par une troupe de jeunes acteurs qui ont fait une lecture en nuances et en musique de trois de mes textes traduits en français. Puis, j’ai signé des exemplaires de mes cinq titres actuellement disponibles dans la langue de Molière (je pourrais aussi dire celle de Dumas, qui avec D’Artagnan a inventé le Gascon le plus célèbre) ainsi qu’une partie des titres que je possède en catalogues espagnols et latino-américains (les hispanophones et les hispanophiles sont nombreux à Tempo Latino !).


Littérature et musique ont été toujours très liées, que ce soit à Cuba ou dans l’ensemble de l’Amérique Latine. De retour de ma conférence ou des concerts que chaque nuit se prolongeaient jusqu’à deux heures du matin, je n’ai jamais résisté à l’étonnant spectacle de ces centaines de Français qui dansaient les rythmes afro-latins avec la même fougue (même si la technique pouvait laisser à désirer) que des vrais Caribéens. La preuve dans ce petit film…
video
 
Le Mojito a sans doute aidé à la “tropicalisation” des danseurs. Le bar officiel de la marque Havana Club le présentait en bouteilles en plastique pour que l’on puisse l’emporter sans risque dans la piste de danse. Il faut dire que les températures caniculaires  (entre ¡35 y 38°C!) inclinaient à la prudence.
 

Envie de savoir plus sur Tempo Latino?

 

Autour de mes livres, de la lecture, l'écriture, l'illustration

Autour de mes livres, de la lecture, l'écriture, l'illustration
je rencontre des enfants Français, Cubains, Espagnols, Colombiens, Guyanais, Argentins, Brésiliens...

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Auteur pour la jeunesse je le suis depuis presque toujours, car avant de les écrire pour de bon, je me racontais moi-même des histoires, puis je les ai racontés a ma sœur, mon frère, mes amis... J’ai publié mon premier texte et mon premier dessin à 19 ans et en 1983, mon premier livre. Six ans après j'ai quitté Cuba. C'était quelques mois avant la chute du Mur de Berlin. Arrivé en France en septembre 1994, après avoir vécu deux ans au Brésil et trois au Danemark, je suis reparti pour quatre ans et demie en Argentine. Depuis 2004, mes racines s'enfoncent sur le sol parisien. J'y écris mes romans toujours en espagnol, mais les contes et histoires me viennent de plus en plus souvent en français. Mes thèmes sont liés à Cuba, mais pas seulement car j’ai une écriture et des sujets « universels ». Même si plusieurs de mes livres sont parus en français (en portugais et même en basque) avant d'être publiés en espagnol, je compte presque une trentaine de titres publiés à Cuba, en Espagne, en Argentine, au Mexique, en Colombie... contre sept seulement en français. Je suis un métis culturel accompli en ce qui concerne la langue, les références vitales, les formes littéraires, les repères culturels ou politiques. C’est aussi par métissage que j’illustre de temps en temps mes livres. Ayant pratiqué le journalisme littéraire et les animations très tôt, c’est naturellement que je trouve dans ces dernières formes d’activité et de rencontre de l’autre, le même plaisir créateur que dans la production de mes fictions.

un auteur multiculturelle dans la classe

un auteur multiculturelle dans la classe
version de l'article d'Anne Marie Latapie publié dans InterCDI in Intercdi n°226 n° spécial 2010

atelier d'écriture, l'opinion d'un enseignant


Le 18 décembre 2008, la classe de 6e 2 a accueilli Joel Franz Rosell, écrivain partenaire de Voyages en ville. L'auteur n'était pas exactement un inconnu, puisque les élèves avaient lu son roman Cuba, destination trésor. Ce roman d'aventure, qui raconte la passionnante découverte d'un double trésor à Cuba par une fillette espagnole, a plu à l'ensemble de la classe. Certains élèves ont d'ailleurs obtenu une excellente note au contrôle de lecture rendu le matin même.

Cette fois pourtant, c'est physiquement que M. Rosell s'est présenté devant eux, rejoint un peu plus tard par Mme Caveng, notre ex-documentaliste, qui a exercé toute sa carrière entourée par la littérature pour la jeunesse. Nous n'avions pas prévu une intervention extrêmement structurée ni précise, afin de permettre des échanges aussi spontanés que possible. Seuls trois axes étaient au programme : le métier d'écrivain et l'écriture romanesque, le roman Cuba, destination trésor, enfin des conseils et échanges autour des nouvelles que les élèves vont écrire (dans le cadre du projet Voyages en ville).

M. Rosell nous a d'abord évoqué avec précision et enthousiasme ses premières activités d'écriture vers l'âge de 11 ans, puis ses débuts d'écrivain et la réalité de ce métier. Son jeune public a pu se rendre compte que le métier d'écrivain ne se limite pas à l'écriture, mais comporte des aspects pratiques parfois compliqués, tels que la prise en compte des impératifs de l'édition... La classe a constaté qu'entre la plume de l'écrivain et les rayons des librairies, une œuvre traverse un parcours bien compliqué!

Les élèves ont pu avoir sous les yeux ses premiers essais romanesques, rédigés et illustrés sur un cahier d'écolier, en 1967. La lecture du texte en espagnol n'était guère accessible aux élèves, mais ils ont apprécié l'expressivité des illustrations colorées (de la main même de l’auteur alors un enfant).

Notre auteur a ensuite apporté des précisions sur les techniques d'écriture romanesque. Son public a pu comprendre que l'écriture d'un roman est un exercice de longue haleine, qui exige beaucoup de temps, de réflexion et de précision. Il a en effet expliqué que les faits essentiels d'un roman doivent y trouver leur justification, amorcée parfois bien avant leur conséquence sur l'intrigue. Il a expliqué que même lorsque les grandes lignes sont parfaitement établies et rédigées, il est fréquent de devoir modifier tel ou tel événement de façon à ce qu'il s'intègre plus naturellement dans l'intrigue. D'ailleurs, M. Rosell a exposé à son jeune public que la construction même de l'intrigue doit être minutieuse, comporter des rebondissements et des obstacles auxquels le lecteur puisse adhérer. Quant aux personnages, il leur a expliqué qu'ils doivent offrir un certain réalisme, et jouer un rôle qui s'articule précisément autour de peripeties de l'histoire, étant notamment aides ou opposants.

L'intérêt des explications de notre auteur est d'avoir pu les illustrés par son expérience confirmée et des exemples précis empruntés à son roman, que les élèves connaissent bien. Ainsi, les retouches et corrections apparaissent parfois tardivement dans la rédaction du roman, et permettent d'améliorer le naturel de l'intrigue, nous a-t-il expliqué.

M. Rosell a précisé aux élèves que les sources d'inspiration sont nombreuses et relativement variées. La découverte du trésor du roman rappelle une découverte qu'il a faite lui-même dans son enfance, tandis que des aspects du collège où se déroule une partie de l'intrigue reflètent celui qu'il a lui-même fréquenté adolescent. Notre écrivain a aussi souligné l'importance de la vraisemblance historique qui réclame une connaissance relativement précise des faits, exigeant que l'écrivain se documente. Il nous a bien expliqué comment l'écriture d'un roman est un processus riche et généralement imprévisible, qui peut progresser de manière variable au gré des recherches et trouvailles, et prendre parfois beaucoup de temps, quelque soit la longueur du texte.

Dans un troisième temps, M. Rosell a exposé avec beaucoup de clarté à la classe les éléments fondamentaux de la technique narrative. (en préparation du travail d'écriture dans le cadre du projet Voyages en ville).

Les élèves ont pu se rendre compte qu'un cadre global établi à l'avance est indispensable à la réussite de l'écriture et romanesque. On doit préalablement définir l'identité des personnages clés, le lieu, et le temps. À ce propos, il distingue l'époque à laquelle se déroulent les faits de la durée de l'intrigue. On réfléchit ensuite à un problème (ou complot) que vont rencontrer les personnages principaux. Cela rappellera bien sûr aux élèves l'élément perturbateur des contes, qui leur est familier.

Concernant les techniques narratives, M. Rosell a insisté sur les différents points de vue, c'est-à-dire qui est le narrateur (personnage ou extérieur), et a évoqué différents styles d'écriture : mystérieuse, humoristique, exprimant un fort sentiment. Pour illustrer son propos, il s'est livré à une amusante improvisation très concrète, témoignant d'un savoir-faire confirmé.

Dans les grandes lignes, l'écriture d'une nouvelle ou d'un roman doit comporter trois étapes : la présentation, le noyau, la fin, c'est-à-dire la chute, ou encore solution.

Notre écrivain a rappelé qu'il est bon de varier les types d'écriture, et d'alterner narration, description du dialogue.

Ainsi s'est terminée la séance, et j'ai bien l'impression, à voir l'attention des élèves et leurs réactions, qu'ils n'ont pas vu le temps passer. Encore une fois, nous pensons que les photos prises lors de cette intervention le montreront tout aussi bien que les mots !

Vincent Goguel

professeur de français

Collège Raoul Dufy. Le Havre


Rencontre avec Joël Franz Rosell, écrivain cubain

« Je n'écris pas pour me comprendre mais pour comprendre les autres »

Lors d'une signature dans une librairie parisienne il y a une dizaine d'années, j'ai rencontré avec une collègue professeur d'espagnol, l'écrivain cubain Joël Franz Rosell. Il se montre très soucieux de son public et du message qu'il fait passer et nous comprenons tout de suite l'intérêt que auraient nos élèves à rencontrer un tel écrivain.

Même s'il a gardé un accent chantant d'Amérique du Sud, il maîtrise parfaitement la langue française, au point de débattre à propos d'un mot employé par ses traducteurs!

Depuis 2001, Joël Franz Rosell rencontre les élèves avec des collègues de français et d'espagnol au CDI et ce de la 6ème au BTS..

Qui est Joël Franz Rosell?

Né en 1954 à Cuba, licencié en Langue et Littérature Hispaniques en 1979, il travaille d'abord comme animateur littéraire pour le Ministère de la Culture de Cuba et aussi comme enseignant, bibliothécaire et auteur de programmes pour la radio cubaine.

Après avoir beaucoup voyagé et résidé au Brésil, au Danemark, en Argentine, il s'installe à Paris et travaille comme journaliste à Radio France International et professeur à l'Université de Marne la Vallée. Depuis 2004 il se consacre entièrement à son travail d'écrivain, illustrateur et animateur littéraire.

Auteur aujourd'hui d'une vingtaine d'ouvrages pour la jeunesse, dont six ont été publiés en français, il a également illustré quatre livres et fait connaître plus d'une centaine d'articles et essais, la plus part sur le livre pour la jeunesse et les échanges culturels.



Rencontre avec les élèves

De la 6ème au BTS, il rencontre régulièrement ses lecteurs en classe de français ou d'espagnol. La préparation de la rencontre s'organise entre documentalistes et professeurs de la discipline avec une présentation de ses différents livres, un travail à partir d'un thème (qu'est ce qu'écrire? Cuba, hier et aujourd'hui? Esclavage et métissage... Quelle place pour la réalité et l'imaginaire dans l'oeuvre littéraire?...). Après avoir lu un ou plusieurs de ses ouvrages, les élèves sont tous surpris qu'un auteur soit « vivant et ne figure pas dans le dictionnaire » (en fait Joel Franz Rosell figure dans plusieurs dictionnaires d'auteurs espagnols et latino-américains mais ça ses jeunes lecteurs français ne le savent pas!).


Les questions sont variées:

- Pourquoi écrivez vous et depuis quand ?

« J'écris depuis presque toujours. D'abord dans ma tête, parce au Cuba du début des années 60 rares étaient les livres pour la jeunesse et je imaginais les livres que je ne pouvais pas trouver. Plus tard, j'ai écrit en dessinant: je rendais plus amusant le cahier de Math grâce aux aventures de « Super Poitrine », un super-héros calqué sur Superman qui avait par archi ennemi un... professeur de mathématique en style savant fou. J'ai commencé à écrire pour de bon à 12 ans: des petits romans qui ressemblaient aux histoires que j'avais découvert dans la bibliothèque municipale: Tintin, Club de cinq, Fifi Brin d'acier... »

Un jour il se fait voler en classe de sport un livre de Jules Verne qu'il avait emprunté et il n'ose pas l'avouer aux bibliothécaires. A cette époque, il écrit plus qu'il ne lit car il a un public... peu nombreux mais exigeant: un frère, une sœur et des amis qui lui demandent des nouvelles des héros qu'il a créé: des aventuriers cubains, français ou ressortissants des « pays frères » la Roumanie communiste, l'Allemagne de l'Est... A travers ces petits romans maladroits Joel Franz Rosell parcourt le monde... et plus si affinité: en effet, à l'instar de son modèle Tintin, il expédie l'un de ses héros à l'espace. La Lune est déjà prise? Qu'à cela ne tienne: il envoie son Trentin, son chien Siré, son capitaine Bischop et son professeur fantasque à la planète Mars!

A 19 ans, Rosell rejoint l'atelier littéraire de l'Université Central et se résout à devenir un vrai écrivain. Il détruit les 54 romans de ses débuts (ne préservant que quelques manuscrits qui enchantent les enfants et adultes qui le rencontrent dans écoles et autre salons du livre). Il décide de n'écrire que ce qu'il connaît bien et s'acharne a peaufiner son style. Mais il n'abandonne pour autant le jeune publique... Pour ne pas perdre totalement l'enfance?

« Comme tout écrivain, j'écris d'abord pour moi-même: pour lire tout ce que je ne pourrai jamais vivre, pour aller là où je ne pourrai jamais me rendre, pour connaître des gens que je ne rencontrerai jamais... J'avais 4 ans lorsque mes parents ont décidé de réinstaller la famille dans une autre ville. Pendant le déménagement mon frère et moi avons perdu la collection de comics que nous commencions à peine à déchiffrer. Les comics américains étant interdits par le nouveau régime communiste, la perte était irrémédiable. Je crois que c'est alors que j'ai décidé de devenir écrivain: pour que plus jamais on puisse me priver d'histoires!».

- Pourquoi écrivez vous sur Cuba?

« A Cuba, dans les années 70, le régime communiste voulait que les écrivains se mettent au service de la Révolution. On devait refléter le monde de l'ouvrier, prêcher le nouveau modèle socioéconomique. Mais je n'arrivait même pas à refléter le monde des enfants cubains! Je commençait le récit réaliste que l'on attendait de moi... et ça ne tardait pas à devenir une histoire de mystère, de magie ou d'aventure.

En fait, tant que j'y ai vécu, je n'ai jamais réussi à écrire sur Cuba. Le primer livre que j'ai publié était un polar qui s'insérait dans des faits d'actualité, mais mon histoire se déroulait dans une ville qui n'existe pas à Cuba. J'ai gommé tout ce qui me déplaisait dans la réalité cubaine de l'époque et les critiques m'ont reproché mon manque de vraisemblance. Dans mon deuxième livre il était question du temps avant les hommes et à peine quelques animaux et plantes évoquaient vaguement le cadre cubain... Par contre, dès que j'ai quitté Cuba, j'ai eu le besoin de faire venir à moi le terroir perdu.»

C'est en arrivant au Brésil que Joel Franz Rosell écrit Cuba, destination trésor, un roman qu'il va retravailler pendant dix ans, cherchant à fixer la changeante réalité du Cuba d'après la chute du Mur. Le roman, publié en langue française en 2000 (deux ans avant la première édition en espagnol), réussi à rendre accessible aux enfants d'autres pays les singularités politiques, sociales et économiques de cette île hors norme. L'année suivante il fait paraître Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. Ce titre drolatique cache un portrait amusé de la capitale cubaine, même si ce n'est pas le but du livre.

« Ce n'est pas que la réalité ne m'intéresse pas, mais je crois pouvoir mieux saisir la vérité profonde des choses avec une distance « technique »: le fantastique, l'aventure, la parodie. »



C'est pourquoi des nombreux livres de Joel Franz Rosell n'ont pas Cuba pour cadre. C'est le cas du premier à être traduit en France (Les aventuriers du cerf-volant se déroule dans un monde imaginaire dont les souverains, pourtant, font penser à un certain Fidel Castro...). C'est plus vrai encore pour son album L'Oiseau-lire, une très belle fable sur la lecture, sur le besoin de tout auteur de rencontrer ses lecteurs, sur la lutte de chacun, les livres aussi, d'accomplir leur rêve.

Ce genre, le conte philosophique, abonde dans des ouvrages pas encore traduits comme Pájaros en la cabeza ou Los cuentos del mago y el mago del cuento, qui font les délices des élèves d'espagnol. Ces textes se prêtent très bien pour les étudiants de langue étrangère car il sont brefs et possèdent la simplicité de contes pour enfants... avec un fond bien sérieux, qui fait réfléchir aussi bien le jeune que l'adulte.



- Écrivez-vous sur les pays que vous visitez?

« Comme je disais auparavant, je crains ne pas voir l'essentiel de la réalité. C'est peut-être la faute de mon imagination qui envahie tout... Pourtant, je suis très ouverts aux autres cultures, à l'Histoire, aux problèmes des pays que je visite... et encore plus lorsque j'y reste un peu.

J'ai vécu longtemps en France et pas mal au Danemark, en Argentine, en Espagne. Ces pays ont nourri ma sensibilité, mon expérience vitale, ma culture. Comment pourraient-ils être absents du fond et de la forme de mes écrits?

Je donnerai un exemple assez claire: la première version de La chanson du château de sable je l'ai écrit en 1988, peu avant quitter Cuba. Je l'ai publié au Brésil et Espagne sans y changer grande chose. Mais pour la version 2007, j'ai procédé à une modification très importante: pas au niveau du texte, qui n'a connu que les changement qui découlaient de la langue française, puisque je l'ai traduit moi-même. C'est par les illustrations que j'ai donné une nouvelle signification au récit: J'ai dessiné une plage tropicale et mes héros sont devenus un homme noir et son fils métis (la mère n'apparaît pas dans l'histoire, mais elle y est représentée par la princesse Coquillage, qui a des traits européens). Je cherchais de cette façon à m'approcher des enfants de la Caraïbe que j'allais avoir comme premiers lecteurs (le livre a été édité en Guyane par le plus grand éditeur de la région). Au même temps, je retrouvais ainsi les qui m'entouraient dans la plage de Santiago de Cuba (la région la plus métissée de mon pays) où j'ai imaginé l'histoire en 1983.

Au même temps, c'est mon expérience française et même celle de mon quartier multi-ethnique du nord de Paris ce que m'a fait remarquer que la plus part des albums français ayant pour héros des enfants « de couleur » tendent à abordent des sujets « spécifiques »: la question raciale, la nature exotique, la pauvreté, la famille nombreuse, le village et son conteur attitré... Dans ces albums on trouve rarement des sujets qui sont communes aux enfants de toute la planète: être jaloux d'un petit frère ou pas gentil avec sa petite sœur, avoir peur de l'obscurité, faire pipi au lit... La chanson du château de sable ne raconte rien qui ressemble à tout cela: j'y parle d'un enfant qui ne comprend pas pourquoi ses châteaux de sable ne restent pas sur la plage et de ce que son père que lui répond.

Et je ne me suis point inspiré de fable, légende ou conte de tradition orale quelconque! J'ai tout simplement voulu ouvrir mes lecteurs du Nord à une autre vision des enfants du Sud, et inviter mes lecteurs du Sud à avoir une autre vision d'eux mêmes.



-Faites vous un brouillon? Écrivez-vous sur l'ordinateur? Combien de temps met-on à écrire un livre? Gagne-t-on beaucoup d'argent?



« Chaque écrivain à sa façon personnelle de travailler et même chaque livre exige une façon spécifique d'être écrit. Je ne fais de brouillons que pour les illustrations (que je fais à la main: crayon suivi de feutre fin pour les lignes, puis gouache ou acrylique pour la couleur). Par contre, je corrige ENORMEMENT mes textes. Je corrige même les livres déjà publiés, que je relis de temps en temps. Ce n'est pas que j'aime particulièrement me relire et encore moins que j'aie du temps à perdre; cela sert à éviter de commettre les mêmes erreurs dans des livres à venir, à améliorer le livre au cas où (c'est très rare) son éditeur en voudrait introduire ces améliorations dans une deuxième édition. Ça m'a d'ailleurs servi pour des nouvelles versions dans la même langue ou pour préparer des traductions. Je prends aussi plein de notes: ma tête travaille tout le temps et pendant très longtemps (parfois dix ans, comme pour Cuba, destination trésor, ou dix-huit ans comme pour La légende de taïta Osongo ou L'Oiseau-lire!). Je fais mûrir les projets les plus variés dans ma tête: des contes, des romans réalistes ou fantastiques, des articles, des bandes dessinées...

J'ai commencé à écrire au crayon sur des cahier scolaires, puis je suis passé au stylo-bille (plus rapide). Lorsque j'ai commencé à vouloir publier mon travail, je recopiais mes manuscrits, une fois finis, à la machine. Jusqu'en 1988 j'ai utilisé des machines mécaniques d'époques et qualité diverses (la première était une Underwood aussi imposante qu'un petit piano!). Puis j'ai eu des belles machines électroniques et, enfin, mon premier ordinateur. Le premier livre que j'ai entièrement écrit à l'ordinateur c'est Les aventuriers du cerf-volant. C'est pourquoi ce livre marque, en 1993, le début d'une nouvelle étape de ma carrière littéraire: avec l'ordinateur, mes doigts écrivaient enfin presque aussi vite que ma tête et cela m'a donné la liberté créatrice dont j'avais tellement rêvé. »

Mais il y a eu autre chose, et cela a beaucoup à voir avec l'ouverture culturelle: Joel Franz Rosell habitait alors au Danemark et raconte qu'il essayait d'apprendre le danois au même temps qu'il se servait de l'anglais dans la vie quotidienne. En plus, lui et son épouse venaient de prendre la décision d'abandonner le portugais, qu'ils utilisaient depuis leur rencontre trois ans plus tôt, mais que n'était ni la langue de l'un ni de l'autre, pour le français.

« Dans ce melting-pot linguistique, l'espagnol n'était presque que ma langue d'écriture et j'ai commencé à la regarder comme quelque chose d'extérieur et pourtant propre. Le fait de vivre entouré d'autres cultures et plongé dans d'autres langues m'a permit de me réapproprier ma langue maternelle: j'ai appris à connaître sa véritable mécanique, à jouer avec elle, à la réinventer.

Cela a révolutionné son mode d'écriture, sans pour autant rendre celui-ci plus « rentable »...

« Un écrivant n'est jamais payé pour le travaille qu'il fait, mais reçoit à peine un tout petit pourcentage de l'exploitation commerciale qui fait du produit de son travail cette indispensable intermédiaire culturel-marchand qu'est l'éditeur. Je veux dire par là que, par exemple, le salaire d'un conducteur de bus est calculé sur le service qu'il rend pendant chaque heure au volant, tandis que l'écrivant, lui, n'a pas de salaire et peu importe le temps inverti dans la fabrication de son ouvrage ou la qualité finale de celui-ci. Il travaille sans avoir la moindre idée du résultat et du temps à la tâche et seulement une fois achevée celle-la, il doit trouver l'éditeur qui multipliera le manuscrit dans un certain nombre d'exemplaires et lui donnera, seulement bien de mois après les avoir vendu (s'il en vend) 4, 6 ou très exceptionnellement 10% du prix de vente. Bref, comme il y a des dizaines de milliers de nouveaux titres et des millions d'exemplaires chaque année, et comme les lecteurs ont maintenant beaucoup d'autres moyens de s'instruire et divertir (avec plein de ravissants petits appareils électroniques), rares sont les écrivains qui gagnent beaucoup d'argent. Un écrivain que vous n'aurez jamais vu à la télé, est certainement un écrivain qui gagne peu d'argent. Et des écrivains à la télé, vous en avez vu souvent, vous?

-Alors... pourquoi écrivez-vous (et oui, à ce moment de la rencontre, les élèves reposent cette question)...?

« Je n'écris pas pour en vivre, je vis pour écrire. Je ne veux pas dire que si je n'écrivais pas je n'aurais aucune raison de vivre (cela sonne trop solennel et ce n'est pas très original), mais j'avoue ne pas pouvoir imaginer ma vie sans la littérature.

Écrire me permets comprendre le monde et c'est aussi ma façon d'agir. Je ne prétends pas changer le monde avec mes livres... Mais les lecteurs changent pendant qu'ils lisent, et c'est tellement merveilleux d'être quelqu'un d'autre, de n'être pendant un certain temps soi-même...! Ne vaut-t-il pas cela quelques sacrifices, y compris celui de ne pas être très riche?

Écrire c'est comme lire, mais en mieux (je ne sais pas qui a prononcé cette phrase magnifique).

Je n'écris pas pour me comprendre, mais pour comprendre les autres... en prenant un peu leur place lorsque j'écris leur histoire, par exemple. Mais il m'est aussi arrivé de mieux me connaître grâce à l'écriture d'un livre...

On savait bien que Joel Franz Rosell ne manquerait pas d'évoquer La légende de Taïta Osongo. C'est son meilleure livre. Pas seulement parce qu'il est superbement écrit, mais parce qu'il lui a permit de plonger dans ses origines afro-cubaines, que sont aussi ceux du peuple cubain.

« J'allais avoir 29 ans et j'étais encore un gamin. Parce que je ne savais pas qui j'étais, parce que je ne connaissais pas ma famille et parce que j'ignorais l'essence profonde de mon pays. Je venais de me marier et ma première femme habitais à Santiago de Cuba. A différence de la moitié ouest de mon île, la partie que seule je connaissais, à l'Ouest les noirs et les métis sont majoritaires et l'on comprend que Cuba appartient au même monde que Haïti, la Guadeloupe ou la Martinique. Cette réalité m'a inspiré l'histoire d'un amour impossible entre une fille blanche, riche et un garçon noire, esclave. J'écrivais, sans me rendre compte, une histoire très proche de celle de ma grande-mère: une métisse que n'a pas épousé le père de ses enfants. En écrivant La légende de Taïta Osongo j'ai déterré l'histoire de ma famille, mais j'ai aussi j'ai assumé que moi-même je suis un « sang-mêlé » et j'ai résumé l'histoire de Cuba: un pays qui se voit blanc et qui n'a pas entièrement libéré la partie noire de son être.

J'ai écris cette histoire en 1983 et j'ai même eu un prix qu'aurait dû me permettre sa publication immédiate. Mais je n'étais pas satisfait du résultat: j'avais puisé dans le passé de ma famille, de mon pays et dans mes propres contradictions, j'avais utilisé des éléments de la plus vieille culture cubaine, de la littérature contemporaine et même la structure d'un très vieux conte russe! L'amalgame n'était pas parfaite, et plus je me rendais compte de l'importance du sujet, plus je me disait qu'il devait revêtir une forme littéraire soignée.

J'ai mis 18 ans à trouver cette forme et c'est alors seulement que j'ai publié le livre. C'était en Guyane, en 2004. Une première édition en espagnol a vu la lumière au Mexique en 2006, mais ce n'est que l'année prochain que mes compatriotes auront le droit à leur propre édition.

Quand je dis que Cuba a du mal à se reconnaître métisse et héritière d'une société esclavagiste... »



Les objectifs pédagogiques :

- lire d'une ou plusieurs œuvres intégrales

- favoriser les échanges d'idées et s'écouter

- argumenter pour mieux se comprendre

- motiver les élèves, susciter le goût de lire et écrire

- familiariser l'élève avec l'univers de l'écrivain (son œuvre, sa culture d'origine, les temps et lieux de sa vie: Cuba, années 60, 70, 80; Brésil, Danemark années 90, la Caraïbe au temps de l'esclavage; Cuba après la chute du Mur: de 1993 à nos jours).

- réaliser qu'une œuvre est le fruit d'une réflexion, d'une ouverture au monde, d'une sensibilité, d'un travaille d'écriture intense, prolongé et autocritique, ainsi que des nombreuses lectures.

Projets de l'écrivain avec les enseignants-documentaliste et professeurs de discipline

Nous retravaillons avec lui ses interventions auprès des élèves et en nous fondant sur des projets qu'il avait déjà développé avec plusieurs établissements (y compris à l'étranger), et sur des formations qu'il a menée en 2009 et en 2010 avec des enseignants de langues à l'IUFM de Rouen.

Mise en place d'ateliers d'écriture en classe d'espagnol

Joël Franz Rosell proposa pour la première fois des ateliers d'écriture au lycée français de Buenos-Aires en Argentine, en 2001. Cette expérience permit à des élèves de CM2 et de 6ème bilingues (Français/Espagnol) d'écrire dans la langue qu'ils apprenaient et d'être initiés, grâce au travail proposé par l'écrivain, au travail d'écriture : choix de l'histoire, des personnages, construction des la narration et les dialogues. Il a mené des expériences semblables, en espagnol ou en français aux lycées français de Munich, Bilbao et Danemark.

Inscrits dans un projet de 4 séances, ces ateliers effectués en collaboration avec l'enseignant documentaliste et l'enseignant de discipline suscitent l'investissement des élèves et contribuent à diversifier les pratiques pédagogiques.

Utilisation de livres pour la jeunesse dans l'apprentissage d'une langue étrangère

Afin de compléter l'étude de textes et extraits d'œuvres proposés dans les manuels scolaires, Joël Franz Rosell nous propose de faire aussi travailler les élèves un peu plus longue et profondement sur des œuvres complètes courtes et adaptées au niveau de la classe. La littérature jeunesse permet d'exploiter des livres « qui n'ont pas d'âge » avec des activités variées et créatives pour des élèves qui peuvent réemployer les structures usuelles de l'œuvre, « écrire à la manière de... », compléter ou modifier des textes, travailler les champs linguistiques...



Avec ce travail complet sur l'étude d'une œuvre intégrale, proposée deux à trois fois dans l'année, l'élève accède au plaisir de lire un ouvrage littéraire entier, et se voit stimulé du fait de vérifier qu'il est capable de la faire dans la langue qu'il est en train d'apprendre; il exerce des compétences critiques par rapport à la littérature pour la jeunesse, et les thèmes abordés dans leurs lectures suscitent chez les élèves une curiosité, une envie d'aller plus loin grâce à des débats qui peuvent se développer en interaction avec des enseignants de plusieurs disciplines.

Contacts :

Joël Franz Rosell adhèrent à la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse :

www.la-charte.fr/

Un projet peut être monté avec la Maison des écrivains, de laquelle Rosell est également adhérent :

http://www.m-e-l.fe/

Vous pouvez aussi le joindre directement :

1 rue de l'Encheval

75019 PARIS

06 62 47 18 60

ajfrosell@yahoo.fr

bibliographie sélective:



- L'Oiseau-lire. - Belin. Paris, novembre 2009

-La Légende de Taïta Osongo - Ibis Rouge. Cayenne, 2004

-Cuba destination trésor - Hachette jeunesse. Paris, 2003

- Les Aventuriers du cerf-volant. - Hachette jeunesse. Paris, 1998

- Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières. - Hachette jeunesse. Paris, 2001

- Los cuentos del mago y el mago del cuento. - Ediciones de la Torre. Madrid, 1995

- Vuela, Ertico, Vuela, Ediciones SM. Madrid, 1997



Pour les plus jeunes:

- La Chanson du château de sable. - Ibis Rouge. Cayenne, 2007

- El pájaro libro. - Ediciones SM. Madrid, 2002

- Javi y los leones. - Edelvives. Zaragoza, 2003

-Pájaros en la cabeza. -Kalandraka. Pontevedra, 2004

-Don Agapito el apenado. -Kalandraka. Pontevedra, 2008



Pour les adultes :

- La Literatura infantil. Un oficio de centauros y sirenas. - Lugar Editorial, Buenos Aires, 2001

Les histoires écrites par Joël Franz Rosell se situent souvent entre la fable et la légende. Il mélange le réel et le fantastique, utilisant des jeux de mots, l'ironie, le langage poétique qui permet au lecteur de lire entre les lignes. Il « dit des choses qui vont plus loin que ce qu'il paraît »... Certains de ses livres sont plus réalistes et permettent connaître la réalité cubaine contemporaine, l'époque de l'esclavage dans la Caraïbe; abordant des problématiques diverses telles que la rencontre avec la différence, le racisme, l'écologie, la solitude, l'autoritarisme...

La rencontre avec l'auteur permet une véritable ouverture culturelle : « La littérature jeunesse doit être le reflet du monde dans lequel vit le jeune...et en même temps lui donner la possibilité de connaître d'autres mondes »

Originaire d'une culture d'Amérique Latine et grand connaisseur de l'ensemble de l'Amérique Latine, Joël Franz Rosell a aussi longuement vécu en Europe (France, Danemark, Espagne, Allemagne), il est aussi un spécialiste reconnu de la littérature pour la jeunesse en langue espagnole. Il nous permet d'en être les passeurs et médiateurs en nous appuyant sur ses livres.

Anne-Marie Latapie

Isabelle Devatine

professeures-documentaliste

Groupe scolaire Saint-Charles

Athis-Mons (91)




dessin de l'auteur

Nous avons tous une part d'ombre

Nous avons tous une part d'ombre

incompris!

incompris!